Réglementation phosphore : La réponse sera collective

Pascal Le Douarin

Le durcissement de la réglementation sur le phosphore bloque des projets avicoles, essentiellement dans le Grand Ouest. Sur le long terme, les solutions passent par une démarche collective.

Voici deux ans, notre précédent dossier consacré au phosphore s'intitulait : « Faire face aux nouvelles règles sur le phosphore ». Nous vous alertions sur le projet de schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) de l'agence de bassin Loire-Bretagne mis en consultation publique. Nous évoquions la problématique de l'équilibre de la fertilisation raisonnée sur l'élément phosphore pour les élevages autorisés. Que s'est-il passé depuis ?
Après un creux des installations avicoles, les projets de création d'ateliers de volailles de chair et de poules pondeuses (plein air et cages) ont refleuri. Certains aviculteurs se sont vite rendus compte qu'ils ne pourraient pas s'agrandir.
Le 1er janvier, les Sdage sont entrés en application. Désormais, ils s'imposent à toutes les réglementations dans lesquelles la police de l'eau est impliquée, notamment celle des installations classées. Dans le bassin Loire-Bretagne, les réunions mensuelles des Coderst (conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires, ex CDH) donnent désormais la priorité à l'équilibre phosphoré. Les dossiers d'instruction avant 2010 mais arrivés à leur terme maintenant, sont l'objet de nouvelles exigences. C'est le cas chez Jean-Michel Gauvrit en Vendée. En Bretagne, plusieurs projets d'ateliers de poules plein air sont suspendus car le parcours est entré dans le calcul de l'équilibre.

Réduire, épandre ou traiter... La solution interventionniste a au moins l'avantage de donner de la visibilité aux porteurs de projets. (S. Leitenberger)

Réduire, épandre ou traiter... La solution interventionniste a au moins l'avantage de donner de la visibilité aux porteurs de projets. (S. Leitenberger)

Ces situations sont pour l'instant peu nombreuses, mais elles vont se multiplier. Tous les éleveurs qui modifient notablement leur plan d'épandage devront respecter l'équilibre phosphoré. Sur le papier, trois solutions sont envisageables.
En priorité l'épandage aligné sur le besoin des plantes (70 kg P2O5/ha en moyenne). Premier problème, beaucoup d'aviculteurs n'ont pas ou plus assez de terres disponibles. Deuxième problème : compte tenu du rapport Phosphore sur Azote presque équilibré dans les effluents avicoles (de l'ordre de 0,9 pour le poulet), s'aligner sur le phosphore signifie sous fertiliser en azote organique. Ce qui revient à acheter de l'azote minéral en complément des déjections avicoles ! Dans ces conditions, trouver des prêteurs sera difficile car ces derniers doivent aussi respecter l'équilibre. C'est le fameux « effet domino » induit par cette réglementation.

La seconde solution consiste à faire diminuer les rejets de phosphore par les oiseaux. Les fabricants d'aliments incorporent déjà des enzymes qui rendent le phosphore plus digestible. Des progrès sont réalisés mais ils ne sont pas encore pris en compte dans les normes de calcul (références Corpen).

La troisième solution est vraiment du ressort de l'aviculteur. Il peut traiter les effluents pour en faire un fertilisant ou un amendement organique (répondant à une norme NFU). Ce produit peut sortir de l'exploitation sans avoir à justifier d'un plan d'épandage. Le procédé est largement utilisé pour les fientes de poules pondeuses. En volailles de chair, il s'agit de compostage, sachant que c'est une installation classée, avec un investissement d'au moins 30 000 €. En production de canard sur caillebotis, trois systèmes sont envisageables : séparation de phase, compostage, station de traitement biologique.

Penser et agir collectivement

Dans ces situations, excepté en pondeuses, un tel investissement doit-il se raisonner ferme par ferme ou de manière globale et territoriale ? Quelle valorisation des produits, sous quelle forme, par qui, à quel prix ?
Pour l'instant, face à cette situation « abracadabrantesque », les réactions apparaissent dispersées. Les éleveurs concernés essaient de résoudre leur problème individuellement, sans connaître ceux des autres. Dans la recherche de solutions concrètes, ils semblent peu soutenus par leurs partenaires économiques. Certaines organisations considèrent qu'elles n'ont pas vocation à s'impliquer dans la gestion du devenir des effluents. Ont-elles réalisé l'ampleur du problème ?
Les plus actifs restent les représentants professionnels, présents dans les instances consultatives (type Coderst) et qui interpellent l'administration. C'est ainsi qu'au mois de mai, une délégation FRSEA-JA-chambre régionale d'agriculture a rencontré le préfet des Pays de la Loire. Plutôt que de faire peser les efforts sur les élevages autorisés, il a été proposé d'englober aussi les élevages déclarés, mais en fixant un plafond de 100 kg P2O5/ha (organique et minéral) et avec un délai de cinq ans pour s'adapter. Dans les zones sensibles à l'eutrophisation, des mesures complémentaires seraient prises pour lutter contre les fuites de phosphore (érosion des sols, ruissellement).
Parallèlement à cette action politique qui pourrait déboucher sur un assouplissement de la réglementation, les aviculteurs excédentaires ont besoin de solutions techniquement sérieuses et économiquement acceptables. La filière a le choix de laisser ces éleveurs se débrouiller, ou d'intervenir pour organiser la transformation et la valorisation des effluents.
Dans les 2 cas, il y a un prix à payer. La solution interventionniste a au moins l'avantage de donner de la visibilité aux porteurs de projets et de les rassurer dans leur volonté d'investir pour maintenir la compétitivité de l'aviculture française.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de juin 2010 (R. A. n°157 p. 8 à 14)

Source Réussir Aviculture Juin 2010

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