Relancer la production française dans une stratégie de reconquête du marché intérieur

Anne-Yvonne HENOT

Relancer la production française dans une stratégie de reconquête du marché intérieur

L’ambition du plan avicole national est la reconquête du marché français par les opérateurs de la filière française. Mais ce plan doit prendre en compte les orientations récentes de la consommation mondiale et européenne et se donner les moyens de son ambition.

Dans une consommation mondiale toujours en progression, la France est à la peine...

La viande de volailles est en passe de devenir la première viande produite dans le monde, devant la viande de porc. Les 2/3 de la hausse de la production se concentrent en Asie, malgré des problèmes sanitaires pas toujours résolus. Les échanges internationaux qui portent sur 12 à 13 % de la production mondiale sont dominés à égalité par les Etats-unis et le Brésil (31%), puis l’Europe (11%). Les échanges portent sur différents types de marchandises suivant les destinations: du poulet entier cru aux découpes congelées. L’Europe, jusqu’aux années 2000, avait une balance commerciale positive en volume et en valeur. Cette balance se dégrade progressivement, avec des importations venant dans un premier temps du Brésil, puis de Thaïlande à la faveur d’accords bilatéraux signés suite à l’échec des discussions de l’OMC. Mais le paysage est différent suivant les pays. L’Allemagne a multiplié sa production par 3 depuis 2000 ; en France, par contre, la baisse est de 20%, mais semble stabilisée depuis peu.

La production française est constituée pour 53 % des volailles standard, 23 % du poulet export et pour 25% des volailles sous signe de qualité. Mais la consommation européenne et française s’oriente de plus en plus vers des produits de « découpe » et une utilisation plus importante en restauration collective. D’après une étude de AND international pour l’ITAVI, actuellement 87% du marché de la restauration collective, et 38% des achats des industriels en produit standard sont importés de Belgique, Pays Bas et Allemagne. Ces pays, grâce à la modernisation de leurs outils d’abattages, mais aussi de leurs poulaillers, sont bien plus compétitifs. L’étude conclut que la reconquête de ce débouché sera difficile, mais en plus prévoit que la grande distribution s’orienterait pour une part significative de son approvisionnement vers ces mêmes destinations.

Dans les élevages, les impacts sont sévères

La baisse de restitution, puis leur suppression décidée par l’Europe a fragilisé aussi bien le maillon industriel que le maillon élevage. Petit rappel :
• Automne 2012 première baisse des restitutions
• Février 2013 nouvelle baisse des restitutions de 50 € par tonne
• Pour faire face à cette baisse, les industriels en répercutent une partie sur les contrats des éleveurs. Mais ce ne sont pas seulement les contrats export qui sont concernés, mais tous les contrats et toutes les espèces et chez tous les opérateurs avec des « renégociations » diverses en fonction des espèces. Généralement, la baisse en poulet est de 20 € par tonne, soit la moitié de la mage PA. Cette baisse généralisée a été justifiée par les opérateurs de la filière par le partage des efforts par tous et/ou par la hausse du coût alimentaire depuis la récolte 2012. Jusqu’à présent, cette baisse a été compensée par des volumes.
• Juillet 2013 suppression des restituions. La première baisse des restitutions était justifiée par le fort rapprochement des prix brésiliens et des prix européens en fin d’année 2012 et début 2013. L’écart de compétitivité était alors maintenu au même niveau. C’était sans compter sur la dévaluation du réal de 20% qui rebattait les cartes, alors qu’en même temps, l’Euro se raffermissait par rapport au dollar.

Cette suppression des restitutions était prévue lors de la négociation à l’OMC. Mais il n’y a pas eu d’accord. On sentait bien néanmoins qu’elles ne passeraient pas le cap de la nouvelle réforme de la PAC. On peut parler de manque d’anticipation, mais il faut surtout analyser la filière dans son entier et se rappeler que la baisse de production française a commencé dès 1998.

La crise qui touche maintenant l’accouvage peut enterrer toute une filière

La baisse de production déjà en cours et l’arrêt de mise en production pour l’abatteur Tilly Sabco ont fragilisé de nombreux couvoirs, y compris des couvoirs de multiplications et sélections. Si ces outils ferment, il sera difficile de relancer la filière.

L’urgence d’un plan de relance en lien avec la consommation

Il y a urgence à bâtir un plan pour toute la filière française, car aucun industriel n’est à l’abri. Mais il faut prendre en compte les tendances lourdes de la demande du consommateur : plus de découpes et d’élaborés, moins de volailles entières. Des investisseurs croient dans cette filière, en effet le plan de redressement de l’entreprise Doux prévoit la reprise par un financier et l’entrée au capital d’un des clients de l’entreprise à l’export. Au niveau des élevages, les gains de productivité et de réduction de coûts observés lors de rénovation des batiments permettent d’être confiants sur leur capacité à relever ce défi. Cependant, la modernisation des élevages et la professionnalisation par une spécialisation des producteurs se heurtent à des problèmes de réglementation environnementale et à des lourdeurs administratives. Rappelons que l’âge moyen des bâtiments français dépasse les 25 ans et que la surface moyenne par exploitation est seulement de 1 500 m², alors que les objectifs préconisés sont de 3500 à 5 000 m².

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