Santé animale : Les laboratoires se disputent la « ferme mondiale »

Pascal Le Douarin

coups de rachats et fusions, la concentration des laboratoires se poursuit, avec l'émergence d'un nouveau leader mondial et des opportunités pour les « seconds couteaux ».

Le marché mondial de la santé animale est estimé entre 19 et 20 milliards de dollars US, à comparer aux 770 milliards de celui de la santé humaine. Pourtant les laboratoires pharmaceutiques s'intéressent à ce marché porteur (+ 5 à 10 % de croissance annuelle). Il est moins chahuté que celui du médicament humain, qui subit des suspicions et des retraits de produits parallèllement à la montée des médicaments génériques.
Le marché de la santé animale se répartit pour 40 % dans les animaux de compagnie, sur lequel la médicalisation s'intensifie (traitements de l'obésité, des arthrites, des cancers…), et pour 60 % dans les animaux de rente, un marché lui aussi en croissance avec la hausse de la demande en protéines.

Jeu de chaises musicales

La réorganisation dans la santé animale découle aussi des mouvements dans la santé humaine, les entreprises majeures ayant souvent ces deux activités dans leur portefeuille. Ainsi, l'Américain Merck et le Français Sanofi-Aventis ont confirmé le 9 mars leur projet de création d'une coentreprise (joint-venture) détenue à parts égales. Ils vont fusionner leurs filiales, Intervet/Schering-Plough pour Merck et Merial pour Sanofi. Cette année, ou au plus tard au début de 2011. La valeur de Merial a été fixée à 8 milliards de dollars et celle de Intervet/Schering-Plough à 8,5 milliards. Sanofi-Aventis versera 250 millions au groupe américain, en complément de 750 millions de provisions conclues en juillet dernier. Le nouvel ensemble regroupera trois laboratoires vétérinaires récemment concurrents et mariés par leurs nouveaux actionnaires.

Lois antitrust et cessions

Intervet a été « mangé » par Schering-Plough en 2007, lui-même mangé par Merck en 2009 et qui, après avoir avalé Schering, se rapproche à nouveau de Sanofi. En effet, en 2009, Merck a vendu à Sanofi ses parts dans Merial pour 4 milliards. Cette cession lui a permis de mieux négocier la loi antitrust lors du rachat du laboratoire Schering-Plough.
Merck et Sanofi sortent mutuellement renforcés, puisque les analystes prévoient déjà une augmentation de 1 à 3 % du bénéfice par action. Ce sera le nouveau numéro un mondial (5,3 milliards de chiffre d'affaires, 29 % du marché) devant Pfizer à 20 % (chiffre d'affaires estimé à 3,7 milliards).
En pratique, des gains liés à des synergies vont sans doute apparaître, mais le directeur général de Sanofi indique encore ignorer lesquels. Pour respecter les lois contre le monopole en vigueur, des activités vont devoir être cédées ici et là. Les complémentarités sont plus importantes que les doublons, souligne encore le directeur de Sanofi, Merial étant plus présent en animaux de compagnie (1 milliard de chiffre d'affaires avec l'antipuce Frontline) et Intervet/Schering en rente. Néanmoins, les doublons existent dans les vaccins pour volailles.

Des droits à picorer de-ci de-là

D'autres laboratoires comme Bayer, Novartis, Boehringer, Virbac, Ceva, Vetoquinol ou Alpharma pourraient récupérer les miettes — des usines ou des produits — que la commission antitrust de tel ou tel pays estimera nécessaire de céder. C'est ce qui vient de se passer pour Pfizer, après son rachat du groupe Wyeth, propriétaire de Fort Dodge. La commission européenne a exigé que Pfizer se dessaisisse de certains produits.
Après la vente d'activités à Boehringer Ingelheim en 2009 (en Europe, Amérique du Nord et Australie), à Virbac début 2010 (vaccins et antiparasitaires de rente en Australie), c'est au tour d'Elanco de reprendre des activités. Le 8 mars, Elanco bien connue en volailles pour ses anticoccidiens(1), a repris les droits européens pour des vaccins (Stellamune en porc), des antiparasitaires et des additifs alimentaires. Aucun ne concerne le secteur aviaire. Elanco achète aussi une usine de vaccins en Irlande. Que feront les autres gros du secteur, comme Novartis et Bayer. Unir leurs forces ou aller séparément au combat ? Affaire à suivre…


(1) Anticoccidiens mais aussi deux antibiotiques (tilosyne et tilmicosine).

Source Réussir Aviculture Avril 2010

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