Sélectionneur de pintades, un métier d’équilibriste

Armelle Puybasset - Réussir Aviculture Décembre 2011

Sélectionneur de pintades,  un métier d’équilibriste
À partir des mêmes pedigrees, le sélectionneur de pintades doit fournir plusieurs produits commerciaux standard ou label répondant à des objectifs de croissance différents.

Le sélectionneur de pintades Génétique Grimaud Frères Sélection et Galor-Amice Soquet doit répondre aux préoccupations de chaque maillon, de l’accouvage à l’abattage, et anticiper les besoins de progrès génétique.

Définition du progrès génétique

Sélectionneur de pintades,  un métier d’équilibriste

Le gain génétique annuel est proportionnel à l’intensité de la sélection du caractère (nombre d’oiseaux gardés par rapport au nombre d’oiseaux élevés), à la précision de la valeur génétique (quantité d’informations sur l’ensemble de la famille), à l’héritabilité du caractère (fort pour le poids et faible pour la productivité, par exemple) et la variabilité du caractère (plus celle-ci est grande plus la sélection est efficace).Le gain dépend aussi de l’intervalle de génération : plus il est court, plus on progresse rapidement.

Rares sont les occasions de rassembler en un même lieu tout le maillon sélection d’une filière. Lors de la journée nationale de la pintade organisée par l’Itavi en octobre dernier, Magali Blanchet de Grimaud Frères Sélection et Pascal Jamenot de Galor-Amice Soquet, ont présenté les objectifs et les spécificités de sélection de l’espèce. Ces sélectionneurs, basés respectivement à Roussay dans le Maine-et-Loire et à Amboise en Indre-et-Loire détiennent à eux deux tout le patrimoine génétique mondial des souches commerciales de pintade. Cet élevage est une spécificité franco-française, à l’exception de l’Italie(1).
Quelle que soit l’espèce, le métier de sélectionneur consiste à répondre aux besoins spécifiques de chaque maillon : des performances de ponte pour le couvoir, de la croissance et de la viabilité pour l’éleveur, du rendement et de la qualité de viande pour l’abattoir. « Il s’agit d’une perpétuelle recherche de compromis », expliquent-ils.
Petite filière, petits moyens
Le défi est particulièrement ardu en pintade : pour avoir des coûts de sélection raisonnables, le nombre de lignées doit rester proportionnel à la taille modeste de la production. Selon Louis-Marie Baumier, de Grimaud Frères Sélection, « l’activité du maillon sélection représente un chiffre d’affaires d’1,2 million d’euros, avec la commercialisation de 350 000 reproducteurs parentaux ». Une parentale pond en moyenne 140 à 145 œufs durant un cycle de 54 semaines. À partir des mêmes pedigrees (les populations en sélection), les sélectionneurs doivent fournir des produits commerciaux standard ou sous label rouge qui répondent à des objectifs de croissance différents. Spécialiser les lignées pures (pour notamment alourdir les poids en fin d’élevage en production label) aurait un impact notable sur le coût de revient du pintadeau (coûts de sélection et d’accouvage).
Des besoins qui évoluent
« Face à la réduction de compétitivité de la pintade vis-à-vis des autres volailles, la demande du terrain pour améliorer la rentabilité de la filière est de plus en plus forte (GMQ, rendement…), explique Pascal Jamenot, tout en veillant à ne pas altérer l’image de produit festif et de qualité. » Les besoins exprimés par la filière évoluent. En standard, l’objectif de poids vif reste de 1,6 à 1,7 kg, mais avec des durées d’élevage plus courtes : 74-76 jours contre 77-80 jours en 2008. En label, la demande porte sur un alourdissement, vers des poids de 2 à 2,1 kg contre 1,8 à 1,9 kg il y a trois ans. En parallèle, la prise en compte des caractères non liés à la productivité prend plus d’importance, comme l’impact sur l’environnement (diminuer les rejets), le nervosisme (diminuer les comportements de peur) ou le bien-être (qualité des aplombs). Ces évolutions doivent être anticipées trois ans à l’avance : en pintade, c’est le délai de diffusion du progrès génétique de l’étage pedigree à celui du pintadeau destiné à la production de chair.
Collaboration avec le Sysaaf
Pour mieux maîtriser l’évolution des caractères, les deux sélectionneurs travaillent à partir de lignées pures « fermées ». Cela signifie que la reproduction se fait toujours entre des individus d’une population initiale. Elles doivent être en nombre suffisamment important pour éviter les risques de consanguinité. « Tous les caractères ne sont pas améliorables en même temps au sein d’une même lignée. On ne peut pas, par exemple, progresser fortement sur la croissance et la ponte, car ces deux caractères sont antagonistes », poursuit Magali Blanchet. Les lignées sont donc spécialisées : des lignées « voix femelle » pour améliorer la productivité en ponte et des « voix mâle » pour progresser sur le poids vif, le produit final étant issu du croisement des deux types de lignées. L’évaluation génétique des candidats à la sélection, le choix des reproducteurs à accoupler et la stratégie de sélection sont réalisés en partenariat avec le syndicat des sélectionneurs avicoles et aquacoles français (Sysaaf). Toutes les performances individuelles des pedigrees, ainsi que leur généalogie, sont enregistrées sur support informatique et sont regroupées sur un site central au Sysaaf. « Sachant qu’une lignée de 40 mâles et 200 femelles aura environ 2 000 descendants chaque année, cela représente une dizaine de milliers d’oiseaux pedigrees élevés et enregistrés par an pour l’entreprise Galor », illustre Pascal Jamenot. Avec l’enregistrement de la généalogie, on peut retrouver les ascendants d’un individu jusqu’à quinze à vingt générations. Le syndicat veille également au respect du référentiel Sysaaf qui garantit le mode de sélection et l’état sanitaire des lignées pures et des parentaux. « L’étage sélection se trouve tout en haut de la pyramide de la filière, d’où l’enjeu d’éviter tout risque de propagation d’un pathogène. »
Automatisation des mesures
Les perspectives d’évolution des technologies de sélection portent surtout sur l’automatisation des prises de données. Il existe déjà des automates de pesées avec identification de l’animal grâce à une puce électronique individuelle. On pourra un jour utiliser des automates pour mesurer la consommation alimentaire individuelle. Par contre, le recours à la sélection génomique est moins à l’ordre du jour. « Tout du moins, pas avant cinq ou dix ans », estime Magali Blanchet. « Le génome de la pintade n’a pas été séquencé. La sélection génomique est coûteuse. Sa rentabilité en pintade est bien moins évidente qu’en bovin où l’intervalle entre générations est plus long. »
 
(1) Production mondiale : 45 millions de pintadeaux en 2010 dont 35 millions de pintadeaux en France et 7,5 millions en Italie.

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