Taïwan, l’île des volailles, frappée par la grippe aviaire

Pierrick Bourgault - Réussir Aviculture Novembre 2012

Taïwan, l’île des volailles, frappée par la grippe aviaire
Des produits avicoles très présents dans les points de vente de prêt à consommer. Dans un pays fortement consommateur de volaille, la crise du virus H5N2 s’est télescopée avec un scandale sur l’importation de porcs traités à la ractopamine. © P. Bourgault

Dans un pays où la viande de volailles est primordiale, la grippe aviaire a pris une dimension politique cette année. Comment le gouvernement taïwanais a-t-il géré la crise ? Quelles ont été les réactions des consommateurs ?

Taïwan est l’un des pays où la part de la volaille dans la production et la consommation carnée se révèle la plus forte au monde : 680 000 tonnes produites sur un total d’environ 1,6 million de tonnes de viande dans un pays de 23 millions d’habitants(1). Sa part à 41 % (27 kg/habitant) dépasse la moyenne asiatique, même si le porc garde la première place (57 % de la viande consommée sur l’île). C’est pourquoi la dernière crise de la filière avicole taïwanaise a pris une dimension politique, sur fond d’élection présidentielle.

Les services sanitaires mis en cause

Petite chronologie : fin 2011, le réalisateur Lee Hui-jen poursuit le tournage d’un film documentaire sur la grippe aviaire, un thème sur lequel il travaille depuis plusieurs années. Le virus sévit dans le pays depuis 2006, avec des périodes d’accalmie. Le documentariste y dénonce notamment les négligences de plusieurs responsables sanitaires, qui auraient aggravé la propagation du virus. Le principal incriminé, Hsu Tien-lai, démissionnera le lendemain de la découverte d’un nouveau foyer. En effet, en décembre, le cinéaste découvre des poulets morts suspects, qu’il dépose aux services sanitaires. Les autorités estiment la souche de virus influenza aviaire « faiblement pathogène » et ne déclenchent aucune alerte sérieuse. Les élections présidentielles du 14 janvier 2012 préoccupent davantage le gouvernement et il ne faut pas inquiéter la population. Le statut particulier de Taïwan doit aussi être considéré. Quoique indépendante, cette démocratie n’est pas membre de l’ONU, suite à l’opposition de sa voisine la Chine qui revendique le territoire. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et celle de la santé animale (OIE) dénomment même Taïwan comme un « Taipei chinois », ce qui complique les relations.

La défiance internationale a été immédiate

Le président sortant Ma Ying-Jeou est réélu, mais le ministre de la Santé change. Le nouveau titulaire déclare la souche « hautement pathogène ». Le 3 mars, le Council of Agriculture (COA) confirme la présence du H5N2 dans plusieurs élevages du centre et du sud. Déclarée officiellement à l’OIE, l’affaire prend une tournure internationale. Taïwan suspend toutes ses exportations de volailles et d’œufs. Le 12 mars, la Corée du Sud juge que l’épidémie date en fait de fin décembre et bloque tous les produits taïwanais à base de volaille préparés après le 7 décembre. Elle déconseille à ses éleveurs de visiter Taïwan et ses fermes, afin d’éviter la diffusion du virus sur le territoire coréen. La demande taïwanaise chute de 30 %. Des associations telles que Environment and Animal Society of Taïwan (EAST) estiment que des cas graves, voire une épizootie de grippe aviaire auraient été cachés du public.

AV181 DEC TAIWAN _84783

Des poulets colorés élevés en conditions fermières. Parallèlement aux élevages industriels, existe un maillon fermier vers lequel se tournent aussi certains consommateurs taïwanais. © P. Bourgault

Les consommateurs ne savaient plus quelle viande manger

Le 24 avril, le Centre de contrôle des maladies (CDC) annonce que trois personnes ont été testées positives à la présence d’anticorps H5N2. Ces porteurs ne développent cependant aucun symptôme grippal. Près de 15 000 élevages seront ensuite contrôlés, parmi lesquels « 476 ont fait l’objet d’une surveillance spécifique », selon le CDC. Plus de 75 000 volailles sont abattues après la découverte de cas de grippe H5N2 à Changhua et Nantou.
Le 11 mai, le virus H5N2 est diagnostiqué dans un élevage de reproducteurs du comté de Yunlin, au centre-ouest de l’île, et 15 000 poussins sont euthanasiés. Huang Kwo-ching, directeur adjoint du bureau des quarantaines et inspections sanitaires animales, annonce une journée nationale de désinfection trois fois par semaine : « Si tous les élevages participent, le virus ne pourra plus se déplacer. »
Cette crise est survenue à une période sensible pour les consommateurs. Ceux-ci ne savaient plus à quelle viande faire confiance. Dans le même temps, la presse écrite et la télévision relayaient des inquiétudes sur le bœuf et le porc importés des USA, supplémentés légalement à la ractopamine. Taïwan a autorisé les importations de viande bovine traitée depuis le 26 juillet dernier. Ce médicament accélérateur de croissance(2) est interdit en Europe, car jugé potentiellement dangereux pour la santé humaine. Confrontée à une chute de la demande, la filière volaille a cherché à retrouver la confiance des consommateurs et le CDC a fréquemment rappelé que le virus H5N2 n’est pas pathogène chez l’homme.
L’épisode H5N2 a été clos le 14 août. Officiellement, il n’a touché directement que cinq fermes, ce qui a conduit à la destruction officielle de 41 000 oiseaux, 5 500 étant morts du virus. Et faute de preuve solide, les responsables désignés par le cinéaste ont été relaxés en juillet. Le même mois, un autre danger bien réel a failli atteindre Taïwan. Un trafiquant d’oiseaux exotiques a été arrêté à l’aéroport international. Il venait de Guanghzou, en Chine du Sud. Les trente-huit volatiles, qu’il cachait, étaient porteurs du virus H5N1…

(1) En 2011, Taïwan a importé aussi 126 000 tonnes de viandes de volailles (dont 96 % de poulet), et en a exporté 6 700 tonnes.
(2) Un animal traité durant les dernières semaines de vie gagne 10 % de poids de viande.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires