Tensions autour du groupe Doux, leader européen de la volaille

Après la nomination toute récente de Jean-Charles Doux, fils du PDG Charles Doux, au poste de Directeur Général délégué, la stratégie du groupe est remise en cause par la section avicole de la FRSEA Pays de la Loire qui qualifie la situation d'"intolérable".

   Lors d'un comité central d'entreprise, "a été annoncée la suspension de M. Guy Odri en tant que directeur général délégué et la nomination de M. Jean-Charles Doux en tant que directeur général délégué du groupe Doux", a indiqué le groupe dans un communiqué. Fils de Charles Doux, le président du groupe, Jean-Charles Doux avait été précédemment à la tête de la filiale Père Dodu.

  Son arrivée et l'éviction de Guy Odri, qui assumait la direction du groupe depuis plus de huit ans, marque une reprise en main par la famille Doux de la société, qui est dans la tourmente depuis plusieurs années.

  Cette arrivée a fait l'unanimité chez les quatre principaux syndicats du groupe, selon Raymond Gouiffès, délégué syndical central CGT. "On repart sur de bonnes bases", a-t-il déclaré. Charles Doux est venu lui-même rassurer les syndicats, "on a senti un homme qui n'est pas battu, loin de là, qui tient son entreprise, on l'a senti plein de vigueur à 75 ans pour redresser la barre", a ajouté Raymond Gouiffès. L'arrivée de son fils à la barre, "c'est rassurant" car "on revient à une gestion purement familiale au sommet", a jugé le délégué syndical.

La FRSEA s’inquiète pour les éleveurs

La section avicole de la FRSEA des Pays de la Loire a cependant demandé des éclaircissements sur la stratégie du groupe Doux en dénonçant la "situation intolérable" des éleveurs de volailles qui sont payés "avec un retard allant de 60 à 150 jours", selon un communiqué adressé à la presse.

"De nombreuses informations concernant le groupe avicole Doux ont été diffusées récemment par tous les médias : dette colossale, cession de la branche brésilienne du groupe, crainte des syndicats de salariés, éviction des principaux responsables administratifs", écrivent les FRSEA (Fédération Régionale des Syndicats d'Exploitants Agricoles) et les JA (Jeunes agriculteurs) des Pays de la Loire.

  Ces informations "ne font que conforter le profond malaise ressenti depuis quelques mois par les éleveurs de volailles de ce groupe. Les éleveurs sont actuellement payés par le groupe Doux avec un retard allant de 60 à 150 jours. Cette situation est intolérable", poursuivent-ils.

Les responsables agricoles indiquent avoir demandé un rendez-vous auprès du président du groupe Charles Doux, qui, selon eux, "a systématiquement refusé toute rencontre".

"Cette situation d'incertitude ne peut plus durer: les éleveurs doivent savoir ce qu'il en est de la situation actuelle du groupe et de son avenir", soulignent les syndicats, qui appellent la préfecture de région à organiser "une table ronde", "en convoquant Charles Doux et en l'obligeant à s'exprimer sur sa stratégie d'entreprise".

En route vers un redressement judiciaire ?

Le groupe, en graves difficultés financières, a indiqué qu'il pourrait déposer son bilan dès vendredi et demander à être placé en redressement judiciaire s'il ne parvenait pas à trouver un compromis avec ses créanciers. 

  "Deux solutions se présentent à nous: un accord avec nos partenaires ou l'annonce d'un redressement judiciaire", qui l'un comme l'autre pourraient avoir lieu vendredi, a déclaré un porte-parole du groupe. Des discussions ont été engagées jeudi au ministère du Redressement productif entre le leader volailler européen et ses créanciers. La direction du groupe familial devait se réunir d'ici vendredi matin pour arrêter sa décision, a précisé cette source.

  Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a déclaré vouloir "absolument éviter que la filière volaille française (...) soit déstabilisée". Le ministre a indiqué dans un communiqué jeudi, suivre "avec une attention particulière la situation des 800 éleveurs qui sont les fournisseurs du groupe".

  Un éventuel redressement judicaire serait demandé "le plus rapidement possible" et serait "bénéfique à deux titres: il apporterait une bouffée d'oxygène car la dette ne serait plus exigible, et il créerait un cordon sanitaire entre la France et le Brésil", pays siège d'une filiale très déficitaire, a détaillé le porte-parole. 

  Dans l'hypothèse d'un dépôt de bilan, "on est en train de travailler à une solution visant à protéger les fournisseurs stratégiques et les éleveurs dans le cadre d'une potentielle utilisation de cette procédure. C'est une priorité", a assuré le porte-parole.

Source AFP

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