Thierry Blandinières : En foie gras, il vaudra mieux être prudent en 2008 »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Thierry Blandinières : En foie gras, il vaudra mieux être prudent en 2008 »

Alors qu'il misera sur la prudence pour le marché du foie gras, le PDG de Delpeyrat a un appétit de loup dans le secteur du jambon cru haut de gamme.

Le gros de la saison du foie gras est passé. Quel est votre bilan en général, et pour Delpeyrat en particulier ?

Les premières tendances du panel consommateurs Iri-Sécodip font état d'un marché encore en croissance de + 3 % en volume et de + 6 % en valeur. C'est plutôt positif. Les tarifs n'ont pas été réévalués sur les produits en conserves mi-cuits et sont restés compétitifs, ce qui n'a pas forcément été le cas en cru. Sur ces produits, les opérateurs ont fait passer des hausses de l'ordre de 12 % à 15 %. Ce marché s'est avéré, lui aussi à peu près correct. Du point de vue Delpeyrat, c'est plutôt correct aujourd'hui avec une croissance à + 10 %, largement au-dessus de la croissance du marché.

Par quoi expliquez-vous cette bonne performance ?

Nous avons mis beaucoup de moyens en innovation et en communication avec la nouvelle gamme « Delpeyrat 1890 » mise en place voici deux ans. Elle s'est véritablement installée en grande distribution.

Avec ces bons résultats, le coup de frein à la production française est-il toujours d'actualité ?

Paradoxalement, je pense que oui. Globalement, les mises en place de canards à gaver sont à + 7 % depuis déjà quelque temps pour un marché qui a fait + 3 %. Mécaniquement, il va falloir s'ajuster. Les stocks de fin 2007 sont donc supérieurs à ceux de l'an dernier à la même époque. En ce qui concerne Delpeyrat, malgré une progression à + 10 %, nous avons aussi un stock légèrement supérieur. Cela confirme le gel des nouvelles installations décidé par le Cifog en juillet dernier. Nous sommes d'accord avec cette logique d'ajustement. Quoi qu'il arrive, nous gèlerons notre développement pendant au moins un an.

Pour la production, la prudence semble donc être la règle…

En fonction du niveau de stocks dans la profession, nous serons en effet prudents. Nous anticiperons peut-être une légère baisse de production dans la mesure où les prix vont aussi augmenter à cause du surcoût alimentaire. En moyenne il nous faut répercuter d'au moins 10 %. Sur le foie gras, je ne suis pas trop inquiet de la réaction du consommateur qui réalise un achat plaisir. De plus, ce sera un retour au tarif d'avant la crise de surproduction de 2003, période durant laquelle le marché se comportait très bien en termes de consommation. Pour la viande, je serai plus prudent, le magret étant un produit de consommation plus courant. Le consommateur sera-t-il prêt à le payer 15 % plus cher ?

Vous attaquez le cinquième exercice Delpeyrat avec quelles ambitions ?

En 2003, Delpeyrat aurait pu disparaître. Je suis arrivé dans l'entreprise la plus malade, l'année de la surproduction, avec comme premier objectif de redresser les comptes en deux ans. Le résultat net a été de - 24 millions d'euros en 2004, de - 6 en 2005, de zéro en 2006, et de + 4,6 en 2007(1).
La tendance étant bonne, nous avons doublé la taille en reprenant « Canard du Midi » qui perdait de l'argent, ce qui nous a permis de restructurer industriellement, de rechercher un effet levier par la compétitivité, d'atteindre la taille critique et de rebondir au plan marketing pour être un des meneurs. La nouvelle étape est de faire de Delpeyrat une marque-ombrelle pour des produits de la gastronomie du Sud-Ouest : le foie gras, les plats cuisinés et le jambon de Bayonne haut de gamme. D'où le rachat de Magasin vert (Agen) et de Campofrio Montagne Noire (Tarn). Le nouvel ensemble Delpeyrat pèse 330 millions d'euros, avec pour ambition de passer à 500 dans les deux à cinq ans en développant surtout la charcuterie. Avec des produits à saisonnalité différente sur le même créneau de consommateurs, Delpeyrat sera ainsi présent toute l'année dans les linéaires des magasins.

(1) NDLR : 43 % des bénéfices de Maïsadour pour 36 % du chiffre d'affaires 2007 (709 millions d'euros).

Source Réussir Aviculture Mars 2008

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