ufs plein air : L'entreprise d'Alaistaire Brice ne craint pas la crise

Pascal Le Douarin

Installé à Hoxne dans le Suffolk, en Angleterre, Alaistaire a créé Havensfield Happy Hens, une entreprise qui produit, emballe et commercialise des oeufs plein air auprès des magasins de détail.

Dans le paysage britannique de l'oeuf, Alaistaire Brice fait figure d'extra-terrestre. Dans cette région de l'East-Anglia, très orientée vers les productions free range (plein air), il assure être le seul à produire, emballer, vendre et livrer des oeufs plein air. « Je suis dans le business de la volaille depuis longtemps, mais mon activité a vraiment décollé depuis cinq ans, explique t-il. J'ai commencé en 1997 avec 300 poules pour vendre aux petits détaillants. Comme ça marchait bien, je suis passé à 300 poules de plus dans un autre poulailler, puis 300 autres. Gérer plusieurs petits troupeaux exigeait du temps, j'ai alors investi dans un poulailler de 4 000 poules en 2007, détaille encore Alaistaire. Pour fournir le nombre et le calibre requis, il a fallu encore agrandir le cheptel. »

32 000 poules en production

Aujourd'hui, il possède deux sites de production totalisant 7000 poules. Il travaille également en contrat avec sept éleveurs (ayant de 2000 à 5000 poules), de sorte que sa capacité de production est de 32 000 poules. Un troisième site personnel de 3000 poules sera opérationnel en septembre prochain.
« Mon créneau ce sont les magasins de détail à qui je vends des oeufs de la campagne, produits par des producteurs fermiers, c'est-à-dire dans des structures familiales ne dépassant pas 5000 poules. Je raconte une histoire, mon histoire. Je n'ai pas besoin d'une belle boîte avec ma photo, ni de la certification ‘Freedom food' pour garantir le bien-être des poules ou du ‘Lion code' qui est censé apporter une garantie sanitaire. Tout cela coûte cher. Les clients de mes clients mangent les oeufs, pas les boîtes ! » plaisante Alaistaire.

Alaistaire Brice a progressivement développé son affaire d'oeufs free range. Il en connaît toutes les facettes et les ficelles. (P. L. D.)

Alaistaire Brice a progressivement développé son affaire d'oeufs free range. Il en connaît toutes les facettes et les ficelles. (P. L. D.)

 

En position de force

Il revendique deux cents clients sans contrat, ce qui lui permet d'être indépendant et en position de force pour fixer le prix de vente. Pour compléter son offre, Alaistaire vend des cailles free-range ainsi que des oeufs de canes Pékin. Il vend ses oeufs non commercialisables (les déclassés, les petits calibres) sur d'autres circuits.
« J'arrive à la limite de mon système, déclare le jeune businessman. Au-delà, il faudrait que j'aille vers les supermarchés. Donc que j'augmente mes volumes. Je devrais investir, j'aurais des dettes à rembourser et de nouvelles charges. Je devrais faire des concessions de prix en me calant sur la concurrence. » Sa rentabilité serait fortement affectée et le niveau de risque trop élevé. Et s'il devait abandonner la commercialisation et travailler en contrat avec un gros conditionneur comme Noble Foods, « il me faudrait au moins le double de poules pour gagner autant, sans être complètement propriétaire de mes équipements ».
Depuis un an, la conjoncture a changé. Et Alaistaire travaille avec quatre « petits » éleveurs (5000 à 5500 poules) qui ont quitté Noble Foods fin 2008. « Ils ne voyaient pas leur futur avec cette société. Je les paye 8 à 10 pence de plus que Noble par douzaine de qualité supérieure. Mon objectif est qu'ils gagnent correctement leur vie pour continuer de travailler avec moi, car je n'ai aucun contrat avec eux. »

Pas besoin de boîtes avec photo, ni de la certification ‘Freedom food' pour garantir le bien-être des poules. Les clients des clients d'Alaistaire Brice mangent les oeufs, pas les boîtes ! (P. L. D.)

Pas besoin de boîtes avec photo, ni de la certification ‘Freedom food' pour garantir le bien-être des poules. Les clients des clients d'Alaistaire Brice mangent les oeufs, pas les boîtes ! (P. L. D.)

 

Soigner ses fournisseurs

Les éleveurs sous contrat perçoivent une plus-value de 6 à 8 pence par douzaine. L'entrepreneur, qui est aussi producteur, sait que le maintien de son activité passe par la durabilité du maillon production. « Il faut compter de 22 à 25 livres d'investissement par poule logée. C'est élevé, mais avec moi, l'éleveur paie son bâtiment de 2500 poules en trois ans, alors que celui-ci peut durer vingt-cinq ans. Et il peut espérer en retirer 20 000 livres de salaire par an. »
Pour l'avenir, une des plus grandes craintes d'Alaistaire est de voir le système des grands groupes se fragmenter ou d'autres producteurs suivre son exemple. « J'ai besoin que les autres producteurs soient heureux de travailler avec des grandes entreprises. Il ne faudrait pas que des éleveurs de poules free range mécontents les quittent pour fonder des structures concurrentes. Ou encore que des éleveurs de poulets free range en perte de vitesse se convertissent aux poules. »

Source Réussir Aviculture Juin 2009

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