Des légumes issus de semences paysannes vendus chez Carrefour

Des légumes issus de semences paysannes vendus chez Carrefour

Deux groupements de producteurs bretons ont passé un contrat avec Carrefour qui va distribuer à partir de mercredi leurs légumes issus de semences paysannes dans une quarantaine de magasins en Ile-de-France et en Bretagne.

Les semences paysannes sont des semences que les agriculteurs sélectionnent eux mêmes et cultivent d'une année sur l'autre. Au contraire des hybrides fabriqués par les semenciers, les semences paysannes sont peu stables et peu homogènes, ce qui leur interdit l'entrée au catalogue officiel des espèces et variétés. L'intérêt de ces oignons roses d'Armorique, artichauts Camus du Léon, butternut Kouign Amann, ou rhubarbes acidulées de Bretagne, qui seront vendus en grande distribution pour la première fois, est qu'ils présentent un maximum de variabilité, leur permettant de s'adapter à des conditions naturelles changeantes. "En 2000, on s'est rendu compte que parmi les graines qui nous étaient vendues en bio certaines étaient manipulées: on introduisait une part de radis dans le chou et le brocolis. Nous avons alors commencé à faire de la sélection participative, à partir de semences qui étaient dans les congélateurs de l'Inra ou chez des particuliers", explique René Léa, maraîcher bio dans le Nord Finistère et président de Kaol Kozh.  

Quand Carrefour a contacté les groupements de producteurs bretons Kaol Kozh et APFLBB pour distribuer ces légumes, les agriculteurs ont négocié des accords contractuels sur 5 ans, et un engagement sur les prix et les volumes. En effet, le coût de revient de ces légumes issus de semences paysannes peut être supérieur de 30% à des légumes issus du catalogue, notamment parce qu'ils ne murissent pas tous en même temps et qu'il faut plusieurs passages dans les champs pour les récolter, selon M. Léa. "Dans le cadre de ce partenariat, nous allons les aider à développer leurs variétés pour offrir un choix plus large aux clients", ajoute Philippe Bernard, directeur des relations monde agricole chez Carrefour.

Semenciers mécontents

La Fondation Carrefour accompagnera ainsi les producteurs dans la mise en place d'une Maison des graines des paysans dédiée à la recherche sur les espèces potagères et à l'amélioration des techniques de production de semences. Le géant de la distribution a également mis en ligne une pétition sur carrefour.fr et Change.org pour qu'un paysan qui produit ses propres semences puisse les vendre en vente directe, alors qu'aujourd'hui il a uniquement le droit des les échanger, mais également que ces semences soient distribuées par les semenciers.

"Cette initiative de Carrefour est la bienvenue", a indiqué à l'AFP Guy Kastler, membre fondateur de la Confédération paysanne et coordinateur du réseau Semences Paysannes jusqu'en 2016, en soulignant l'importance "qu'un opérateur économique autre que les syndicats et les associations se bouge" pour les semences paysannes.

Le Gnis, qui représente les semenciers, a par contre déploré que cette campagne de Carrefour "vise à faire croire que le manque de diversité de nos assiettes viendrait des semences", alors que "les sélectionneurs publics et privés sont impliqués dans la préservation de la biodiversité". "Chaque année les 3.200 variétés de légumes déjà en vente, s'enrichissent de plus de 150 variétés nouvelles". De nouvelles variétés qui "résistent mieux aux maladies et aux parasites pour qu'on puisse limiter ou se passer de produits phytosanitaires", assure le Gnis.

Campagne de com' : Carrefour se lance sur "le marché interdit" 

 

Pour accompagner la commercialisation de ces produits, le groupe Carrefour a lancé une campagne de communication intitulée "le marché interdit". D'après un communiqué du groupe Carrefour, "la législation interdit aujourd'hui le commerce de plus de 2 millions de variétés issues de notre patrimoine et prive ainsi le grand public d'une diversité de choix dans son alimentation." « 90% de variétés cultivables ont déjà disparu au cours du XXème siècle à l’échelle mondiale » indique le communiqué. Pour y remédier et afin de défendre la préservation du patrimoine agricole et alimentaire et la biodiversité, Carrefour s’engage et veut participer à une révision de la loi actuelle sur deux points majeurs : « Simplifier la loi pour permettre aux petits paysans de commercialiser en circuit court leurs semences librement reproductibles et ouvrir le catalogue officiel à ces semences paysannes, pour que les fruits et légumes qui en sont issus puissent être commercialisés plus largement auprès de tous les consommateurs. Cela exige l’assouplissement des critères actuels d’enregistrement des semences paysannes au catalogue et une exemption de paiement de cette inscription pour les petites structures. »

Source ASL avec AFP

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