Ecotaxe : le monde agricole refuse de lâcher prise

Ecotaxe : le monde agricole refuse de lâcher prise

Le vin, les légumes, les salades ou l'élevage, le monde agricole maintient l'offensive contre l'écotaxe notamment en Bretagne, avec les premières communications de l'Observatoire dédié attendues vendredi à Rennes.

Thierry Merret, FDSEA Finistère

Pour les Bretons, l'affaire est entendue : pas question d'ajourner la taxe mais bel et bien de la supprimer, insiste le patron de la Fédération Départementale des Syndicats Agricoles (FDSEA) du Finistère, Thierry Merret.

"On n'a pas d'autres solutions si on veut garder un socle agricole et agroalimentaire dans la région", durement affectée par les crises de la volaille, du porc, du lait et des abattoirs. "La Bretagne a toujours été une terre d'expédition, elle doit le rester", soutient M. Merret, producteur de choux-fleurs à la pointe du Léon.

Les Bretons en appellent d'ailleurs au Général de Gaulle qui, rappellent-ils, leur avait promis en 1969 à Quimper "un réseau routier gratuit pour désenclaver la région".  Une nouvelle mobilisation du Collectif pour l'Emploi est d'ailleurs prévue samedi matin toutes professions confondues "sous le portique du Faou", près de Brest.

L'observatoire de l'écotaxe - il en existe un par région - se réunit pour le première fois vendredi à Rennes. "C'est à travers cet observatoire qu'éventuellement les choses vont remonter. On verra les conséquences qu'il faut en tirer", a précisé une source gouvernementale. La porte ouverte à d'éventuels ajustements?

Lors de la journée d'action mardi du monde agricole à l'appel de la FNSEA, le  ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll avait admis qu'il y avait "certainement des choses à améliorer" dans la mise en oeuvre de cette taxe au 1er janvier, appliquée aux camions de plus de 3,5 tonnes circulant sur 15.000 km d'axes principaux hors autoroutes à péage.

M. Le Foll comme le Premier ministre ou leur collègue de la Défense Jean-Yves Le Drian sont d'autant plus sensibles à la situation en Bretagne qu'ils y ont des attaches personnelles. La région bénéficie à ce stade d'un abattement de la taxe de 50%, avec un taux de 13 centimes du km contre 14 en moyenne nationale et une exonération d'un des axes importants (D164) traversant la région d'est en ouest.

D'autres aménagements sont également prévus en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, avec des abattements de 30% pour tenir compte "de leur périphéricité", selon le ministère des Transports. 

Jacques Rouchaussé, Légumes de France

Désormais, tous les producteurs entendent manifester leurs inquiétudes

Après l'exemple des poulets taxés jusqu'à six fois, à chaque étape entre l'élevage et l'étal, les producteurs de légumes font valoir l'extrême fragilité de filières et celle de leurs produits, périssables telles les salades, pour exiger "une suppression totale".

"Nos produits ne sont pas stockables, c'est pas des boulons qu'on transporte! On ne va pas les mettre sur des péniches", s'insurge Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France (30.000 producteurs) qui ne voit pas quelles sont les alternatives à la route. "Et c'est pareil pour les fruits. On exempte la collecte du lait, pourquoi pas nous!", demande-t-il.

"Soyons pragmatiques : derrière ça, c'est des emplois en moins", ajoute ce cultivateur de la Marne, qui s'interroge en passant sur le sur-mesure régional et les différences de tarifs (de 13 à 17 centimes du km pour l'Ile de France par exemple).

« Ca suffit la coupe est pleine », s'écrient également les Vignerons Indépendants, qui citent "des aléas climatiques particulièrement difficiles cette année" après les petits volumes de 2012

"Fortement fragilisées économiquement, nos entreprises ne pourront pas supporter une nouvelle charge", prévient leur président, Michel Issaly qui demande "l'exonération" de la viticulture.

De son côté, Coop de France, qui a lancé une consultation minutieuse auprès de trente de ses coopératives, met en avant le "faible niveau de compréhension" de cette taxe chez ses adhérents qui à 80% gèrent eux même leurs transports et ne peuvent répercuter la taxe sur les clients comme le fera un transporteur.

"Pour une coopérative, le coût du transport représente environ 10% du chiffre d'affaires et le surcoût de l'écotaxe, d'après l'étude, sera de 5 à 8%", rapporte Emmanuel Ramfel, directeur adjoint du Comité Supply Chain de Coop de France. Sans compter les difficultés d'équipement affirme-t-il : moins de 10% des véhicules ont leur boitier, selon cette enquête.

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