Ecotaxe : réunion à Matignon et réactions

Ecotaxe : réunion à Matignon et réactions

Jean-Marc Ayrault s'est donné un peu de temps avant de trancher sur l'écotaxe en choisissant de réunir mardi matin à Matignon élus bretons et ministres concernés par cette mesure qui rencontre une hostilité grandissante en Bretagne, sur fond de grogne fiscale généralisée.

Un groupe de soutien sur Facebook

Ecotaxe : réunion à Matignon et réactions

Créé depuis samedi 26 octobre, le groupe "Soutien aux agriculteurs bretons" comptent plus de 19 000 membres à ce jour.

Des aménagements, voire un nouveau report de cette taxe décidée durant le précédent quinquennat, étaient attendus lundi mais le Premier Ministre ne rendra ses arbitrages qu'après la réunion à 10H00 à Matignon.

Des élus bretons - sauf les UMP qui boycottent la réunion - le préfet de région et les ministres de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, des Transports, Frédéric Cuvillier, et de l'Agroalimentaire, Guillaume Garot, se rendront à Matignon.

Comme annoncé durant le week-end, MM. Le Foll et Cuvillier ont adressé lundi matin au Premier ministre des propositions pour sortir du piège de l'écotaxe, décidée en 2009.

Dimanche, moins de 24 heures après les affrontements qui ont fait une dizaine de blessés au pied du portique écotaxe de Pont-de-Buis (Finistère), M. Le Foll avait assuré avoir "parfaitement entendu" et "parfaitement compris" le message des manifestants. Pourtant il a affirmé lundi sur i-Télé que le gouvernement ne "pouvait pas revenir en arrière".

Cette taxe, qui cristallise une bonne part de la colère bretonne, est une mesure du Grenelle de l'environnement mis en place à l'initiative de Nicolas Sarkozy. Elle doit être payée pour tous les camions français ou étrangers de plus de 3,5 tonnes, roulant sur certaines routes (hors autoroutes payantes). Censée rapporter plus d'un milliard d'euros par an, elle vise à inciter les entreprises à utiliser, pour le transport de marchandises, des modes moins polluants.

Interrogé sur la possibilité d'augmenter la détaxe de 50% déjà accordée à la Bretagne, M. Le Foll a admis qu'il s'agissait d'"une bonne piste de réflexion".

Réactions des politiques

Le Groupe des Fédérations Industrielles (GFI) et le MEDEF ont demandé séparément lundi au gouvernement "l'ajournement" de cette taxe qui pénaliserait le "made in France" en s'ajoutant "à une pression fiscale déjà record".

Les membres du collectif qui avait appelé à un rassemblement samedi à Quimper, ont réclamé la "suppression pure et simple" de l'écotaxe.

Après les récentes reculades sur la taxation de l'Excédent Brut d'Exploitation (EBE) ou sur les Plans Epargne Logement (PEL) et Plans d'Epargne en Actions (PEA), le gouvernement peut difficilement renoncer à cette mesure attendue par son partenaire écologiste.

"Si ce gouvernement cède (sur l'écotaxe), il ne faudra pas qu'il s'étonne qu'il n'y ait plus d'autorité sur rien", a ainsi mis en garde le chef de file des sénateurs écologistes, Jean-Vincent Placé.

"Il ne faut pas prendre l'écotaxe pour le bouc émissaire", a renchéri Pascal Durand, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV). "On voit bien que la Bretagne est à bout qu'il y a une crise mais la crise ce n'est pas l'écotaxe qui l'a créée", a-t-il relevé.

Selon M. Placé, l'écotaxe "va coûter 42 millions d'euros à la Bretagne mais va lui en rapporter 135" en matière de "transport routier, qualité des routes...". La région, qui avait massivement voté pour François Hollande en 2012, bénéficie déjà d'exonérations (filière lait).

A droite, l'écotaxe constitue a contrario un nouveau cheval de bataille contre un gouvernement et un chef de l'Etat très affaiblis dans les sondages et dont la politique fiscale est contestée par une majorité de Français.

Membre du gouvernement qui avait décidé il y a quatre ans de la mise en place de cette taxe sur les poids-lourds, l'ex-ministre UMP, Bruno Le Maire, a ainsi estimé dans Le Parisien que l'équipe actuelle était "en train de mettre le pays à feu et à sang".

L'ancien ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a lui répété qu'il fallait "remettre à plat" l'écotaxe, un projet qu'il avait pourtant lui-même porté à l'époque du Grenelle de l'environnement.

L'ex-ministre UMP du Budget Valérie Pécresse a considéré lundi que l'écotaxe était comme "la goutte d'eau qui fait déborder le vase" de la "révolte fiscale", annonçant le dépôt d'une proposition de loi pour la stabilité fiscale.

Marine Le Pen, présidente du FN, a préconisé mardi l'abandon de l'écotaxe, "mauvaise dans sa conception et ses conséquences", tout en dénonçant le coût de la clause de sortie signée pendant le quinquennat Sarkozy. Comme France Inter lui demandait si le gouvernement devait renoncer à ce prélèvement qui suscite la révolte en Bretagne, l'eurodéputée a tranché : "oui, bien entendu, c'est une taxe mauvaise dans sa conception et ses conséquences, qui intervient au moment où les Français n'en peuvent plus et où les entreprises sont en très grande difficulté, particulièrement celles de l'agro-alimentaire qui vivent un dumping social très féroce". Elle a souligné que cette taxe avait été construite . "par l'UMP""C'est une société italienne, Ecomouv' qui est chargée de l'organisation de cette taxe, de sa mise en oeuvre et de la récupération de la taxe". "Il y a un énorme problème démocratique dans la manière dont le gouvernement a cru pouvoir signer une clause de résiliation avec cette société de 800 millions d'euros", a estimé Mme Le Pen. "C'est un moyen, en réalité, d'aller à l'encontre de la volonté des Français"."S'ils veulent changer cette situation, ils ne peuvent pas le faire",s'est indignée Mme Le Pen. "C'est une méthode qui doit être dénoncée, surtout quand c'est une société italienne qui en profite", a-t-elle ajouté.

Source AFP

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