L'embargo russe risque d'engorger le marché européen des fruits et légumes

avec AFP

L'embargo russe risque d'engorger le marché européen des fruits et légumes
Les Français ont expédié pour près de 26 millions d'euros de fruits en Russie en 2012, selon la FNPF.

La suspension, par la Russie, des importations agroalimentaires en provenance d'Europe, risque d'engorger l'espace communautaire qui perd un débouché important, en fruits et légumes notamment.

Les produits concernés

Cet embargo, d'une durée de un an, concerne le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait, les légumes et les fruits. Les produits céréaliers, le vin et les alcools forts ne sont donc pas touchés. L'interdiction ne concerne cependant pas les aliments pour bébé.

La Russie absorbe 10% des exportations agricoles et agroalimentaires de l'UE, pour un montant de 12 milliards d'euros par an, selon Eurostat. Avec l'Ukraine et le Brésil, l'Allemagne et les Pays-Bas figuraient en 2013 parmi les principaux fournisseurs de la Russie, qui importe 35% de sa consommation alimentaire.

"La Russie est exportatrice de céréales mais fortement importatrice de légumes et fruits et de produits transformés tels la viande, les produits laitiers",  rappelle Xavier Beulin, président la FNSEA. Fruits frais, fromages, porcs ... représentent à chaque fois un volume d'affaires d'un milliard d'euros environ. Ce sont, avec les légumes (770 millions), les principales importations alimentaires d'Europe avec les vins et spiritueux (1,5 milliard euros).

Fruits et légumes : risque de crise

Les pommes, les tomates et les pêches en particulier sont achetées chez les Européens qui traversent justement une grave crise cette saison, en raison d'une production abondante. D'où un double effet probable, résume M. Beulin: "la Russie se ferme aux importations, mais les produits qui n'iront plus à l'exportation vont se rabattre sur les pays européens et créer une situation de crise", craint-il.

Selon le président de la fédération des producteurs de fruits français (FNPF), Luc Barbier, les "Espagnols exportaient (en 2012) environ 100.000 tonnes de fruits vers l'Ukraine et la Russie : autant de quantité qui vont se rabattre sur le marché communautaire". Italie, Espagne et France connaissent déjà une guerre de la pêche nectarine avec des prix effondrés et "la catastrophe" se profile avec la pomme, annonce-t-il.

« Cette hausse considérable de l'offre, ajoutée aux problèmes de concurrence déloyale interne à l'Europe (production espagnole), va faire dégringoler les prix » estime de son côté la coordination rurale dans un communiqué.  Le risque pour les Européens est aussi de se voir confisquer des parts de marché au profit de l'Asie ou de l'Amérique Latine, qu'il sera ensuite très difficile de reconquérir.

Au total, Paris a expédié l'an passé 1,17 milliard d'euros de produits agro-alimentaires vers la Russie, dont 450 millions en boissons alcoolisées.

Viande bovine : la France peu touchée

En viande bovine, le premier fournisseur de la Russie reste de loin le Brésil, devant les autres pays d'Amérique Latine et l'Amérique du Nord (soumise elle aussi aux sanctions pour les Etats-Unis).

La contribution de l'UE était déjà en net recul depuis 2013 (moins de 50.000 tonnes équivalent carcasse contre 100.000 en 2011 selon l'Institut de l'élevage), en raison de restrictions sanitaires souvent comprises comme des "prétextes politiques", relève Guy Hermouet, vice-président de la Fédération nationale bovine chargé de l'exportation.   Ce sont principalement la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne qui auront à pâtir de ce coup de frein juge-t-il.

Le Danemark et les Pays-Bas seront les plus exposés pour les produits laitiers - la France qui a vendu l'an passé pour 119 millions d'euros de produits laitiers à la Russie représentait moins de 4% des importations du pays dans ce secteur. Quant au porc, les exportations européennes ont été totalement suspendues par l'embargo russe décrété le 29 janvier au motif de la peste porcine, arguant de cas décelés sur des sangliers.

  

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