La pomme française peine à conserver son rang sur la place européenne

Fabien BARRABE

La pomme française peine à conserver son rang sur la place européenne

Les bons paramètres de récolte européenne de la campagne 2014 et l’embargo russe inquiètent les opérateurs quant à l’écoulement de la production que ce soit sur le marché intérieur ou à l’export.

Une production européenne en hausse

Les prévisions de récolte en pommes pour la campagne 2014-2015 ont été estimées à 11,8 Mt à l’échelon européen (source congrès Prognosfruit), soit une hausse de production de 9%. La production serait d’un bon niveau et d’un bon calibre dans la plupart des pays européens. Elle pourrait ainsi égaler la forte récolte engrangée en 2012, sans toutefois atteindre les niveaux record de 2009 ou 2010. Les pays du nord de l’Europe que ce soit l’Allemagne, le Royaume-Uni ou dans une moindre mesure le Benelux, reviennent en force après le déficit enregistré l’an dernier. La récolte pourrait même atteindre un niveau record en Italie tandis que les autres pays d’Europe du sud, y compris la France annoncent plutôt un petit recul. La production devrait également être abondante en Europe de l’est, avec probablement un nouveau record pour la Pologne, qui conforte son rang de premier producteur européen.

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Léger recul de la production française

Au 1er octobre 2014, la production nationale de pommes est estimée à 1,69 million de tonnes, en légère baisse de 3% par rapport à la récolte de 2013. La baisse de production est plus forte dans les régions du sud de la France, due à une alternance marquée (succession de production importante et de production plus faible d’une campagne à l’autre) et à des conditions climatiques défavorables au moment de la floraison. 

Une campagne qui démarre avec des prix anormalement bas

Si le potentiel (quantité et qualité de la production) est globalement au rendez-vous, ce sont les débouchés qui risquent de faire un peu défaut. Pour la campagne 2013-2014, le retour à une bonne récolte de pommes a pesé sur le marché, notamment sur la variété Golden. Les cours, relativement haut en septembre 2013, ont perdu progressivement du terrain pour se situer fin juin 2014, 16% en dessous quinquennal.

Pour la campagne 2014-2015, malgré une demande relativement active sur les variétés précoces, les stocks inhabituellement lourds de golden de la récolte 2013 ont rapidement mis la pression sur les prix et l’embargo russe a engendré une certaine fébrilité du marché. Les cours sont nettement au-dessous de la moyenne sur 5 ans, à la même époque, dans la continuité de l’érosion observée en fin de campagne précédente. En septembre, les départs vers le grand export se sont faits régulièrement, mais à des cours plus bas que les années passées. Vers la mi-septembre, les productions précoces des pays du nord de l’UE sont venues concurrencer nos exportations sur le marché européen. En septembre-octobre, alors que la gamme variétale s’élargit avec l’entrée en production de l’ensemble des régions, la demande intérieure sur le marché français est faible, en raison de l’attrait encore soutenu des fruits d’été. Les cours sont inférieurs de 15% à la moyenne quinquenale.

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Relancer la consommation et l’export

Pour ce qui est de la consommation française, la pomme, bien qu’étant toujours le fruit le plus consommé, devant la banane, l’orange ou encore les pêches nectarines se voit de plus en plus concurrencée. Le panel Kantar-Worldpanel annonce même une baisse du panier moyen de -9% par rapport à 2013 dans un contexte d’achats de fruits stable.

La solution pour relancer la consommation passe par la mise en avant de la pomme française, en communiquant sur les chartes qualité qui peuvent la différencier d’autres producteurs européens. En ce sens, la filière met, par exemple, l’accent sur des campagnes de promotion de la pomme issue des vergers éco-responsables

La filière française a également besoin de conforter sa place à l’export et de clarifier sa position. Actuellement, l’export est bien souvent une variable d’ajustement en cas d’abondance de l’offre. Le risque est de perdre des positions sur le marché international lorsque la production française est faible, alors que les pays tiers comme l’Asie ou le Moyen-Orient présentent de belles opportunités. Mais pour l’export, il faut regrouper l’offre. Notre organisation de mise en marché, l’atomisation de l’offre font que nous ne sommes pas assez pertinents pour faire de l’export de haut niveau. Lorsque l’offre est un peu plus abondante, le fait de ne pas exporter suffisamment conduit à ce que les volumes restent en France et que la concurrence sur le marché intérieur est d’autant plus forte, d’où une pression sur les prix.

Les producteurs français ont tout à gagner en s’orientant au maximum vers des marchés «haut de gamme» : charte qualité, verger éco-responsable, politique de marque, variétés club... pour ainsi conforter leur niveau de marge.

Source : Cerfrance - La Lettre Veille Economique Agricole - décembre 2014 - n° 14

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