Les producteurs de fruits et légumes sur la brèche

Propos recueillis par Guillaume de Werbier

Ce vendredi, à l'appel de légumes de France, les maraîchers de toute la France se mobilisent à partir de 10 h à Paris. Interview de Louis Vinet, maraîcher à Bouguenais, et président des Jeunes maraîchers de légumes de France.

En passant sous les fenêtres de plusieurs ministères et celles de Matignon, les maraîchers entendent défendre, pour leurs productions, un marché européen égalitaire.

Pourquoi organisez-vous une manifestation ce vendredi à Paris ?

Cette action fait suite au plan de mesures pour les secteurs des fruits et des légumes annoncé dernièrement par le ministre de l'Agriculture et qui ne nous plaît pas du tout. Ce plan est restreint aux tomates, aux concombres et aux nectarines. Mais la saison a été catastrophique pour l'ensemble des productions maraîchères - aussi bien en début de campagne qu'après la crise E. coli. Les 25 millions d'euros annoncés pour le plan d'actions n'iront pas sauver les productions maraîchères françaises.

Nous voulons faire pression auprès du ministre pour que le plan soit ouvert à l'ensemble des productions maraîchères. Elles ont souffert suite à la crise de l'E. Coli, mais aussi parce que, pendant toute la saison, les maraîchers, face à un marché engorgé de produits européens, n'ont pas pu vendre leur production à un prix rémunérateur. Ils ont tout le temps perdu de l'argent cette année. La situation est catastrophique. On nous avait dit qu'on serait indemnisés suite à la crise de l'E.Coli, et nous n'avons toujours rien touché.

Que demandez-vous au mi­nistre de l'Agriculture ?

On souhaite que le plan de mesures soit ouvert à toutes les productions, mais au-delà, on demande une réflexion sur des mesures structurantes pour en finir avec les distorsions de concurrence au niveau européen. Nous ne pouvons pas continuer à produire si nous n'avons pas les mêmes règles du jeu au sein de l'Union européenne. Il faut, par exemple, une égalité sociale sur le salariat maraîcher. Mais il y a aussi distorsion par rapport à la traçabilité de nos produits. Nous demandons que les produits qui arrivent sur le marché français répondent aux mêmes exigences que celles en place sur nos entreprises. Nous voulons continuer à être concurrentiels. Cette manifestation est vraiment un cri d'alarme.

Quel est l'état de la production actuellement ?

Pour les concombres et les tomates, la crise de l'E. coli a entraîné des pertes, en terme de destruction, qui s'élèvent à 160 millions d'euros à l'échelle de la France. Pour notre région nantaise, ça représente des pertes comprises entre 40 et 50 millions d'euros. Beaucoup de maraîchers du secteur sont allés voir leur banquier pour demander des emprunts courts termes pour pouvoir continuer à travailler, sachant que notre ministre avait annoncé des indemnisations…Nous sommes à la fin de nos courts termes et nous n'avons toujours rien eu de l'Union européen. Nous n'avons plus de trésorerie. Ca va devenir très difficile. Sans message fort de l'Etat, nos entreprises vont être non seulement très fragilisées, mais certaines boutiques pourraient fermer à la fin de l'année.

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