Place au pruneau d’Agen

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Place au pruneau d’Agen

Densification et rajeunissement du verger, filets de récolte : à Monteton, Stéfan Auneau donne un coup de jeune à ses 80 ha de pruniers d’Ente. Le pruniculteur espère faire école dans ce verger en voie de restructuration.

Place au pruneau d’Agen

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En ce matin de décembre 2014, seuls quelques claquements de sécateurs troublent le calme hivernal. Dans le verger de pruniers qui fait face à la  mairie de Monteton, la taille a commencé. «Dans mes vergers haute densité, le coût de la main-d’œuvre pendant la taille est divisé par deux», explique Stéfan Auneau. Installé avec ses deux frères, il a modernisé 22 ha sur les 80 ha de pruniers de l’exploitation familiale. La ferme compte aussi 230 ha de céréales et emploie l’équivalent de 10 salariés à temps plein sur l’année, plus une quinzaine de saisonniers pendant la récolte.

Premier signe distinctif d’un verger “nouvelle génération” : sa haute densité de plantation, de l’ordre de 500 à 1 000 arbres par ha (contre environ 250 habituellement). Une innovation qui booste ses performances « de 20 à 30 %», a calculé Stéfan. L’explication : des rendements légèrement améliorés, mais surtout des arbres plus petits et plus faciles d’accès. Ce qui rend plus aisées la plupart des opérations (taille, récolte et traitements). Chez les frères Auneau, par exemple, la taille mobilise six personnes pendant cinq mois.

Avec un âge moyen entre 20 et 25 ans, «le verger lot-et-garonnais est vieillissant». Or, « la production d’un prunier décline à partir de 20 ans. » Le pruniculteur de 38 ans milite pour un rajeunissement du verger et pour un cycle de production plus court. « Avant, on bâtissait les arbres pour qu’ils soient transmis au fils, qui les transmettra au petit-fils. Ce qui implique de ne pas ramasser de prunes pendant les 10 premières années. C’est plus performant économiquement de ramasser dès la cinquième année, puis de renouveler les arbres plus vite.» Stéfan et ses deux frères comptent renouveler tous leurs arbres d'ici 10 ans.

Place au pruneau d’Agen

Retard variétal

La culture du prunier d’Ente, «relativement rustique», est «plutôt simple», explique l’arboriculteur .Sa récolte, par contre, est complexe. À partir de mi-août, elle dure « deux semaines... ou deux mois ! » La teneur en sucre étant capitale pour le séchage, 5 ou 6 passages sont nécessaires pour ramasser seulement les fruits à pleine maturité. Autre particularité, « quand une prune est mûre, elle tombe». Mais «le ramassage des prunes à terre coûte trop cher et il n’est pas possible de mécaniser cette opération». Un quart de la récolte est ainsi perdue chaque année !

Stéfan pense avoir trouvé une solution : des filets installés sous les arbres qui recueillent les fruits tombés. Il suffit ensuite de les aspirer avec une machine. En fonctionnement depuis deux ans, ce système lui donne «entière satisfaction». Stéfan ramasse seulement des fruits mûrs, sans perte, pour un investissement comparable à une machine de récolte classique (11 000 € ha). «Les solutions existent !», aime répéter celui qui a fait un stage aux États-Unis avant de s’installer. Il espère faire école auprès de ses collègues. Car le Bureau interprofessionnel du pruneau (Bip) lui a confié une mission : insuffler le renouveau du pruneau d’Agen. Stéfan est en charge du volet Verger du Plan de reconquête de la compétitivité (PRC), lancé par l’interprofession en 2014 (lire ci-dessous). Le but ? Renouveler 7 à 8 000 ha pour faire augmenter la productivité du verger de 50 % d’ici 2025. Un message pas toujours facile à faire passer auprès des nombreux producteurs cinquantenaires qui n’ont pas de repreneur. «La nouvelle génération est plus réceptive... »

Pour atteindre cet objectif ambitieux, la filière devra aussi rattraper son retard en termes de variétés. Rapidité de séchage, facilité de ramassage, réduction du temps de taille, résistance à la sécheresse : les pistes ne manquent pas. Cet effort, « la plupart des filières arboricoles l’ont déjà fait il y a trente ans ». Difficile en fin de faire l’impasse sur l’irrigation. «Nos arbres ont une mémoire, explique Stéfan. S’ils souffrent de la sécheresse aujourd’hui, leur production de l’année suivante s’en ressentira». Bref, de nombreux chantiers avant d’aboutir au pruneau d’Agen 2.0. Dans l’exploitation des frères Auneau, la prochaine étape sera de transformer la production. Aujourd’hui, les prunes d’Ente séchées sur place sont livrées aux industriels, qui les réhydratent et les conditionnent. « Mon verger va m’amener jusqu’à la retraite, remarque Stéfan. Aujourd’hui, je travaille pour les générations futures.

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Le pruneau d'Agen se relance en pleine pénurie mondiale

«En trois ans, le marché mondial s’est complètement retourné, indique Stéfan Auneau. Nous sommes passés d’une surproduction à une pénurie». La production de pruneaux s’est effondrée dans les pays leaders : les États-Unis (1er mondial) ont arraché massivement pour planter noyers, pistachiers et amandiers. Le Chili, le challenger qui convoitait la première place, a connu des accidents climatiques. Enfin, la baisse des prix (jusqu’à 1,20 €/kg) a  entraîné le déclin de la production en France, troisième producteur mondial. C’est dans ce contexte que le pruneau d’Agen IGP a lancé son Plan de reconquête de la compétitivité (PRC) en 2014. Le but ? Faire face à la concurrence et à la réduction annoncée des aides Pac.

«Pendant 30 ans, la filière a vécu sous le régime sécurisant des aides directes européennes», raconte Stéfan. Un soutien qui n’est peut-être pas étranger au retard pris par la filière par rapport aux autres productions arboricoles. L’interprofession a donc conclu un deal avec l’Europe : le maintien des aides couplées jusqu’en 2020 (autour de 2 000 € ha) contre la promesse d’une restructuration. 

Les axes de ce PRC ? Rajeunir le verger, diminuer le coût du séchage (un tiers du prix final) et conquérir de nouveaux marchés. «Pour faire du pruneau un produit de consommation courante, nous devrions communiquer sur le plaisir et sur ses propriétés : richesse en minéraux, en fibres, propriétés anticrampe, etc.» En tout, le PRC bénéficie de 12 M€ par an jusqu’en 2020. Les aides «sont réservées aux  arboriculteurs produisant plus de 2,5 t/ha», explique Stéfan Auneau. Et les plantations “nouvelle génération” «sont subventionnées à 60 % ». Rendez-vous en 2020 : à cette date, le pruneau d’Agen espère ne plus dépendre des aides.

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