Tomate 2013 : une fin de campagne qui interroge

Fabien BARRABE

Tomate 2013 : une fin de campagne qui interroge

Après des années d’érosion, en 2013 la production française progresse, dopée par le rendement des cultures sous serres chauffées. Pour autant, la variabilité du marché de la tomate ne se dément pas pour cette saison. Un calendrier de production avec un pic plus marqué en été et une pression plus forte des pays du nord de l’Europe ont particulièrement pesé sur le deuxième semestre.

Tomate 2013 : une fin de campagne qui interroge

Une production française qui se stabilise

La surface en tomates s’établit aux environs de 2400 ha. Le faible repli de 1% des superficies en production est à nuancer. Cette baisse correspond, d’une part à une stabilité des serres chauffées, installations les plus productives, d’autre part, à la diminution de 5 % des surfaces sous serres froides et enfin, à un maintien des implantations en plein air pour la production à destination du marché du
frais. Après une décennie de baisses, 2012 et 2013 voient la surface de production se stabiliser.

La production progresse légèrement (+2%) pour atteindre 571 000 tonnes. La baisse des surfaces est contrebalancée par une progression des rendements dans les installations les plus performantes, les serres chauffées. Le rendement y approche les 350 t/ha avec un gain de 3 %. Les serres froides connaissent également une hausse de productivité et dépassent les 130 t/ha. Seules les superficies en plein air, particulièrement touchées par les conditions climatiques défavorables du printemps, voient leur rendement fléchir de 10 %. La part de la production issue des installations couvertes et chauffées devient de plus en plus importante dans la totalité des volumes récoltés.

Tomate 2013 : une fin de campagne qui interroge

Un calendrier de production et une balance commerciale moins favorable

Le début de campagne 2013 se caractérise par des volumes en repli. Les conditions climatiques défavorables du printemps sont responsables de cette baisse. Mai, puis juin sont des mois de retour vers des quantités mises en marché plus proches des moyennes et juillet, avec le retour de conditions météorologiques favorables, présente un pic de production nettement plus élevé que celui de la campagne précédente. A partir de cette période, le cumul des volumes parvient à demeurer supérieur à celui de 2012.

Malgré quelques variations mensuelles, les volumes d’exportation 2013 sont proches de l’année précédente. En revanche, les importations se maintiennent à un niveau supérieur à l’année 2012 notamment sur la période estivale. La faiblesse de la demande est présente dans le nord de l’Europe et des volumes issus de nos principaux fournisseurs de cette partie de l’Union Européenne alimentent les marchés.

Tomate 2013 : une fin de campagne qui interroge

Une campagne commerciale 2013 de plus en plus complexe

Les conditions météorologiques défavorables du printemps ont eu un double impact : retard de plusieurs semaines en production et consommation peu soutenue. Néanmoins la demande, suffisante face à une offre nationale et importée très limitée, a permis aux cours de début de campagne (en mars puis en avril) de s’établir en hausse par rapport à ceux de l’année précédente, au-dessus de la moyenne quinquennale. La consommation trop faible en fin de printemps face au développement de l’offre conduit rapidement à une contraction des marges. La baisse saisonnière des niveaux de prix en mai, s’accentue en juin.

Avec l’arrivée des fortes températures, le marché de la tomate est bien orienté durant la première moitié de juillet avec une consommation active et une hausse des cours expédition. Cependant, la forte hausse des prix au détail freine la consommation ce qui provoque une baisse des cours à l’expédition. A cela s’ajoute, une forte concurrence belge et néerlandaise qui fait chuter encore plus rapidement les cours et les maintiennent sous forte pression tout l’été jusqu’au début d’automne. Les cours demeurent proches de la
moyenne quinquennale jusqu’à fin août, mais en retrait par rapport à ceux de la campagne précédente. Sur Septembre et Octobre, les prix restent bas et en dessous de la moyenne quinquennale. Historiquement, ce sont plutôt les pays de la ceinture méditerranéenne qui étaient reconnus pour la concurrence redoutable au printemps et début d’été.La campagne 2013 voit s’ajouter une nouvelle donne par une concurrence sur la fin d’été de la Belgique et des Pays Bas, pays où le parc de serres se modernise également, reste à voir si cette pression est conjoncturelle ou structurelle.

L’innovation et la différenciation pour aider aupilotage en conjoncture instable

Alors que la différenciation et la segmentation du marché de la tomate avec la promotion notamment sur le segment des petits fruits était mise en avant comme une opportunité de valeur ajoutée accrue, cette fin de campagne vient mettre un doute sur cette stratégie. Ces dernières années, les volumes se sont fortement accrus pour répondre à une demande forte. L’engouement de ce segment a permis de moderniser les serres pour l’adapter à cette production mais aussi de susciter la convoitise des pays de la ceinture
méditerranéenne qui se sont eux aussi diversifié sur ce créneau. Les cours 2013 sur ce créneau à forte valeur ajoutée sont inférieurs à la moyenne quinquennale.

Pour autant, ce marché aujourd’hui devenu mature ne doit pas conduire à un repli vers des segments plus classiques comme la tomate ronde ou vrac, le Maroc et l’Espagne conservent des atouts indéniables sur le marché d’entrée de gamme notamment en raison des conditions météorologiques. Au contraire, la nécessité de déployer des moyens constants d’innovation sur les modes de production et de commercialisation reste incontournable : recherche sur l’aspect gustatif, mise en avant de l’origine des produits. Ces nouveaux segments obligent les producteurs à s’interroger chaque campagne sur leurs choix de variétés, de périodes de chauffage, de gestion salariale pour maintenir voire développer leur valeur ajoutée. La connaissance du coût de production et de la durée de résistance
aux périodes de conjoncture défavorable sont des éléments déterminants du pilotage de l’entreprise dans un marché instable.

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