Energie, l'économiser, la produire : Diagnostic énergie : cerner les enjeux avant d'agir

Thierry Chastan, consultant Développement Durable CER France

Les carburants ne sont qu'un des aspects de la bataille énergétique. C'est ce que révèle le diagnostic énergie réalisé par Arnaud Cloménil en Normandie.

Touché de plein fouet par la hausse des cours du pétrole, comme bon nombre d'agriculteurs, Arnaud Cloménil a voulu en avoir le coeur net. “Je voulais cerner les enjeux pour mon exploitation et surtout mettre en place des actions pour faire des économies. J'ai donc expérimenté le bilan Planète, méthode élaborée par 'association Solagro et reconnue par le Ministère de l'Agriculture. Cette approche est très intéressante car elle est simple, rapide et pédagogique”.

Arnaud Cloménil est un agriculteur sensibilisé au développement durable.

Arnaud Cloménil est un agriculteur sensibilisé au développement durable.

67 % d'énergie Indirecte

Concrètement, la consommation énergétique de l'exploitation a été passée au peigne fin : les énergies directes, comme le fioul et l'électricité, et les énergies indirectes, comme le transport et les engrais. “Tout a été converti en EQF, Equivalent Litre de Fuel. Par exemple, un kilo de soja équivaut à 0,11 EQF. C'est la somme de l'énergie nécessaire pour le récolter, le conditionner, l'acheminer”, explique le cultivateur. Et là, surprise… L'énergie indirecte représente 67 % de la consommation énergétique de l'exploitation ! Le bilan a révélé cette énergie “cachée” dans la fabrication et le transport des intrants (engrais, phyto, matériel, bâtiments) qui atteint 410 EQF/ha. Alors que l'énergie directe (fioul, électricité, gazole et lubrifiants), atteint 200 EQF/ha.

“Ce résultat m'a fait réfléchir, commente l'exploitant. En me comparant avec un groupe d'exploitations,j'ai vu que le poste engrais est plus important chez moi. En revanche, je me positionne très bien sur les consommations de carburants, lubrifiants et produits phyto”. L'agriculteur et son conseiller poussent alors l'analyse. La fumure pèse lourd mais elle est maîtrisée et les balances azotées sont équilibrées, comme en témoignent le Plan Prévisionnel de Fumure et le Cahier d'Épandage.

“Des agriculteurs solaires”

Le diagnostic énergétique mesure aussi l'efficacité énergétique, c'est-à-dire l'énergie contenue dans la production (blé, colza et lin), elle-même convertie en EQF. Résultat chez Arnaud : 1 EQF consommée restitue près de 7 EQF ! “Autrement dit, je restitue 7 fois plus d'énergie que je n'en consomme. Qui dit mieux ? Un sacré argument pour communiquer auprès de mes voisins… Prenons conscience que nous sommes des agriculteurs solaires !” Les autres exploitations du référentiel n'ont qu'une efficacité énergétique de l'ordre de 2. L'explication est simple et évidente : l'agriculture utilise massivement une énergie gratuite et renouvelable, l'énergie solaire, qui permet la photosynthèse des plantes. Ainsi, les cultures dégagent une efficacité énergétique de 5, alors que le coefficient de l'élevage bovin est de 1.

Autre volet du diagnostic énergie, les fameux gaz à effet de serres (GES). Là encore, les résultats de notre exploitant le font réfléchir. “Chez moi, les émissions annuelles sont de 375 tonnes de CO2, soit 3 tonnes par hectare. Les carburants ne représentent que 12 % des émissions, alors que les engrais contribuent pour 69 % !” Les émissions moyennes des 1000 exploitations françaises ayant bénéficié d'un bilan Planète atteignent près de 4,7 tonnes de CO2/ha.

Bien sûr, les différentes productions ne sont pas logées à la même enseigne : 2 en cultures et 5,2 en élevage. “Indiscutablement, cette analyse m'a fait prendre conscience de ma dépendance à l'énergie, et de notions qui me semblaient très éloignées de l'agriculture, comme les émissions de GES”, commente le chef d'exploitation. “Mais avant tout, bien sûr, l'intérêt est de m'appuyer sur ce bilan pour réduire les consommations, les émissions, et les dépenses. Ce bilan est facilement actualisable, nous mesurerons ainsi l'efficacité des actions mises en place : agriculture de précision, contrôle des tracteurs, nouvelles façons culturales…

Enfin, j'ajouterai que ce bilan permet de communiquer, à partir de faits, auprès des pouvoirs publics et de nos concitoyens, sur les impacts positifs de l'agriculture”.

Source Gérer pour gagner Fév, Mars, Avril 2009

Sur le même sujet

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires