Lait : Conjoncture et marchés - Quelles perspectives en 2009 ?

COGEDIS

Prix, coût de production, marchés : est-il possible d'anticiper sur 2009 ? Réponse avec Michel Hobé, responsable économique chez Cogedis.

Est-il possible aujourd'hui d'avoir une vision du marché de la production laitière en 2009 ?

Beaucoup de paramètres rentrent en jeu. L'exercice est complexe. Le volume national produit constitue le critère le plus fiable pour esquisser cette analyse. En 2007-2008, la France était en sous-réalisation de quota à hauteur de 337 000 t. En 2008-2009, puisque la rallonge de quota n'est pas reconduite, on reviendra vraisemblablement au seuil antérieur, soit moins 600 000 t. Par ailleurs, le nombre de producteurs va continuer à baisser, suivant le mouvement de concentration initié depuis l'origine des quotas en 1984. Côté prix, c'est plus flou. Son niveau dépendra du système de fixation qui sera retenu et des indicateurs qui le composeront. Il faudra sans doute attendre quelques semaines pour y voir plus clair. Si on part sur un ajustement trimestriel du calcul, l'évolution des prix payés sera plus en phase avec le marché avec des évolutions plus rapides à la hausse comme à la baisse. Compte tenu des stocks en produits industriels, on peut craindre que les prix 2009 soient en net retrait par rapport au premier semestre 2008.

Certains redoutent un effet ciseau en 2009 avec d'une part la baisse des prix et d'autre part l'augmentation des coûts de production… Qu'en pensez-vous ?

L'inquiétude est légitime. Pour le producteur, il y a toujours un décalage entre le constat de l'amélioration de sa trésorerie courante lorsque la conjoncture est plus favorable, la détermination du résultat comptable à la clôture des comptes et les prélèvements obligatoires que celui-ci génère (impôts et charges sociales). C'est exactement ce qui s'est passé pour la campagne 2007-2008. L'examen des arrêtés comptables d'avril à juin 2008 permet de constater une forte dégradation du coût de production sur un an. Le fait d'avoir pu produire plus de lait sur la campagne a pour effet de diluer les charges fixes. Sans tenir compte de la rallonge de quota (retenons 10 % en moyenne), ce coût de production progresserait de 10 % au total pour approcher les 300 euros /1000 l, les charges fixes représentant 56 % des charges totales. En 2009, ces dernières devraient progresser à nouveau du fait de l'impact des prélèvements sociaux sur le revenu supplémentaire dégagé en 2008 (au taux initial de 43 %). Il ne faut donc pas s'attendre à un repli du coût de production, même avec une baisse du coût des intrants alimentaires, car en lait, le poste aliment ne représente sauf situation exceptionnelle que 11 % du coût de production. En 2009, les trésoreries seront à surveiller de près.

Les producteurs ont-ils les moyens de se préparer à une année difficile ?

A court terme, il convient de bien analyser sa trésorerie et prévoir les entrées/sorties futures. La paie de lait ne sera plus aussi stable à l'avenir ce qui pourrait aussi changer les relations commerciales avec les partenaires. De même, l'amplitude des besoins en trésorerie s'élargit au cours de l'année, les DPU qui représentent encore près de 60 % du revenu étant perçus en décembre.
Pour l'heure, il faut veiller à sécuriser son épargne sur des supports sans risque et disponibles. Par ailleurs, il devient impératif d'être extrêmement prudent sur les investissements à envisager. Chacun doit approfondir encore plus sa gestion technico-économique et la prévision budgétaire pour anticiper les décisions et les actions à engager. En ce sens, l'analyse détaillée du coût de production des 1000 litres de lait est un impératif. Depuis plusieurs années, les charges fixes aux 1000 l dépassent les charges variables et ne cessent de progresser. Ce sont des signes de fragilité et des sources de risques pouvant priver l'exploitant d'opportunités qui se présenteraient.

Existe-t-il des leviers plus évidents que d'autres ?

Oui, s'il y a un écart entre le coût de production moyen et celui des 25 % meilleurs, ce n'est pas sans raison. La bonne maîtrise des paramètres techniques et du système de production choisi est essentielle. Mais cela s'explique aussi par les choix stratégiques de l'éleveur. Les investissements mal gérés vont pénaliser l'exploitation dans la durée. Je pense à ce propos que le producteur de lait devra consacrer plus de temps à imaginer son exploitation de demain. La démarche est toujours la même : ne pas improviser, prendre le temps de réfléchir, définir ses projets, se fixer des objectifs et avoir toujours une idée d'avance.

Les négociations internationales ont-elles une influence ?

Oui, bien entendu. L'échec des négociations à l'OMC n'est que partie remise. Un accord à l'OMC se serait traduit par la réduction des droits de douanes et la quasi suppression des restitutions à l'exportation. Pour l'instant les mécanismes de protection sont encore là et protègent par exemple le marché de la viande bovine.

Source COGEDIS

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