Lait : Stratégie de l'agrandissement - Vérifier la rentabilité

COGEDIS

En lait, la stratégie de l'agrandissement avec augmentation du quota peut s'avérer payante. Mais, avant de se lancer, mieux vaut avoir toutes les cartes en mains…

Trésorerie, travail et capital : ces trois paramètres doivent être au vert lorsqu'on opte pour un agrandissement en production laitière. Autrement dit, il est impératif de vérifier la rentabilité réelle du projet. Cette analyse prendra en compte tous les aspects liés à la réussite de l'entreprise. Développer une stratégie de croissance implique de se mettre en conditions pour produire plus demain. Objectif : réduire les coûts unitaires par une augmentation du volume produit, grâce à une réduction des charges fixes. Mais attention, cette économie d´échelle est loin d´être systématique.

Coût marginal de production

Un éleveur qui est capable de produire 20 000 litres supplémentaires sans embaucher, sans matériel en plus, et dans les mêmes bâtiments, n'optimise pas son système actuel. Il est donc sûr d´améliorer ses coûts de production à performances identiques. Seules les charges opérationnelles (alimentaire principalement…) augmenteront. Le reste des charges sera dilué sur un volume plus important, le coût de production s'en trouvera donc réduit.
Vérifier la rentabilité de cet investissement revient à analyser l'incidence sur le coût de production du lait et donc à calculer le coût marginal de production. Il s'agit du coût de production des litres de lait supplémentaires ou du dernier litre de lait produit. Jusqu'à 10 000 l en plus et sans vaches supplémentaires, le coût de production marginal du litre de lait est de 100 euros/1000 l. A partir de 50 000 l, le coût marginal passe à 200 euros/1000 l en réponse au renouvellement, aux modifications de la salle de traite, à l'adaptation du parc matériel… A partir de 100 000 l, l'impact de l'agrandissement sur la main d'oeuvre, les frais financiers et les bâtiments entraîne de tels investissements que le coût marginal atteint ou majore le coût de production actuel. Dans ce cas, l'opération n'améliore pas la rentabilité de l'entreprise, au moins à court terme.

Organisation du travail

Après avoir étudié la rentabilité d'un tel investissement, l'éleveur laitier doit se poser la question sous l'angle de la trésorerie en prenant en compte les engagements financiers et les besoins privés. Là, le critère de base est le prix d'équilibre du litre de lait qui sera mis en comparaison au prix payé par la laiterie. Le producteur sera ainsi à même de juger si le projet est réaliste en termes de capacité d'investissement. Une bonne structure financière aide à la stratégie d'agrandissement.
Enfin, outre l'aspect financier, l'organisation du travail est l'un des piliers de la réussite d'une exploitation. Lors de l'agrandissement, il faudra veiller à ce qu'elle ne soit pas bouleversée. Si la main d'oeuvre voit sa charge de travail sur l'exploitation augmenter, il existe un risque important de blocage. Le foncier, le parcellaire ou encore la réglementation peuvent aussi devenir des contraintes supplémentaires (chargement, installation classée…).
Enfin, la cohérence patrimoniale de la future exploitation est aussi l'un des éléments majeurs pour la décision finale. Y a-t-il un prétendant à la succession au sein de la famille ? L'exploitation sera-t-elle plus attractive après l'agrandissement ? Que se passera-t-il si les primes baissent et les quotas disparaissent ? Dans tous les cas, toute tactique de croissance consiste à être à l'affût des redistributions gratuites ou à passer, le cas échéant, des alliances et à envisager des investissements de renouvellement.

2 exemples d'agrandissement

A/ Une reprise de 30 000 l bénéfique
L'exploitation : 280 000 l, 62 ha de SAU, 46 VL. Le coût de production s'établit à 280 €/1000 litres* et le point d'équilibre du litre de lait à 310 €/1000 litres*. Dans le cadre de la mise aux normes, 6 places supplémentaires de VL ont été intégrées dans la stabulation.
Le projet : reprise de 30 000 litres de lait sur 8 ha sans investissement (génisses amouillantes en excédents).
Le résultat : l'opération est rentable et laisse aussi une marge de sécurité au niveau de la trésorerie.

 

B/ L'emploi d'un vacher sera décisif
L'exploitation : 300 000 l, 70 ha de SAU.
Le projet : achat d'une exploitation existante de 20 ha avec 80 000 l et un bâtiment en état correct (emprunt de 4,5 % sur 15 ans). Nécessité d'acquérir 10 VL pour 13 000 euros (emprunt à 4,5 % sur 4 ans). Une partie des génisses est transférée dans ce nouveau bâtiment afin de loger les VL supplémentaires. Le recours à un vacher pour un 1/4 temps dans le cadre d'un groupement d'employeur serait souhaitable.
Le résultat : l'exploitation devra faire face à des annuités supplémentaires sur 15 ans pour la reprise, sur 4 ans pour financer les VL soit 31,6 euros par 1000 litres.

 

Source COGEDIS

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