Moins d’Europe ou mieux d’Europe ?

Lise Monteillet

Moins d’Europe ou mieux d’Europe ?

60 ans après la signature du traité de Rome, la PAC a-t-elle encore un avenir ? En cette année élective, la question du bienfondé de la politique agricole commune est au cœur des débats.

Il y a tout juste 60 ans, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas posaient les bases de la politique agricole commune, en signant le traité de Rome, le 25 mars 1957. Cette étape fondatrice sera suivie par la mise en place de la PAC, en 1962.  

«L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait », écrivait Robert Schuman, l’un des pères de l’Europe. Bâtir une politique agricole était considéré comme un moyen de rapprocher l’Europe des citoyens. L’objectif a-t-il été atteint ? Il est permis d’en douter, vue la montée des opinions nationalistes, ainsi que la célébration de cet anniversaire européen, qui demeure somme toute assez discrète.

L’Europe a pourtant un beau succès à faire valoir : plus de 60 ans de paix. Après des siècles de guerre, c’est une période qui reste « courte » aux yeux de Stéphane le Foll, le ministre de l'Agriculture. Lors d’une conférence consacrée à la construction européenne, ce dernier prévient : « on peut toujours basculer dans autre chose (…) Le nationalisme, c’est toujours lui qui menace ». À moins d’un mois de l’élection présidentielle française, le poids de l’extrême droite et son programme sur le « Frexit » inquiètent.

Une PAC née dans un contexte géopolitique particulier

Au début de la PAC, la France comptait 2,3 millions d’exploitations et l’agriculture concernait 30 % de la population active. L’un des enjeux était de libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. L’agriculture cherchait à se moderniser. La France était en passe de recouvrir son autosuffisance alimentaire et des stocks commençaient à s’accumuler. Le contexte géopolitique était celui de la guerre froide entre les États-Unis et le bloc de l’URSS.

Cinq objectifs ont été assignés à la PAC à son commencement : accroître la productivité de l’agriculture, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés, garantir la sécurité des approvisionnements et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Depuis, de nouveaux enjeux sont venus se greffer : l’environnement et le développement rural. Ils répondent à de nouvelles attentes sociétales.

Le monde paysan très impliqué dès le départ

Au moment de la création de la PAC, le monde paysan était très impliqué dans les négociations. Il fera figure de pionnier en se structurant à l’échelle européenne, via la COPA, syndicat créé en 1958.

C’est encore le syndicalisme agricole, aujourd’hui, qui envoie un signal d’alerte : « nous réclamons une Europe qui nous soutienne, nous guide, et protège l’acte de production. (…) Les agriculteurs ont été les premiers, et pendant des décennies, les plus fidèles soutiens de la construction européenne. (…) Il nous faut reconstruire la confiance, redonner du sens et de la visibilité au projet européen », soulignait Xavier Beulin, le président de la FNSEA, dans son livre « Notre agriculture est en danger, ce qu’il faut faire ».

Un plaidoyer pour « mieux d’Europe »

À l’occasion de son congrès annuel, le premier syndicat français esquisse dans un long rapport d’orientation ses propositions pour « mieux d’Europe ». La FNSEA saisit ainsi l’occasion de réaffirmer son opposition à la sortie de la PAC.

Cependant, Jérôme Volle, élu au Conseil d’administration de la FNSEA, regrette « une absence de vision partagée dans un contexte international incertain ». Il estime urgent de construire « une Europe harmonisée et solidaire », notamment pour faire face aux élargissements successifs qui ont « stoppé la convergence et créé de nouvelles tensions ».

Dans l’avenir, la PAC doit garantir « la durabilité de l’agriculture européenne », « offrir une palette d’outils pour accroître la résilience des exploitations » ou encore « redonner du pouvoir aux producteurs dans la chaîne alimentaire », selon la FNSEA. Le syndicat souhaite en finir avec une vision punitive de l’environnement, au profit d’une approche « basée sur l’engagement et la confiance ». De même, l’investissement et la recherche doivent être favorisés. Pour répondre à tous ces challenges, la FNSEA réclame « un budget de la PAC à la hauteur de ces ambitions ». Sera-t-elle entendue ?

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Commentaires 2

ESCHENMANN PHILIPPE OU MME "CLOCHE215"

l'europe est une institution sabotée par l'homme avide de gagner de l'argent sans fournir de l'effort.....et par les lobbyistes venant de l'outre-atlantique....

robin

L'UE est une sangsue !!!!

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