« Ne dramatisons pas la PAC ! »

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« Ne dramatisons pas la PAC ! »

Lucien Bourgeois est économiste de formation. Il interviendra le 26 février 2015 à l’assemblée générale d’ICOOPA. Grace à son expérience acquise en tant que responsable du secteur Etudes et prospective de l’APCA, il nous fait partager son point de vue sur la PAC 2015-2019.

La PAC et vous, c’est une longue histoire ?

Effectivement, j’ai commencé ma carrière dans le syndicalisme agricole en 1970. C’était donc 8 ans après le début de la mise en œuvre de la PAC. Depuis lors, on ne compte pas le nombre des crises qu’a subi cette politique avec les dévaluations de la monnaie, l’entrée du Royaume-Uni, de l’Espagne, la réunification de l’Allemagne et l’élargissement aux pays de l’Est et les tractations de l’OMC. Parmi ces évènements, c’est sans conteste la chute du Mur de Berlin qui a constitué l’événement majeur. Depuis lors, la PAC semble moins claire dans ses objectifs, mais elle a néanmoins été confortée à nouveau jusqu’en 2020 car les gouvernements européens ont pris conscience en 2008 que les crises sur les marchés alimentaires pouvaient occasionner des fractures sociales graves dans de nombreux pays du monde.

Pourquoi le budget agricole européen est en baisse régulière depuis 20 ans ?

La PAC a été maintenue depuis 1992 à condition que l’on soit capable de maitriser les dépenses agricoles. Cet objectif a été atteint depuis 20 ans malgré les élargissements. C’est une grande différence avec les États-Unis et la Chine qui ont été contraints d’augmenter brutalement leurs dépenses après la crise de 2008. Lors de la dernière décision sur la PAC 2014-2020, le budget européen a été préservé mais les dépenses agricoles devront diminuer de 12%. C’est un choix des pays riches de l’Union Européenne, dont la France fait partie, de ne pas s’engager dans des mécanismes de solidarité nécessairement couteux pour eux. Mais cette limitation des dépenses européennes n’empêche pas des cotisations nationales si nécessaire. Elle n’empêche pas non plus de prendre des mesures réglementaires efficaces.

Comment analyser vous le poids croissant des aides publiques dans le revenu agricole ?

Le système des aides directes au revenu adopté depuis 1992 dans l’Union Européenne  a certes permis d’encadrer les dépenses mais il a de multiples inconvénients. Le premier est bien évidemment de donner l’impression aux agriculteurs de ne pas pouvoir vivre de la seule vente de leurs produits. Mais lorsque les aides sont supérieures au revenu agricole, on aboutit à une incohérence économique. C’était le cas auparavant dans certaines productions en particulier dans les céréales et l’élevage bovin. Cela devient vrai pour l’ensemble de la Ferme France. Il serait utile de revenir à une situation plus saine qui redonne au marché des produits une plus grande importance. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais il convient de rappeler que les aides directes à l’hectare sont peu en rapport avec l’emploi. Dans des pays confrontés à un fort taux de chômage, il ne serait pas illogique de donner plus d’importance à l’emploi pour la répartition des aides.

L’autonomie alimentaire (et l’agriculture) est-elle toujours une priorité de nos politiques ?

Personne ne croit en Europe que nous risquons de souffrir à nouveau de la faim tant que nous serons parmi les pays les plus riches du monde. Mais cela ne veut  pas dire, comme certains l’ont affirmé un peu vite, que le Brésil pourrait nourrir le monde et que nous pouvions importer l’essentiel de nos besoins alimentaires. L’alimentation reste un enjeu stratégique dans tous les pays car nous devons manger trois fois par jour et que nous sommes très sensibles aux risques que cela implique. La population mondiale va continuer à croitre sur la planète jusqu’en 2050. Nous avons intérêt à la suppression des famines pour éviter les migrations contraintes. Le marché ne permet pas d’atteindre ces objectifs sans intervention des États. Nous savons faire. Il serait dommage de laisser se développer des crises toujours dangereuses pour la cohésion sociale.

Olivier Ropert

Quelles sont les pistes pour nourrir 9 milliards d’habitants en 2050 ?

L’enjeu est important pour la paix dans le Monde. Mais il faut savoir raison garder. Nous ne sommes pas démunis et la pénurie alimentaire n’est pas une certitude incontournable. Il faut d’abord rappeler que la récolte de céréales de cette année établira un nouveau record historique et que ce n’est pas la première fois que, année après année, avec quelquefois des reculs provisoires, on bat des records. Grosso modo, la production a triplé depuis 50 ans ! La croissance de la production est plus rapide que celle de la consommation et cela a permis d’augmenter la ration disponible par habitant de 260 à 340 Kilos par personne. Il reste des terres disponibles dans le Monde et de nombreux pays pourraient augmenter leur rendement à l’hectare. Il faudra bien évidemment s’adapter au réchauffement climatique, faire attention à l’usage de l’eau et à la préservation des sols. Mais il faudra surtout garantir aux agriculteurs qui augmentent leur production qu’ils ne vont pas tout perdre à cause d’un effondrement des prix au moment des bonnes récoltes. Cela s’appelle la régulation des prix. Ce n’est pas à la mode ! Mais c’est un des seuls moyens efficaces pour permettre l’augmentation de la production. Mais peu importe le moyen utilisé. L’essentiel est qu’on soit d’accord sur l’objectif et que les Gouvernements n’assistent pas aux crises sans réagir.

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Commentaires 2

@employeur

Et pourquoi ne pas garder des structures à taille humaine (pour une seule personne) et non pas des usines à lait pour faire le bonheur des industriels. A méditer la fable de la Fontaine "La grenouille et le bœuf"

employeur mo. lait

Enfin une bonne remarque, car bcp n ont rien pigé. Alors que les exploitations laitieres ont besoin de m.oeuvre, trop chere a supporter encharges soc., on voit se dvper l automatisation et robot a vitesse tgv, donc capital et endettement.
Il serait a mon sens préferable de donner une bonne prime à l emploi, pour permettre à des exploitations moy de continuer cette activité, qui n ont pas la capacité a se payer un salarié, tout en allegant la lourdeur et isolement social. Si cela ne se faît pas, on verra qques hyper structures, et la disparition totale du reste dans moins de 5 ans. L appoint des retraites est de plus en plus rare, et non pris en compte ce jour dans les analyses eco. A mediter

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