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Reportage PAC : sérénité au Gros Chêne

CER FRANCE, Gérer pour Gagner, Jacques Mathé, économiste

Reportage PAC : sérénité au Gros Chêne
Jérôme Bétard et Benoît Pineau ont défi ni une ligne de conduite claire : maintenir notre EBE et nos prélèvements et travailler confortablement. Les robots de traite répondent à ces deux objectifs.

Au Gaec du Gros Chêne, on mesure les risques et on saisit les opportunités ; une attitude bienvenue pour se préparer à la future Pac.

La matrice de gain, un véritable outil de décision

La matrice de gain permet de représenter, souvent sous forme d’un tableau à double entrée, les choix possibles à partir de différentes hypothèses de prix et/ou de volume de production. En fait, cet outil permet de visualiser différents scénarios pour aider la prise de décisions, pour mesurer les marges de manoeuvre, pour évaluer le risque économique et financier. Ainsi, un exploitant laitier qui veut investir dans un nouveau bâtiment peut simuler le seuil minimum de recettes pour amortir le coût de l’investissement, et ceci en fonction de différentes hypothèses de prix du lait croisées avec des hypothèses du coût du bâtiment.

Au coeur du Poitou, on croit encore à la production laitière. Les messages qui arrivent de Bruxelles sur la fin des quotas laitiers et les possibles réaffectations des aides sont entendus mais n’inquiètent pas outre mesure Jérôme Bétard. Il est confiant dans le pilotage de son élevage. Avec Benoît Pineau son associé, ils ont patiemment fait évoluer leur exploitation pour qu’elle puisse être le plus adaptable possible. Les ajustements ne sont pas réalisés au plus fort de la tempête, car les deux associés essaient d’anticiper au maximum. “Nous avons passé la crise laitière sans trop déséquilibrer notre exploitation, précise Jérôme. Nous avions déjà réalisé une grande partie de nos investissements et nous avions fait des réserves de trésorerie en 2007 et 2008 grâce à une bonne conjoncture. Les éleveurs qui étaient en plein investissement se sont retrouvés plus en difficulté, surtout ceux qui ont utilisé leur trésorerie pour en financer une partie. Au contraire, nous avons toujours financé nos investissements par des prêts à moyen terme. La trésorerie doit nous servir pour les coups durs, c’est la réserve. Et aussi pour avoir une force de négociation dans les achats de campagne, comme les intrants ou les aliments concentrés par exemple”.

Une ligne de conduite

Jérôme a rejoint ce Gaec, familial à l’origine, en 1997. Il est venu de la Vendée voisine pour rejoindre Benoît, un copain d’école associé avec son père et son oncle. Aujourd’hui, l’élevage produit 900 000 litres de lait avec une centaine de vaches sur une centaine d’hectares bien regroupés. Pour respecter leur ligne de conduite, les bâtiments ont été aménagés et adaptés au fil de la croissance du troupeau, “sans luxe, mais avec deux préoccupations : avoir un outil qui
améliore les conditions de travail et ne pas pénaliser nos résultats futurs. En fait, deux objectifs nous guident : maintenir notre EBE et nos prélèvements et travailler confortablement”. Deux robots de traite, mis en place en 2009, répondent à ce deuxième objectif. L’installation est conçue pour produire 300 000 litres supplémentaires sans investissement majeur, une possibilité de plus pour répondre à la libération des quotas. 

Des ajustements en tête

Pourtant, Jérôme mesure bien que c’est d’abord sa laiterie qui est capable de lui fournir le feu vert pour augmenter sa production. “Tout dépend de sa capacité à vendre notre lait et à le valoriser. Je suis plus inquiet sur l’avenir des DPU, car les soutiens participent à l’équilibre économique de notre exploitation. S’il y a diminution, il va falloir compenser par une augmentation de chiffre d’affaires sans rajouter de charges”. Mais Jêrôme et Benoît ont déjà des ajustements possibles en tête. “Nous travaillons avec des voisins ; la majeure partie du matériel est en co-propriété ou en Cuma. On a le strict minimum au Gaec et c’est très important pour nous. Vous pouvez avoir des objectifs ambitieux, mais si vous êtes un éleveur seul, sans environnement, sans soutien, ce n’est pas tenable”. Une stratégie qui a des impacts positifs sur les coûts de revient. “Nous calculons nos gros investissements avec une matrice de gain, pour se demander jusqu’où nous pouvons supporter une baisse du prix du lait. C’est très instructif et cela évite de faire des erreurs”. L’exploitation est irriguée en grande partie. Il y a 15 ans, les vaches ont repris le chemin des pâturages sur ces terres de plaine très séchantes en été. Un choix judicieux. L’état sanitaire du troupeau est depuis excellent, les conditions de travail largement améliorées et l’irrigation a garanti la production d’herbe. Un choix qui a montré toute sa pertinence en pleine sécheresse ce printemps 2011 : l’affouragement des animaux a été maintenu, sans affecter la trésorerie ni la santé du troupeau. Le Gaec du Gros Chêne file bon vent par temps calme, tout en étant capable d’affronter les coups de vent. La future Pac va apporter une météo incertaine, les associés s’y préparent avec sérénité.

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