Soutien en cas de décès : “Où est passé le volet social de la MSA ?”

Patricia Olivieri

L’Association Terre entr’aide Cantal (Atec) dénonce le désengagement de la MSA Auvergne dans le financement des agents de remplacement en cas de décès d’un agriculteur.

Michèle Roques : “Moi toute seule, cela aurait été impossible”.

“Ca va à peu près” : derrière son franc parler et sa force de caractère apparents, on perçoit que le chemin a été long et rude pour Michèle Roques pour retrouver un certain équilibre tant personnel que professionnel un an après le décès subit de son époux. Une épreuve qu’il a fallu surmonter tout en assurant et assumant le devenir de leur exploitation composée d’un élevage de 79 mères salers à Vabres de Lacapelle-Viescamp. “Mon mari Jean-Louis s’occupait des foins, des travaux extérieurs, du matériel, moi j’étais conjointe collaboratrice, je soignais les animaux”, explique cette dynamique agricultrice âgée de 51 ans. Du jour au lendemain, Michèle se retrouve seule pour faire tourner l’exploitation répartie sur 88 ha, elle qui avoue ne pas toucher un tracteur, ni n’avoir jamais mis le nez dans “la paperasse”.

Sacrifié sur l’autel de l’harmonisation

Heureusement, elle va pouvoir compter sur un dispositif mis en place au début des années 2000 par la FDSEA : l’Atec, l’Association Terre entr’aide Cantal. “Nous avons été contactés par le président du syndicat communal, explique sa présidente Chantal Cor. Nous avons rencontré Mme Roques pour lui proposer de l’accompagner sachant que la première des priorités, souvent avant même de rencontrer le/la conjoint(e), c’est de mettre à disposition un agent de remplacement.” Grâce à un partenariat avec le service de remplacement départemental et trois financeurs, le Conseil général, la MSA et Groupama, l’Atec peut ainsi mobiliser un agent sur une durée qui peut aller jusqu’à 100 jours sans que le conjoint(e) ou la famille du chef d’exploitation décédé n’ait à sortir un seul centime. C’est du moins le schéma qui a prévalu durant onze années, avant que la MSA Auvergne ne décide cet automne de modifier unilatéralement la convention la liant à l’association. “Nous avons reçu un courrier recommandé fin septembre nous informant que la MSA Auvergne dénonçait la convention, tempête Chantal Cor.

En tant qu’administratrice de la mutualité, je me suis expliquée en conseil d’administration mais je me suis heurtée à un mur budgétaire.” De fait, la MSA Auvergne a fait savoir qu’en lieu et place des 30 jours de remplacement financés à taux plein, elle ne prendrait désormais plus en charge - pour cause “d’harmonisation régionale” - que 15 jours et 50 € seulement sur les 136 € que coûte une journée. “Si la MSA n’est plus que le percepteur de nos cotisations sociales, on se demande s’il faut encore une MSA surtout quand on voit que le Conseil général s’investit à hauteur de 40 jours et à taux plein alors que ce n’est pas dans ses compétences premières”, s’irrite la présidente de l’Atec qui dénonce par ailleurs une harmonisation régionale “par le bas” qui se fera au bénéfice des départements de l’Allier et du Puy-de-Dôme dans lesquels aucune démarche de la sorte n’a été mise en œuvre. “S’il y a une mesure à conserver de la part de nos organismes sociaux, c’est bien celle-là parce que les situations dans lesquelles peuvent se retrouver les gens du jour au lendemain ne sont souhaitables pour personne, réagit le président de la FDSEA, Patrick Bénézit. On ne comprendrait pas que l’outil social des agriculteurs se désengage.

Un outil anti-démantèlement

“Au début, on n’y croit pas, ma­lheureusement, ça peut arriver à tout le monde... Si on enlève ce dispositif, c’est la plus grosse connerie que la MSA puisse faire. Il faut se battre le plus possible con­tre ça”, abonde Michèle Roques, qui, depuis, s’est organisée avec un voisin pour embaucher au sein d’un groupement d’employeurs un salarié à 80 %. “Toute seule, cela aurait été impossible, confie-t-elle. Pour moi, il n’était pas question d’abandonner, je suis née dans les vaches. Mais c’est vrai que parfois je me suis demandée si j’allais m’en sortir financièrement.” Comme elle, 102 familles cantaliennes ont bénéficié du soutien de l’association depuis 2000 : cette dernière intervient gratuitement pour apporter un appui moral, expliquer les mille et une choses auxquelles il faut penser dans l’urgence après le décès (un guide est d’ailleurs remis), mobiliser des agents de remplacement, mettre en contact avec les organismes utiles,...

En dix ans, ce sont ainsi 5 537 journées de remplacement qui ont pu être assurées pour permettre aux familles endeuillées de se retourner. “Dans 98 % des cas, il y a eu une installation derrière”, se félicite la présidente de l’Atec. C’est d’ailleurs ce projet d’installer un jeune que privilégie à terme Michèle Roques.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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