Comment gérer l’amplitude des revenus

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Comment gérer l’amplitude des revenus

Fortement influencé par les conditions pédoclimatiques, le revenu agricole est également soumis aux fluctuations des marchés mondiaux. Même en faisant abstraction de la fiscalité, il est souhaitable de pouvoir gérer l’amplitude des revenus. Passons donc en revue quelques-uns des moyens à votre disposition.

Tout d’abord, la maîtrise des prix de vente peut passer par la contractualisation auprès des organismes stockeurs en veillant à ne pas dépasser 30 % de la récolte potentielle lorsque l’on se situe entre 12 et 9 mois avant et 50 % au grand maximum à la veille de la moisson. Pour ces contrats ou le marché à terme, il est essentiel de bien connaître ses prix de revient et de se fixer des objectifs raisonnables.

En effet, le marché à terme (Euronext, anciennement Matif) permet de se pré- munir des fluctuations à l’échelle de l’exploitation. Plusieurs outils sont disponibles (couverture, options call et put), mais leur usage nécessite une formation solide et un accompagnement pour éviter les déconvenues. Il convient de toujours se rappeler qu’il ne s’agit pas de spéculation, mais bien de sécurisation. Jouant également sur le produit, la diversification des productions peut constituer un atout si elle est réfléchie sur le moyen terme sans céder à “l’effet mode” comme en 2014 avec les pommes de terre et les oignons.

Concernant les charges sociales, trois dispositifs de gestion des cotisations existent :

- L’à-valoir social est un paiement anticipé des cotisations sociales de l’année suivante. Il peut être versé chaque année et son montant est modulable sans pouvoir excéder 50 % des cotisations sociales. Il est déduit du résultat de l’exercice au cours duquel il est versé. Mais il peut être réglé dans un délai de six mois après la clôture (ou au plus tard à la date de dépôt de la déclaration) si le résultat de l’exercice est en hausse. La déduction fiscale est alors limitée à 20 % de cette hausse. Attention à son utilisation, car le versement d’un à-valoir social en exercice N diminue d’autant les charges sociales N+1.

- Les cotisations versées dans le cadre de la retraite complémentaire Madelin agricole sont déductibles du revenu professionnel imposable, tant au niveau fiscal qu’au niveau social. La souplesse est de mise avec ce type de contrat, car le versement peut aller de 1 à 15 fois le montant minimum choisi lors de la souscription. Quant au montant déductible, il est plafonné à 3 804 € (10 % du revenu s’il est inférieur au Pass) et 70 374 € avec un revenu maximum de 304 320 € (10 % de la fraction du revenu imposable dans la limite de huit fois le Pass + 15 % de la fraction de ce revenu comprise entre une et huit fois le Pass). Le Pass correspond au plafond annuel de la sécurité sociale fixé à 38 040 € en 2015.

- Comme vous le savez, pour l’assiette des cotisations sociales, le régime par défaut est celui de la moyenne triennale. Mais vous pouvez opter pour l’assiette constituée du revenu N-1 avec une durée d’option de cinq ans. Si ce choix peut être intéressant à un moment donné pour escamoter un revenu élevé, sa gestion dans la durée est parfois contre-productive. En effet, un revenu élevé en N génère des cotisations sociales importantes en N+1. Si cette année N+1 est mauvaise, cette option amplifie la baisse. Bien sûr, l’assiette N-1 amplifie la hausse dans le cas inverse.

Et parce que la gestion des revenus passe aussi par une maîtrise de la fiscalité, la DPA est un outil efficace permettant de lisser les revenus en déduisant jusqu’à 27 000 € les années fastes et en la réintégrant lorsque le revenu baisse. Il est également possible de choisir d’être imposé à l’impôt sur les sociétés qui a pour avantage principal de taxer les dividendes uniquement lorsqu’ils sont distribués.

Mais attention aux effets pervers de l’optimisation fiscale et sociale mal maîtrisée avec des cycles d’investissements décalés par rapport aux revenus. Ne jamais oublier qu’en régime de croisière, une bonne politique d’investissement vise à l’équilibre entre amortissements et investissements. Cessons de se polariser sur la diminution des charges sociales et des impôts.

Source : JAMAG n° 717 - P. Hurtault, directeur AS28

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Commentaires 1

Jéronimo45

merci pour cet article interessant
une remarque, il ne faut pas nécessairement considérer la DPA comme uniquement un outil fiscal. C'est d'abord avant tout une solution pour pouvoir se constituer un matelas de sécurité comme ammortisseur de crise.

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

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