Spécial anti-crise : Anticiper - Prix du lait : préparer l'après-crise

CER France, Gérer pour gagner, Alain Le Boulanger, Economiste

Spécial anti-crise : Anticiper - Prix du lait : préparer l'après-crise

Confrontés à une variation brutale du prix du lait, les producteurs sont désarçonnés. Et c'est toute la filière qui devra s'adapter à la nouvelle ère qui s'annonce : celle de la volatilité.

La cause principale de cette crise du lait est relativement classique : sur un marché mondial, la confrontation de l'offre et de la demande a fait baisser les prix en 2008, après une hausse en 2007. Le marché a été pris en tenaille entre une production laitière qui a augmenté, parfois tardivement, et une demande qui a diminué en raison de l'envolée des prix des produits industriels, provoquant la fuite de certains industriels de l'agroalimentaire vers d'autres produits de substitution. Ce rééquilibrage classique a été amplifié par le scandale du lait à la mélamine en Chine, qui a cassé la dynamique de consommation, et par la crise économique. Dans ce contexte, les boucs émissaires ne manquent pas d'être pointés du doigt : la Commission européenne, responsable de la réforme de la PAC de 2003, les pouvoirs publics français (DGCCRF) qui ont dénoncé l'accord interprofessionnel sur le prix du lait en 2008, les transformateurs qui ont appliqué en avril un prix jugé “provocateur” et bien évidemment la grande distribution. Mais il n'est pas certain que les contrôles mis en place dans les supermarchés révèlent des marges commerciales “excessives” sur le lait de consommation.

L'ère de la volatilité

Quelles peuvent être les portes de sortie de crise ? A court terme, la Commission a déjà joué son rôle en procédant à des achats répétés et réguliers au-delà des volumes prévus dans le cadre de l'intervention. Elle pourrait aller plus loin en ouvrant des aides à la consommation pour soulager un peu le marché, sur des produits de type beurre pâtissier ou allaitement pour veau. Concernant l'appui à la production, certains évoquent l'éventualité d'une aide exceptionnelle européenne à destination des producteurs de lait pour résoudre leurs problèmes de trésorerie. Pas impossible mais peu plausible. Par contre, on peut dès à présent réaffirmer qu'il n'y aura pas de remise en cause profonde de la politique laitière et en particulier de la fin des quotas laitiers. La crise n'a en rien modifié la position officielle sur cette question.

La piste de sortie la plus réaliste semble encore la remontée des cours que certains pronostiquent pour l'automne 2009 : nous pourrions en effet assister au plus faible niveau de collecte de ces dix dernières années. C'est le pari que fait à ce jour la Commission, réticente à aller au-delà des interventions classiques. A plus long terme, c'est bien dans
une nouvelle ère que la filière laitière a probablement basculé depuis deux ans : celle de la volatilité. Peu d'acteurs en France étaient préparés à ces turbulences, et on assistera dans les prochains mois à de nouvelles restructurations industrielles. Dans un second temps, c'est la production qui se restructurera. Si dans un contexte économique stable, la politique de l'installation a permis de maintenir une présence laitière sur l'ensemble du territoire, le temps de la consolidation des structures existantes par une augmentation de la productivité de la main-d'oeuvre est sans doute venu. Il faudra bien atteindre un point mort (prix d'équilibre) le plus bas possible.

De la paie au contrat

La régulation des marchés transférée à la sphère privée s'organisera autour d'une contractualisation entre les producteurs et les transformateurs, nécessaires aux premiers pour investir et aux seconds pour sécuriser leur approvisionnement. Caractérisée par l'amplitude et la vitesse de retournement du marché, cette crise va pousser l'ensemble de la filière à infléchir certaines stratégies du passé et à établir de nouvelles relations entre les différents maillons. Cette mutation vers l'inconnu suscite de vives inquiétudes, qui nous rappellent la mise en place des quotas laitiers il y a 25 ans.

Source CER France, Gérer pour gagner Août, Septembre, Octobre 2009

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