Au Gaec des Trois Villes, produire du lait...mais pas que !,

Elisabeth Le Morzadec - Responsable communication

Au Gaec des Trois Villes, produire du lait...mais pas que  !,

A Pommeret dans les Côtes d’Armor, trois dates ont structuré le développement du Gaec des Trois Villes. Spécialisée en production laitière, cette exploitation réunit aujourd’hui trois chefs d’entreprise fédérés autour d’une réelle maîtrise des moyens de production, d’une qualité de vie à conserver et d’une vision partagée de l’avenir.

Carte d'identité

Gaec des Trois Villes à Pommeret, Côtes d’Armor - 3 associés : Paul Guernion, 43 ans, Denis Rault, 46 ans, Yvonnick Renault, 47 ans.

Moyens de production
• 100 vaches laitières + génisses
• 150 hectares (herbe, maïs, cultures de vente)
• 810 000 litres de lait
• Système intensif (52 % de maïs dans l’assolement)

Gestion du temps libre pour chaque associé
• Garde sur l’exploitation : 1 week-end sur 3 et congés annuels : 3 semaines de vacances (2 semaines en été et 1 semaine en hiver)

Cinq sites composent l’exploitation :  Ville Garnier (site principal), Ville Halère, Ville Houëix, La salle, La Noë Bossard

Les jours fériés du mois de mai ont été l’occasion pour certains des associés du Gaec des Trois Villes, de faire un break plus long que le weekend de deux jours dont ils bénéficient chacun à leur tour. En effet, l’organisation mise en place sur cette exploitation de 150 hectares et de 810 000 litres de lait ne laisse rien au hasard.

Un développement en trois étapes phares…

Février 1996, Paul Guernion s’associe avec son père agriculteur à la Ville Halère (30 ha et 220 000 litres de lait) et apporte à la société, une exploitation de 40 ha et 90 000 litres de lait située à la Ville Houëix. Une voie de chemin de fer qui traverse la ferme rend uotidiennement dangereux le passage du troupeau et condamne, à termes, la viabilité de ce site. Dans le même temps, Denis Rault, exploitant individuel sur la même commune, mutualise l’achat de matériel avec Paul et son père. Ils s’entraident aussi pour l’ensilage. De part et d’autre, les agriculteurs font le même constat : seuls, ils ne pourront pas investir dans le cadre de la mise aux normes. Un autre point commun renforce l’idée de se regrouper comme en témoigne Denis : “Mon épouse travaille à l’extérieur et j’avais le désir de ne pas rester seul sur l’exploitation”. Même configuration familiale pour Paul. Ainsi est né en avril 1999 sur le site de La Ville Garnier, le Gaec  des Trois Villes.

Concrètement ce rapprochement s’est matérialisé par la construction d’une nouvelle stabulation et d’une salle de traite en système Traite Par l’Arrière (TPA).

Fin 2001, Monsieur Guernion père part en retraite. Le GAEC passant de 3 à 2 associés, la charge de travail augmente et les week-ends de garde sont plus rapprochés. Huit ans après, entrée d’Yvonnick Renault qui apporte 40 hectares, 230 000 litres de lait et un droit à produire de 265 places d’engraissement : “Je recherchais une solution, étant seul depuis le départ en retraite de mes parents”. D’un point de vue technique, chaque regroupement laitier au sein du Gaec a fait l’objet d’un tri et d’une sélection rigoureuse dans le troupeau existant, pour éviter tous problèmes sanitaires.

L’organisation s’adapte avec l’arrivée d’un troisième associé

L’entrée d’Yvonnick dans la société a apporté une bouffée d’oxygène en termes de charges de travail. L’occasion aussi de revoir l’organisation au sein de la structure, en différenciant responsabilités et travail, comme le précise Paul : “Il y a les responsabilités affectées à chacun mais au niveau du travail, c’est autre chose !”. Chaque associé est responsable d’un ou plusieurs ateliers : Denis de la gestion du troupeau et de la traite du matin, Yvonnick de l’alimentation des animaux, de la traite du soir et du suivi administratif de l’exploitation, Paul de la gestion des cultures, de la Pac, de l’environnement et de l’enregistrement des factures. En termes de charge de travail, il y a les périodes de pointe ou des besoins spécifiques : “Celui qui a un surcroît de travail demande de l’aide aux autres” explique Yvonnick. De la même manière les choses sont cadrées pour les prises de congés, et bien sûr modulable à la demande entre les associés. Tous ces points décrivant la vie de la société sont consignés de façon précise dans le règlement intérieur du Gaec. Gain de temps et suivi de l’élevage plus pointu sont obtenus grâce à des investissements réalisés au sein de l’élevage (Caméra de vidéo surveillance, Vel’phone - information sur les vêlages par SMS -…). Des outils technologiques d’autant plus précieux et appréciés que les domiciles des trois membres du Gaec sont situés à quelques encablures du site laitier !

Optimiser l’existant…

La recherche des marges de progrès est une préoccupation permanente des trois associés. Par exemple, l’échange de parcelles avec huit autres agriculteurs fait partie de cette logique. “Tout le monde y gagne” Il s’agit de regrouper les terres autour du site principal pour une meilleure accessibilité des animaux et rationaliser les travaux de culture. Avec une organisation de l’assolement en îlots “Les engins agricoles passent moins de temps sur la route ; nous raisonnons gain de temps, d’énergie et proximité par rapport aux fournisseurs d’intrants et donc réduction de coûts directs” explique Paul. De même pour la gestion du parc matériel, les associés ont trouvé un équilibre entre les matériels détenus en propre (peu), en co-propriété (Cuma) et le recours à des prestataires extérieurs (deux ETA), sans oublier l’entraide ! En tant que responsable du suivi des cultures, depuis 2 ans Paul a intégré un groupe Ecophyto proposé par la coopérative, qui a pour objectif de réduire les quantités de produits phytosanitaires tout en gardant le même potentiel de production des plantes.

… Et préparer demain

En matière de production laitière, la libéralisation des quotas laitiers se met en place et les laiteries vont “ouvrir les vannes”. Denis, Paul et Yvonnick s’y préparent. à court terme l’objectif n’est pas d’augmenter l’effectif laitier mais la moyenne de production par vache. à moyen terme, les trois associés n’excluent pas d’augmenter le cheptel, mais en prenant garde de conserver la maîtrise du développement. “Aujourd’hui, avec une centaine de vaches, on a la solution, mais pour passer à 140, il faut revoir la copie car cela conditionne des investissements en système de traite, du temps de travail supplémentaire, de la trésorerie, le nombre de prêteurs hors sol…” commente un des associés. Et de poursuivre “accroître la capacité de production ne doit pas dégrader nos conditions de travail, et il faut être sûr financièrement car c’est avec le prix qu’on fait le revenu”. Produire du lait, oui, mais pas à tout prix ! Une conviction partagée par ces trois chefs d’exploitation, qui veulent continuer à bénéficier d’une qualité de vie et disposer de temps pour leurs familles, leurs loisirs sportifs et culturels !

 * DAC : Distribution Automatique de Concentrés

Source : Gérer pour Gagner n° 35

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires