Benoît répond aux enjeux environnementaux de la filière laitière

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Benoît répond aux enjeux environnementaux de la filière laitière

Benoît Delattre, éleveur laitier à Guigny dans le Pas-de-Calais, participe au plan Life carbon dairy, un projet innovant qui a pour but de réduire l’impact carbone des exploitations laitières.

"Les résultats sont positifs, cela confirme que je vais dans le bon sens."

  

Incroyable, mais vrai, Guigny, village situé en bordure de la Somme baigne sous un soleil de plomb. C’est dans ce hameau que Benoît Delattre a rejoint ses parents en Gaec : « Je me suis installé en avril 2011, j’ai repris une ferme avec un autre jeune agriculteur. Il n’était pas intéressé par 45 hectares de prairies permanentes. »L’agriculteur ne cherchait pas à s’installer : « J’ai eu l’opportunité de reprendre cette exploitation. Le centre de gestion m’a contacté. À vrai dire, ils sont venus me chercher, c’est rare dans le milieu agricole. J’ai donc saisi cette occasion et je me suis installé avec mes parents. L’exploitation compte 137 hectares et nous avions 870 000 l de quotas pour un cheptel d’environ 99 vaches. »Benoît est sous contrat avec la laiterie Novandie depuis 2013 : « L’organisation de producteur dont je fais partie a négocié des contrats de cinq ans. Les jeunes qui viennent de s’installer ont des contrats de sept ans. J’ai une très bonne relation avec eux. Nous livrons 8,75 % de notre production à la laiterie tous les mois. Néanmoins, le prix du lait est très bas, il est descendu à 300 €/ 1000 l en avril 2015. Il faut un prix du lait d’au moins 330 €/l. »

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Impact positif

Benoît s’est engagé dans le plan Life carbone dairy. « La chambre d’agriculture  du Nord-Pas de Calais m’a sélectionné pour ce projet. Il vise à créer une dynamique permettant à la production laitière de réduire son impact en gaz à effet de serre pour optimiser la performance des exploitations, tout en étant respectueux de l’environnement. Je suis sensible à cet aspect là.

En 2008/2009, j’ai participé au projet européen Dairyman dans lequel il y avait également un volet sur l’évaluation des gaz à effet de serre. Le projet Life carbon dairy recherchait dix exploitations laitières représentatives de la région, me sachant sensible aux aspects économiques et environnementaux, on m’a proposé d’y participer. »

Le plan n’est pas une contrainte pour Benoît :« J’ai beaucoup échangé par mail et par téléphone avec la technicienne en charge du dossier. Elle est venue sur place une journée pour la collecte des données afin d’établir un premier diagnostic. L’avantage c’est que je récolte mes données au fur et à mesure depuis des années. Cela me permet de les comparer d’une année à l’autre. »

L’outil de diagnostic prend en compte de nombreux critères : « L’évaluation se fait par l’intermédiaire du CAP’2ER (calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants), l’outil informatique qui permet de faire une analyse environnementale de l’élevage laitier en quantifiant les émissions de GES et le stockage carbone. Pour mon exploitation plus de 60 critères ont été pris en compte, pour évaluer la gestion du troupeau (CH 4), les aliments achetés (CO2), la gestion des effluents (NO 2, CH 4), la fertilisation azotée (NO2, CO2) l’énergie directe (CO2) et la compensation carbone (CO2). »

L’empreinte carbone est évaluée en fonction du type d’exploitation :« Mon système fourrager est essentiellement constitué de maïs et d’herbe pâturée et j’élève également des bœufs laitiers. J’ai donc été évaluée par comparaison à une référence moyenne correspondant à ce type de système. » Benoît est en dessous de la moyenne :« Mon empreinte carbone nette est de 0,75 kg équivalent CO2par litre de lait corrigé. C’est un bon résultat, la moyenne de ce type d’exploitation est de 0,81 kg. » Le diagnostic a été fait à partir des données de l’année 2013 :« Les résultats sont positifs, cela confirme que je vais dans le bon sens, je sais désormais sur quoi je dois travailler. Depuis un an ou deux, j’ai engagé de bonnes pratiques, qui porteront leurs fruits plus tard. Il faudra vérifier mes chiffres par un diagnostic en 2016 »  

Pistes d'améliorations

Benoît et la conseillère ont identifié plusieurs pistes d’amélioration :« Le premier point concerne l’alimentation du troupeau. On vérifiera les niveaux de rations dans le but de réduire l’azote excrété. Côté autonomie alimentaire, j’utilise déjà en partie des concentrés de l’exploitation : du blé, de la féverole et je corrige mes rations avec du tourteau de colza qui a un impact GES moins élevé que le soja. Les aliments achetés pèsent dans l’empreinte carbone mais moins que la moyenne de référence grâce aux types de concentrés utilisés. Le deuxième point concerne l’énergie directe que je consomme. Ma consommation de fioul est élevée, en partie car il y a 8 km entre l’exploitation familiale et les autres parcelles. Je pense également continuer le non labour. » il faudra néanmoins étudier les résultats plus précisément : « C’est une première ébauche. Je suis le premier à obtenir les résultats du diagnostic. Il faudra étudier les résultats avec la technicienne en détails pour pouvoir ensuite identifier les pistes d’amélioration possibles pour la bonne conduite de mon exploitation. » 

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Life carbon dairy

Virginie Halipré, conseillère en production animales, en charge du plan Life carbon dairy dans le Nord-Pas de Calais.

Quel est l’objectif de Life carbon dairy ? 

Le projet a pour objectif d’apporter les outils et méthodes pour appréhender l’impact GES des exploitations laitières, avec comme point de mire l’objectif de réduction de 20 % de l’empreinte carbone à échéance de 10 ans. L’évaluation de l’empreinte carbone se fera par l’intermédiaire du CAP’2ER. Une évaluation à grande échelle sera réalisée sur 3 900 exploitations. Un échantillon de 60 fermes pilotes sera suivi afin d’identifier des pratiques assurant la durabilité technico-économiques, environnementales et sociales des exploitations laitières. Le programme a démarré en 2013 et se terminera en 2018.

Qu’est-ce que le CAP’2ER ?

C’est un outil de diagnostic qui permet de quantifier les émissions de GES et le stockage carbone d’une exploitation. L’éleveur a 25 données à renseigner. À partir des résultats, le conseiller et l’éleveur mettent en place un programme d’actions adapté au système d’exploitation pour réduire l’impact carbone tout en faisant le lien avec l’efficience économique.

Source : Jérôme Peleyras - JA mag n° 715 Mai 2015

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