Bien préparer sa transmission en agriculture

CA 63 FOURNIER

 Bien préparer sa transmission en agriculture
la journée transmission en agriculture a permis d’illustrer trois parcours de cession-reprise au travers de témoignages de cédants et repreneurs.

Dans le cadre de la semaine de la transmission en agriculture, les Territoires Dore Bois Noirs et Livradois-Forez ont convié les futurs cédants à une journée d’échanges en fin d’année à Saint Gervais sous Meymont.

Un renouvellement nécessaire en agriculture

9Matthieu Grivel a apprécié le stage de parrainage pour faire une transition en douceur avec Jean-Michel Chanal qui lui cédait sa ferme.

Avec plus de la moitié des exploitations détenues par des agriculteurs de plus de 50 ans, les arrondissements d’Ambert et de Thiers auront à faire face à un important renouvellement des générations dans les années à venir.

Organisée par la Chambre d’Agriculture et ses partenaires(1), la journée a fait la démonstration par l’exemple de transmission de fermes réussies. Trois parcours, trois témoignages ont permis aux cédants et aux repreneurs de faire partager leur expérience.

Un stage de parrainage bienvenu

Parfois, la transmission n’attend pas la retraite du cédant. A Beurrières, Jean-Michel Chanal, 51 ans, éleveur laitier et Matthieu Grivel se connaissaient depuis plusieurs années. Matthieu venait volontiers donner un coup de main à Jean-Michel. Ce dernier avait bien développé la production laitière (80.000 litres en 1984 ; 244.000 litres en 2011) et avait le projet de moderniser son bâtiment en installant des logettes. Mais Jean-Michel avait surtout atteint ses limites en charge de travail. Matthieu a la volonté de s’installer, il commence à parler sérieusement d’une association avec Jean-Michel.

Rebondissement courant 2011. Devant le coût pour moderniser sa stabulation, Jean-Michel décide de jeter l’éponge, il ne se sent pas repartir dans des investissements.  Matthieu ne baisse pas les bras, il s’installera en individuel. Le candidat conclut un stage de parrainage qui va durer plus d’un an avec M. Chanal. Avec le recul, cédant et repreneur ne trouvent que des avantages à cette période de tuilage. La durée du stage a été mise à profit pour décider des modalités de reprise du train de ferme (foncier et bâtiments en location, achat du matériel et du cheptel).  Matthieu a apprécié cette transition progressive : «  j’ai pu prendre des responsabilités et Jean-Michel se retirer peu à peu pour aller vers ses nouvelles occupations. On savait aussi qu’on n’avait pas le couteau sous la gorge pour réfléchir et négocier les modalités du transfert ».

Aujourd’hui, Jean-Michel a un emploi salarié à mi-temps et créé une activité de scierie. Il suit d’un peu loin, mais avec un œil bienveillant l’activité de son repreneur. Matthieu, de son côté, suit son prévisionnel d’installation, même s’il a dû faire face à quelques investissements non prévus. Parmi les aléas, il a aussi été confronté à un problème de comptages cellulaires élevés, mais est fier d’avoir redressé la situation. Son prochain challenge est de faire progresser sa moyenne par vache, mise à mal par les problèmes de cellules. Considérant que le lait, « c’est difficile en individuel » Matthieu réfléchit également à un nouveau projet d’association avec un autre voisin.

Trouver sa place dans une société

Autre situation au GAEC Champeix, éleveur Salers à Saint Jean des Ollières. La famille Champeix a relevé le défi d’intégrer une nouvelle associée et de permettre l’installation de ses deux enfants sur une durée de 5 ans.

Initialement Christiane et Didier Champeix avaient constitué une EARL en 1996. En 2008, Sébastien rejoint ses parents avec constitution d’un GAEC. En 2011, Sophie (cousine de Didier) arrive comme 4ème associée dans le GAEC avec un apport foncier. Enfin en 2012, Charlène, sœur de Sébastien, s’installe également. Son projet mise sur la création d’un atelier de découpe et la vente de viande en caissettes pour écouler un maximum d’animaux finis.

Avant 2008, Didier et Christiane possédaient l’ensemble du capital d’exploitation, contre 30% aujourd’hui. Le GAEC a été le moyen de transmettre une partie du patrimoine aux enfants. Christiane Champeix ne regrette pas ces choix : « On ne peut pas confier l’outil de travail de toute une vie à n’importe qui. Nos enfants avaient exprimé le choix de s’installer, nous avons fait le maximum pour les aider à concrétiser leur projet ». Au-delà de l’aspect du travail en commun, le GAEC repose aussi sur un projet partagé par tous les associés, où chacun doit trouver sa place. « Le GAEC est une unité, si chacun décide de son côté, ça ne peut pas marcher ! La taille de notre GAEC peut paraître impressionnante, mais Didier et moi avons eu le souci de laisser nos enfants décider de quelle façon ils voulaient entrer dans la société. Par exemple, quand Charlène s’est installée, sa volonté a été de développer les circuits courts et la vente directe » détaille Christiane.

 Bien préparer sa transmission en agriculture

Un nouvel élan pour un élevage caprin

Des projets d’installation sont également possibles sur des structures plus modestes. M. et Mme Pinel, retraités, cherchaient un repreneur depuis plusieurs années pour leur élevage caprin à Saint Just. La ferme a déjà été partiellement démantelée, il reste à peine 5 hectares, la chèvrerie et un bâtiment de stockage, ainsi que 50 chèvres laitières (livraison en laiterie).

Marie Philibert, originaire de la Loire, BTS productions animales en poche, recherche activement une structure à la lisière des deux départements. Elle fait appel au R.D.I. (Répertoire Départemental à l’Installation) et à la communauté de communes de la Vallée de l’Ance. Les premières rencontres avec M. et Mme Pinel ont lieu début 2011. Séduits par le dynamisme et la volonté de Marie, les cédants engagent la réflexion  sur les modalités de reprise. Marie débute son parcours à l’installation mi-2011 avec Agnès Pérignon, conseillère d’entreprise à la Chambre d’Agriculture. 18 mois seront nécessaires pour finaliser son projet : montant de la reprise, aménagements à réaliser dans les bâtiments, chiffrage économiques de plusieurs hypothèses. Pour être au plus près de son site d’installation, Marie va bénéficier d’une aide de l’Agence Régionale de Développement des Territoires d’Auvergne (A.R.D.T.A.) avec le dispositif de « résidences d’entrepreneurs ».

Marie est bien décidée, elle va se lancer en vente directe. Avant même d’avoir démarré la fabrication fromagère, elle va démarcher des supérettes et restaurateurs locaux. Quand Marie revient leur présenter ses premiers produits et leur donner quelques échantillons « pour goûter », l’accueil est très positif : les intentions d’achat deviennent des commandes. Un marché hebdomadaire viendra compléter le circuit de commercialisation. Non sans fierté, Marie explique qu’elle a trouvé elle-même ses débouchés, « sans venir en concurrence avec un autre éleveur caprin ».

La démarrage d’activité est prometteur. Marie a relevé tous les défis : les travaux ont été terminés dans les délais, les mises-bas se sont bien passées, la production laitière meilleure que les prévisions, les volumes de vente encourageants, y compris à la ferme. Ayant opéré une vraie coupure avec l’activité agricole, M. et Mme Pinel sont heureux de voir le nouvel élan qui a été impulsé à leur élevage.

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