Bienvenue à Grignon dans la ferme qui positive

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Bienvenue à Grignon dans la ferme qui positive

Comment réduire l’impact environnemental en maintenant la rentabilité et le potentiel nourricier.

un tracteur qui épand du lisier dans les champs, des Prim'Holstein qui ruminent sur leurs logettes. A première vue, la ferme expérimentale de Grignon ressemble à une exploitation comme les autres. «Notre priorité, c'est la performance économique, environnementale et nourricière», lance d'emblée Dominique Tristant. Il dirige ce domaine intégré à AgroParisTech, école française d'ingénieurs agronomes et de docteurs. Basée à Thiverval-Grignon, la structure est financièrement autonome. «Deux ou trois mauvaises
années nous feraient mettre la clé sous la porte», prévient-il. Par ses dimensions et la diversité de ses productions, cette exploitation détonne dans le paysage agricole de la plaine de Versailles. 380 ha de SAU, de nombreuses cultures (blé, orge, maïs, colza, luzerne, etc.), deux troupeaux (160 vaches laitières et 500 brebis viande), une laiterie, une boutique de vente directe, le premier drive de produits laitiers de France.

La ferme de Grignon nourrit 6 470 personnes.

Autre particularité : la ferme emploie 22 personnes. Les salaires et charges représentent un tiers du chiffre d'affaires, qui a atteint 2,1M€ en 2013.
Comme dans toute exploitation, les bénéfices sont d’abord réinvestis dans la mise aux normes et le renouvellement du matériel. Et dans l'expérimentation «les bonnes années». Laquelle n'est pas uniquement une charge.Durant la crise du lait en  2009 sans l'expérimentation nous aurions été dans le rouge», se souvient le gérant.

Energie, effet de serre, marges et potentiel nourricier

Cet équilibre entre rentabilité et recherche se retrouve dans Grignon énergie positive, le «programme squelette» de l'exploitation lancé en 2006. La question posée ? « Comment transformer notre système de production pour réduire notre consommation énergétique et
nos émissions de gaz à effet de serre, tout en maintenant, voire en améliorant, nos marges et notre potentiel nourricier? » Ce dernier indicateur est au coeur de la démarche. Les agronomes ont sorti leur calculette : en 2012, la ferme de Grignon nourrissait 6470 personnes. Un calcul que tout agriculteur peut faire sien sur le site www.perfalim.com.

En matière de Gaz à effet de serre (GES), les deux cibles à abattre se nomment protoxyde d'azote (N20) et méthane (CH4). Le premier provient de la dénitrification, qui transforme les nitrates en excès dans le sol en N2. Cette réaction incomplète s’accompagne de dégagement de N20. Quant au méthane, les vaches l’éructent quand elles ruminent. La piste la plus prometteuse pour réduire les
émissions de N20? «Un pilotage fin de la fertilisation azotée», note Dominique, grâce à des outils de gestion des apports et des mesures de reliquats. Ou aussi en épandant le lisier avec un pendillard et un "cordon ombilical". Ce tuyau, relié directement à la fosse ou à une tonne en bord de champ, évite de rentrer dans les parcelles avec une tonne. «Ainsi, nous pouvons travailler en conditions humides et
appliquer du lisier sur blé en sortie d’hiver. » Autre piste à explorer pour l’avenir : certains trèfles stimuleraient l'activité enzymatique
du sol, réduisant le N20 en N2 (le principal composant de l'atmosphère). D'où l'idée de l'implanter en culture intermédiaire.

L'enjeu est de taille. Les travaux de Grignon, associés à ceux des instituts techniques, visent à pousser le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) à revoir sa copie. Ce qui pourrait à terme réduire les objectifs français de réduction des GES ou encore améliorer le bilan carbone du diester.  

40% d’énergie économisée entre 2006 et 2009

Côté fourrages, la luzerne (une légumineuse) s'est imposée dans l'assolement pour ses capacités d'enrichissement du sol en azote. Les bovins ne mangent plus de soja depuis 2002. A l'époque, la filière biodiesel n'avait pas encore décollé et le tourteau de colza avait mauvaise presse. Lors d'un essai réalisé avec le Cetiom, Grignon a prouvé que cet aliment était compatible avec ses hauts niveaux de production laitière (10 000kg annuels par vache). Le domaine cherche aussi à allonger la durée de vie des animaux. «Nous n'avons pas intérêt à aller chercher les 12000 kilos par vache, estime Dominique Tristant. Nos bêtes font 3,1 lactations contre 2,2 en moyenne en France.» L'intérêt ? Moins d'animaux improductifs
–donc de moindres émissions de GES– par litre de lait produit.

La méthanisation est aussi de la partie. Outre un projet en partenariat avec Sita bioénergies (groupe Suez environnement), une autre modalité est étudiée : la méthanisation passive, via une bâche directement posée sur la fosse à lisier de 1500m3. Des bouées plastiques posées à l'intérieur de la fosse assurent l'étanchéité et empêchent le contact entre le béton et le biogaz corrosif. Une structure techniquement et administrativement plus légère. Revers de la médaille : «Entre 55 et 60% de biogaz de moins par rapport à la méthode industrielle», avoue l'agronome. Et une production irrégulière qui exclut la cogénération (production d'électricité). Seule la chaleur peut être valorisée, ici pour la production d'eau chaude de la laiterie. Dominique place «beaucoup d'espoir » dans cette méthode qui peut intéresser des élevages porcins ou de veaux de boucherie.

Avec l’Inra de Theix, Grignon est la seule structure en France à mesurer les émissions de méthane d’une vache grâce à un collier hermétique. L’enrubannage de luzerne, par exemple, « permet de réduire ces émissions d’environ 10% par rapport aux graminées fourragères». Par rapport à un produit "industriel", un yaourt produit à Grignon génère 20 à 40% de GES en moins, idem pour la consommation d’énergie. Entre 2006 et 2009, l’exploitation a réduit ses émissions de GES de 25% et sa consommation énergétique de 40%!

Pour transférer les résultats aux professionnels, le programme Grignon énergie positive s’est doublé d'un réseau de 24 fermes, comprenant différentes productions dans plusieurs régions et systématiquement associé aux filières amont et aval. Ouverte au public, la ferme de Grignon accueille 500 à 1000 professionnels par an. L’obsession de Dominique Tristant ? «Montrer ce que nous faisons.» Lassé que «l'agriculture soit accusée de tous les maux», l'ingénieur agronome rappelle le slogan de l’exploitation : «La ferme qui positive!»-

Bienvenue à Grignon dans la ferme qui positive

Récupérer les menues pailles pour économiser des herbicides

En 2008, la ferme expérimentale de Grignon a acquis un caisson de récupération des menues pailles. « nous exportons ainsi entre 40 et 60% des graines de raygrass présentes dans les menues pailles », détaille Dominique Tristant. L'opération évite aussi les repousses de céréales, ce qui limite la pression des pucerons et économise un désherbant anti-graminées (en colza non labour par exemple). « Le but est de s'affranchir du risque ray-grass ou brome. nous sommes en non-labour depuis quinze ans sur certaines parcelles et nous n'avons aucun brome », se félicite le directeur de la ferme. Pour rentabiliser cet investissement onéreux (30000€), « un débouché pour les menues pailles est nécessaire. » Ceux de Grignon sont multiples : litière de poulailler, méthanisation, paillage des logettes, champignonnière ou encore alimentation animale.

source : JA MAGAZINE Yannick Groult

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