Comment accompagner les hors-cadre familiaux ?

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Comment accompagner les hors-cadre familiaux ?

Financement, accès au foncier : lors de leur installation, les hors cadre familiaux sont confrontés aux mêmes freins que les enfants d’agriculteurs. De nombreuses initiatives locales existent. Mais encore faut-il les connaître… L’enquête menée en 2012 par JA et le MRJC trace des pistes.

Prêt d’honneur : la confiance pour démarrer l’activité

Comment accompagner les hors-cadre familiaux ?

«Nous faisons confiance, de manière désintéressée.» Non, vous ne rêvez pas. Il existe encore des gens qui prêtent de l’argent sans rien attendre en retour. C’est le cas d'Initiative Périgord, antenne locale du réseau Initiative France. Depuis 2008, cette association hébergée par la CCI expérimente un système de prêt d'honneur à destination des agriculteurs. Une cinquantaine de projets ont ainsi été soutenus. Le principe ? Mettre à disposition du porteur de projet entre 5 et 20000€ à taux zéro, à rembourser en 2 à 5 ans. Cet apport permet de décrocher un crédit bancaire, de renforcer les fonds propres et se révèle «déterminant pour le besoin en fonds de roulement», explique François Gaumet, directeur d'Initiative Périgord. Réservé aux agriculteurs non éligibles à la DJA, ce dispositif bénéficie d'un million d’€ de fonds publics et privés (UE, collectivités, Caisse des dépôts, banques, OPA, entreprises, etc.). Une initiative similaire va voir le jour en Seine-et-Marne.

www.initiative-france.fr

Les hors cadre familiaux sont des agriculteurs comme les autres... mais ils ont besoin d'un accompagnement aux petits oignons. Voilà les principales conclusions de l'enquête réalisée en 2012 par JA et le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC). Les deux organisations jeunes en ont présenté les résultats lors d'un colloque le 23 mai 2013 à Paris. C'est la première fois qu'une étude fournit des chiffres sur cette catégorie d'agriculteurs amenée à prendre une importance cruciale. Au rythme actuel (30% des installations à moins de 40ans), les hors cadre familiaux (HCF) représenteront bientôt un quart des exploitants français.

Précision indispensable : le terme HCF regroupe les agriculteurs qui ne s'installent pas dans le cadre d'une succession familiale (jusqu'au 3e degré). Près de la moitié d'entre eux (48%) ont au moins un agriculteur dans leur famille. Hors cadre ne signifie donc pas forcément étranger au milieu agricole. La montée en puissance des HCF est pourtant souvent associée à l'émergence des néo-ruraux, ces citadins qui entament leur reconversion professionnelle autour de projets agricoles souvent alternatifs. L'étude JA-MRJC met à mal ce mythe du citadin ignare de l'agriculture : 43% des HCF sont d'anciens salariés agricoles.

On retrouve toutefois dans les projets d'installation une volonté de produire autrement. Avant de lancer leur activité, 63% des hors cadre familiaux veulent travailler en bio et 58% comptent vendre leur production en circuit court. Des chiffres qui tombent à 34 % et 39 % une fois installés. Des niveaux qui restent largement supérieurs à la moyenne.

Les freins communs : foncier et financement

Le travail de JA et du MRJC montre que les voeux des HCF se heurtent souvent au mur des réalités. Comme pour les enfants d'agriculteurs, leurs principaux problèmes lors de l'ins tallation s'appellent : foncier et financement. Des difficultés citées par respectivement 59% et 40% des HCF ayant répondu au sondage.

Petit neveu d'agriculteur, Emilien Piroux ne pouvait pas acheter les terres nécessaires à son projet d'installation en Haute-Loire. Impossible de supporter le poids financier de cette acquisition. Il a «fait le tour de la famille» pour récolter des fonds et monter un Groupement foncier rural (GFR) propriétaire des terres. Un montage qui a aussi «rassuré les banques en montrant que des gens me soutenaient.» Sans exploitation familiale en place, l'accès au crédit est plus difficile pour les HCF. Plus de 90% des

surfaces qu'ils travaillent le sont en fermage. De nombreuses solutions existent pour accéder aux terres et aux crédits : portage ou stockage de foncier, cautionnement, emprunts à effets levier, prêts d'honneur, etc. Les territoires fourmillent d'initiatives portées par une myriade d'acteurs locaux (collectivités, chambres consulaires, associations, fondations). Mais encore faut-il les connaître. 25% des agriculteurs ayant répondu à l'enquête avouent avoir été pénalisés par « la méconnaissance des structures accompagnantes ».

Comment accompagner les hors-cadre familiaux ?

« Pas simple de coordonner tous les acteurs »

L'étude JA-MRJC fait le point sur les plus exemplaires de ces actions. Comme par exemple celle des Compagnons de la terre dans la Drôme. Cette « pépinière d'installation agricole et fermière » permet aux porteurs de projet de se faire la main en conditions réelles, tout en cherchant des terres. Cette association répond ainsi à de nombreux problèmes : formation technique, tutorat, accès au foncier, etc. Autre exemple : le Contrat emploi formation installation (Cefi) proposé notamment en Midi-Pyrénées. Le conseil régional y finance pendant un an l'embauche d'un repreneur dans l'exploitation de son futur cédant.

« Ce n'est pas simple de coordonner tous ces acteurs, reconnaît Jérôme Mater, le chef du bureau de l'installation au ministère de l'Agriculture. Au comité national des Assises de l'installation, il y avait 30 structures ! » D'où le besoin de synergie sur lequel a insisté Joël Clergue, vice-président de JA, en

charge du dossier Installation. Pour cet éleveur aveyronnais, il faut « un cadre national qui offre un accompagnement minimal à chaque jeune sur tout le territoire ». Rappelant l'importance du statut social pour les porteurs de projets, Joël Clergue a détaillé la proposition phare de JA pour les Assises de l'installation : «Que le statut de l'agriculteur ne soit pas basé sur une surface minimale, mais sur la viabilité économique calculée dans le PDE. »

Les difficultés des HCF légitiment les nouveaux outils proposés par JA dans les rapports d'orientation 2011 et 2012 (cautionnement, épargne à effet levier). Enfin, côté transmission, Joël Clergue propose de « repérer les cédants assez tôt pour les mettre dans une démarche de transmission, et non de cessation ». Bref, le chantier est immense. Et comme le rappelle Jérémy Godet, le président du MRJC, « il y a urgence ».

Les Safer du Massif central accueillent les nouveaux arrivants

En 2011, les 6 Safer du Massif central ont regroupé leurs forces pour mieux accueillir les nouveaux arrivants. Le but ? Trouver plus rapidement des exploitations pour les porteurs de projet en mutualisant les offres et les compétences des différents départements. Elles proposent aussi un portage des frais pendant le parcours à l'installation (PPP) et des stages de parrainage dans le cadre du Pidil.

Les Safer du Massif central ont aussi mis l'accent sur le travail en réseau avec les autres structures. « En 2011 et 2012, près de 4 500 porteurs de projet sont venus frapper à notre porte, indique Marie-Laure Pommier, de la Safer Auvergne. Un tiers d'entre eux n'ont pas réellement de projet. Quand on sent que le projet n'est pas assez mûr, on oriente le porteur vers d'autres structures. » Une démarche qui s'inscrit dans une volonté politique du Commissariat de massif, qui prône le travail en réseau de toutes les structures (Safer, collectivités, JA, Adear, terre de liens, etc.).

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Commentaires 2

geo

Les initiatives groupées entre organismes voient le jour dans différents endroits et nous ne pouvons que nous en féliciter. L'installation reste un des grands enjeux face aux défis du renouvellement. 1 agriculteur de plus de 55 ans sur 2 ne connait pas son successeur!
Petit exemple de coopération récente: dans les Pyrénées-Atlantiques, Safer et Chambre d'agriculture ont monté un partenariat autour de la transmission, en allant à la rencontre des agriculteurs de plus de 55 ans sans succession identifiée. L'objectif est d'anticiper les projets de ces cédants tout en les informant des solutions dont ils disposent pour être en mesure de proposer aux futurs agriculteurs (notamment aux HCF) des structures sur lesquelles ils pourraient s'installer, avec le soutien des organismes (PII, portage Safer/Région...)

MARTIN

Je suis HCF et suis content de voir l'Adear citée dans un article sur l'installation.
Cette association dont on entend trop rarement parler m'a énormément aidée dans mon parcours avant l'installation, et fait un boulot remarquable que l'on ne met pas assez en valeur.

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