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Damien se diversifie avec les fourrages d’hiver

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Damien se diversifie avec les fourrages d’hiver

Éleveur laitier installé en Gaec, Damien Blanchard sécurise son système fourrager avec des prairies en dérobé et du méteil. Une adaptation au changement climatique et à la croissance du cheptel.

Des prairies vertes et généreuses, des vaches qui paissent en profitant du soleil sous un ciel bleu : cette après-midi à Planguenoual ne ressemble pas à un 7 décembre. Alors que se tient toujours la Cop 21, à presque 500 km du littoral armoricain, une question brûle les lèvres : cet hiver exceptionnel peut-il devenir la norme ? « Avec le changement climatique, il faut s’attendre

à des hivers plus doux et des étés plus secs », estime Damien Blanchard. Cet éleveur laitier de 29 ans a commencé à s’adapter en produisant du fourrage... en hiver. Situé à 5 km de la mer, le Gaec du Beau Moëlan est en zone séchante. Les 130 vaches laitières de Damien, son frère et sa belle-soeur sortent dès la mi-mars. Mais à la mi-juin, elles n’ont déjà plus d’herbe à brouter. Les 118 ha de l’exploitation ne sont donc pas de trop pour produire les fourrages nécessaires : foin et pâturage (60 ha de prairies) ainsi que l’ensilage de maïs (45 ha). S’y ajoute du correcteur azoté (soja et colza) acheté à l’extérieur. Enfin, quelques cultures de vente (blé et orge) occupent 17 ha.

Sécuriser le système fourrager

Depuis six ans, la ration du troupeau est complétée par des prairies cultivées en dérobé. Ce mélange de ray-grass italien et de trèfle incarnat est semé début septembre (après une céréale) pour une récolte mi-avril. Les seules interventions : un déchaumage avant l’implantation et un apport d’engrais en sortie d’hiver. Avec des rendements d’environ 4 t MS/ha, ces cultures fournissent suffisamment d’ensilage pour les génisses et 1/5 de la ration des laitières. « Avant, nous semions des couverts de moutarde qui n’étaient pas valorisés, se souvient Damien. Mais depuis mon installation en 2008, nous sommes passés de 50 à 130 vaches ! Il a donc fallu intensifier la production de fourrage. » Le hic, c’est que, comme souvent, il faut choisir entre qualité et quantité. « Nous n’avons pas observé l’économie de concentré que nous espérions, regrette Damien. En récoltant fin avril, on obtient plus de volume, car les tiges sont plus longues, mais l’azote est dilué. » La parade ? Récolter plus tôt pour un fourrage plus riche en azote. Et compenser le volume par une autre production fourragère, un méteil, que les associés ont implanté pour la première fois en 2015, sur 7 ha. Ce mélange de quatre espèces (avoine, triticale, pois et vesce) présente un calendrier comparable à la culture d’herbe en dérobé : implantation début octobre (après un maïs), récolte mi-avril. Autres points communs : sa simplicité de conduite et son mode de récolte (ensilage via une remorque autochargeuse). Pour Damien, « le principal intérêt du méteil, c’est sa richesse en azote » avec 33 % de pois dans le mélange. Le coût de la semence ? Environ 220 €/ha. Grâce à cette diversification fourragère, les vaches du Beau Moëlan mangent moins de maïs, ce qui « limite le risque d’acidose ». « Si nous étions en tout maïs, il en faudrait 60 ha au lieu de 45 », a calculé Damien. En l’absence de surface disponible, les éleveurs devraient acheter le complément, sachant qu’« un hectare demaïs coûte 1 000 à 1 200 € ». Le principal avantage de cette démarche reste la sécurisation du système fourrager. Mais ses bénéfices agronomiques et environnementaux ne sont pas négligeables : couverture hivernale des sols, allongement des rotations, moins d’intrants et moindre tassement du sol avec l’auto-chargeuse. 

Des efforts menacés par un prix du lait insuffisant

Ces deux nouvelles cultures ont été rendues possibles par l’achat en Cuma d’une remorque auto-chargeuse. Un investissement subventionné par le plan de lutte contre les algues vertes - Planguenoual est situé dans le bassin versant du Gouessant. Les trois associés ont aussi mené une réflexion poussée sur la fertilisation (lire ci-dessous). Dès 2009, le Gaec a contracté une Mesure agro-environnementale (MAE) « herbicides » (reconduite en 2015). Avec 50 % de sa surface en herbe et peu de traitements phytosanitaires, l’exploitation était éligible d’office. Cette aide d’environ 6 000 € par an « compense les pertes dues à la dernière réforme de la Pac ». Mais « cette mesure conçue pour le court terme ne donne pas de visibilité à long terme », regrette l’éleveur. Damien trouverait plus efficace « des aides renforcées pour investir pour le solaire, la méthanisation ou pour déléguer le travail ».

Au Gaec du Beau Moëlan, la priorité reste « l’efficacité économique », notamment en « réduisant les deux principaux postes, l’alimentation et l’engrais ». Le lait (90 % du CA de l’exploitation), livré à la coopérative Even (groupe Laïta), a été payé 310 € les 1 000 litres sur l’année 2015 (prix de base) contre 370 en 2014. « Or, le prix d’équilibre est de 340 €, sans compter notre rémunération... » Ce qui montre pour l’éleveur l’intérêt d’un système d’assurance de marge. Cette fragilité économique menace les efforts environnementaux consentis par les trois associés. Car pour l’heure, cette démarche « n’améliore pas le revenu, mais contre seulement la hausse des charges ». Damien, poussé à innover par sa coopérative, ne pense pas avoir révolutionné son exploitation. « Ce que nous faisons, d’autres le font un peu partout dans la région. L’agriculture bretonne est souvent décriée, mais en réalité, les choses sont en train de changer. » ◆

Damien se diversifie avec les fourrages d’hiver

Des solutions pour la fertilisation

Depuis deux ans, les associés du Gaec du Beau Moëlan apportent 400 t de fumier (un quart de leur production) pour approvisionner l’unité de méthanisation lancée par trois éleveurs porcins. En échange, ils récupèrent 400 m3 de digestat liquide. « Notre plan de fumure n’était pas cohérent, explique Damien Blanchard. Nous avions trop de fumier par rapport à notre surface de maïs. Cet échange nous a permis de nous mettre aux normes pour un coût modique. » Par ailleurs, le digestat, plus proche de l’engrais minéral, est « plus polyvalent et plus réactif que le fumier, qui nécessite deux mois pour être assimilé ». En 2015, Damien a mis en place un pilotage de la fertilisation azotée pour le troisième apport d’engrais sur blé. Cette prestation est réalisée par la coopérative Garun-Paysanne, à laquelle il vend ses céréales et achète ses intrants. Le technicien de la coopérative vient analyser les besoins réels de la culture au stade trois feuilles en parcourant la parcelle avec un réflectomètre portable. Les résultats obtenus sont comparés à la référence (une bande surfertilisée au deuxième apport). L’éleveur obtient une dose moyenne recommandée pour la parcelle. « Il ne faut pas se baser uniquement sur l’aspect des cultures, insiste Damien. Une de mes parcelles était belle, mais il manquait en réalité 80 kg d’azote. » Coût de l’opération ? 150 € pour quatre parcelles analysées. Cet outil d’aide à la décision permet de se conformer à la nouvelle directive Nitrates. Tout apport au-delà des 210 UN réglementaires doit être justifié par un besoin de la plante. Ce qui explique le succès de cette innovation, « à la mode dans les coopératives bretonnes », note le jeune éleveur. 

source : Yannick GROULT - JA mag n°722 janvier 2016

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