Des jersiaises pour faire son beurre

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Des jersiaises pour faire son beurre

Au Gaec du Pâtis Candé, Sébastien Ferrard et Jean-Laurent Jupin valorisent tout le potentiel de leurs jersiaises. Dans la vaste stabulation, une centaine de petites vaches à la robe fauve broutent alignées aux cornadis.

Sur la table d’alimentation, de l’herbe fraîche d’un vert éclatant, repoussée de temps à autre par un robot. Quelques bêtes attendent attroupées devant deux robots de traite flambant neufs. Bienvenue au Gaec du Pâtis Candé, à Saint-Georges sur-Loire, au Sud du bocage angevin. Sébastien Ferrard et Jean-Laurent Jupin, les deux associés, y élèvent 140 laitières jersiaises. Une véritable vitrine pour cette race longtemps considérée comme « une vache d’ornement » malgré ses nombreuses qualités productives. Sébastien a rejoint l’élevage en décembre 2013. Fils de boulangers de Grenoble, il se destinait à devenir chauffeur mécanicien. Un métier qu’il a exercé pendant quatre ans, depuis son arrivée dans le Maine-et-Loire, avec sa femme en 2009. Salarié de la Cuma de Saint-Martin-du-Fouilloux, il découvre les jersiaises du Pâtis Candé, une exploitation adhérente. En 2013, le départ d’un associé lui offre l’opportunité de s’installer, après un stage de parrainage de six mois. Car avec les jersiaises, « mignonnes », « dociles », « faciles à vivre », ça a été le coup de cœur. 

Meilleure valorisation du lait

Attachantes, certes, mais aussi robustes et productives. Les jersiaises au Pâtis Candé, c’est une passion qui remonte à 1957. « Mon oncle a introduit les premières jersiaises ici. Moi, je suis la troisième génération », raconte Jean-Laurent, par ailleurs président national de Jersiaise France, l’organisme de sélection de la race. Le troupeau est passé intégralement en jersiaises à la fin des années 80, quand cette race était décriée sur fond d’excédents de matière grasse (lire ci-contre). Mais les éleveurs du Pâtis Candé ont tenu bon. Aujourd’hui, les décennies de sélection réalisée permettent d’exprimer le plein potentiel de cette race beurrière. Alors que la production de la race est plutôt moyenne (environ 6 000 kg par an contre plus de 11 000 pour les Prim’holstein), Sébastien présente fièrement une de ses vaches qui, ramenée au poids d’une Holstein, « produirait 18 000 kg par an » !

Les principales qualités de la jersiaise ? Longévité, rusticité, facilité d’adaptation aux différents systèmes, intensifs comme extensifs. Des qualités recherchées par les éleveurs alors que la conjoncture laitière est difficile. Contrairement à d’autres races, « il y a un marché pour les génisses jersiaises », remarquent les éleveurs. Eux-mêmes vendent une partie de leurs jeunes femelles, ainsi que quelques mâles reproducteurs. De nombreux animaux viennent du Danemark, leader mondial de la jersiaise. « Par contre, les veaux jersiais ne valent rien... » D’où l’intérêt des semences sexées, de plus en plus prisées au Gaec. Et surtout, la petite vache fauve donne un lait très riche en matière grasse et en protéines, particulièrement apte à la transformation en beurre ou en fromages. Résultat : un lait mieux valorisé, « de 100 à 120 € supplémentaires par tonne », estime Jean-Laurent. Le prix actuel reste pourtant insuffisant, à 305 € les 1 000 litres (prix de base en octobre 2015). « Nous avons la chance d’avoir une structure solide, mais il ne faudrait pas que ça dure », note Sébastien. Selon le jeune éleveur, il faudrait au moins 360 € pour « vivre décemment ». « Les jersiaises sont gourmandes si on veut des performances, elles demandent beaucoup d’azote. » D’où des coûts de production plus élevés, mais « une marge supérieure », assure Jean-Laurent.

Investissement dans les prairies

Les associés du Pâtis Candé ont déjà largement optimisé leur système, qu’ils qualifient de semi-intensif. Sélection et inséminations artificielles visent à améliorer « la production et les taux ». Chacune de leurs vaches produit en moyenne 6 500 kg par an. Depuis 2012, Sébastien et Jean-Laurent pratiquent l’affouragement en vert. De mars à novembre, ils fauchent matin et après-midi et rapportent l’herbe fraîche à leurs vaches grâce à une remorque auto chargeuse. « Cela nous permet de mieux valoriser l’herbe, surtout celle des prairies éloignées, explique Sébastien. Nous revenons toutes les trois semaines, un mois sur chaque parcelle. Nous ramassons donc de l’herbe courte, pleine de valeur nutritive. » Les deux éleveurs n’ont pas hésité à investir dans leurs prairies, en semant un mélange suisse dans leur seule parcelle irrigable. Le résultat en vaut la chandelle, avec d’importantes économies sur l’alimentation : « Avec 50 ha, notre sole de maïs ensilage est plutôt en diminution, alors que le troupeau compte 50 vaches de plus ! Et en 2014, une grosse année à herbe, nous avons économisé entre 25 et 30 000 € de concentré à production équivalente. » Malgré les difficultés de la production laitière, Jean-Laurent et Sébastien croient en l’avenir. L’exploitation est impliquée dans un méthaniseur collectif, mis en service en juillet 2015. Le groupe a servi de support à la création d’un GIEE. Et les deux associés viennent de mettre en marche deux robots de traite. Un lourd investissement (plus de 300 000 €) qui assouplit l’organisation du travail, alors que le troisième associé vient de quitter le Gaec. Les jersiaises ont encore de beaux jours devant elles au Pâtis Candé.

Des jersiaises pour faire son beurre

La Jersiaise à la conquête de la France

Avec 6 531 vaches au contrôle laitier en 2014, la jersiaise est encore peu répandue en France. Au niveau mondial, elle est pourtant... la deuxième race laitière en termes d’effectif (d’après Jersiaise France). Originaire de l’île anglo-normande de Jersey, la petite vache à la robe fauve a conquis le monde, notamment grâce à ses capacités d’adaptation. Et aussi grâce à son petit gabarit, qui en fait un animal « facilement transportable », note Sébastien Ferrard, éleveur de jersiaises dans le Maine-et-Loire : « Les marins l’emmenaient sur les bateaux pour produire du lait. » 

Mais pourquoi n’a-t-elle pas trouvé sa place dans les élevages français ? « Dans les années 50-60, la race était aux mains de gens qui la conservaient comme une race de château, pour orner les belles prairies », explique Jean-Laurent Jupin, président de l’organisme national de sélection (OS) Jersiaise France et associé de Sébastien. Dans les années 80, d’importants excédents européens de matière grasse - les fameuses « montagnes de beurre » - ont fi ni de détourner les éleveurs de cette race. Car l’une de ses principales qualités est de produire un lait très riche en protéines et en matière grasse. Mais la jersiaise se distingue aussi par sa longévité, sa rusticité, sa précocité et sa facilité de vêlage. Autant de qualités de plus en plus recherchées par les éleveurs : les cinq dernières années, le cheptel français a presque doublé.

Source : JAMAG - n° 721 - Déc. 2015

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