François cultive l’herbe à la néo-zélandaise

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François cultive l’herbe à la néo-zélandaise

Éleveur à Périers, François Rihouet a adapté dans ses bocages normands la méthode néo-zélandaise de production de lait à l’herbe.

Nous apportons la matière organique au moment où le sol en a besoin.

Après une après-midi à brouter au soleil, le troupeau de vaches blanches et marron rentre docilement en longeant une haie. C’est l’heure de la traite à la ferme des Rihouet, à Périers. Un cliché de carte postale dans cette Basse-Normandie réputée pour ses bocages et ses élevages laitiers. Pourtant , nous ne sommes pas dans une ferme comme les autres.

À l’EARL Dairy way, on travaille à la néo-zélandaise. C’est le fils, François Rihouet, qui a ramené ces méthodes de l’autre bout du monde. Il y a passé neuf mois de stage après avoir fini ses études (DUT génie biologique, licence pro en gestion). Le but ? « Parler anglais et découvrir la production de lait à l’herbe. » Sans oublier les à-côtés, comme le rugby et les paysages vierges qui lui ont coupé le souffle
dans Le seigneur des anneaux.

Arrivé en Nouvelle-Zélande, François découvre que la filière laitière « est calée sur la production de l’herbe », qui y pousse d’août à mai.  «Presque tous les vêlages sont concentrés sur 10 semaines à partir d’août. Jusqu’à il y a peu, les laiteries fermaient deux mois par an ! À l’époque, une ferme typique, c’était une personne, 50 ha, 150 vaches et 750000 litres de lait. » Une intensification basée sur la culture de l’herbe. 

Un are par jour et par vache

En 2006, de retour dans sa Normandie, François réaménage les parcelles proches de la salle de traite. Les prairies sont divisées en  paddocks d’1,5ha, correspondant à deux ou trois de jours de pâture selon la pousse de l’herbe. Chacun dispose d’une entrée et d’une sortie pour limiter le piétinement. «La règle, c’est un are par jour et par vache», résume le jeune éleveur. Les 70 laitières sont déplacées deux fois par jour, après la traite, ce qui permet de «toujours leur proposer de l’herbe fraîche». L’EARL compte 60 ha de prairies sur les 97 cultivés.

«Quand nous donnions toute l’herbe d'un coup, elles allaient au fond de la parcelle, salissaient tout avec leurs déjections. Elles ne  pouvaient pas tout manger en cas de forte pousse de l’herbe. C’était du gâchis », résume l’agriculteur de 31 ans. Au contraire, la gestion plus fine de l’herbe permet d’adapter la consommation (pâture ou fauche) à la pousse. « Nous avons gagné deux mois de pâturage », assure François. Malgré un tableau de bord actualisé chaque semaine, « c’est tellement technique que parfois on se plante... Mais l’intérêt
économique est là. » Le pilier du système ? De faibles coûts de production. « Produire du lait en hiver en donnant du concentré coûte trois fois plus cher qu’au printemps. »

Autre pratique importée de l’Hémisphère sud : la récolte de l’herbe à un stade plus jeune, pour une meilleure valeur fourragère. « La valeur nutritive compte autant que le volume récolté. » Il a aussi fallu adapter le format des animaux pour obtenir des « vaches de taille moyenne, avec une bonne capacité d’ingestion et de bonnes pattes ». Le troupeau est constitué de Normandes, une vache « d’apparence vieillotte, mais rustique et mixte ».

15% d’efficacité fourragère en plus

Chez les Rihouet, le virus de l’innovation se transmet de père en fils. En parallèle des nouvelles méthodes de production d’herbe, les Rihouet ont mis en place une culture de méteil sur 6 ha. Ensilé immature, ce mélange (50 % de seigle, 40% de vesce, 10% de trèfle de Perse) couvre le sol tout en réduisant les apports d’intrants. « Mais la valeur fourragère est aléatoire, car elle dépend de ce qui pousse... » En y ajoutant 30 ha de maïs ensilage, l’exploitation est autonome en fourrages.

Autre expérimentation : l’utilisation de Bactériosol. Produit par la société aveyronnaise Sobac (où François a travaillé six mois), ce cocktail de microorganismes « accélère la transformation de la matière organique en humus ». Le même « écosystème » concentré en version Bactériolit favorise le compostage du lisier. Pierre a testé ces produits dans les années 2000, avant de les utiliser progressivement sur toute l’exploitation. « Quand on utilise un engrais classique, il manque toujours quelque chose, que ce soit du calcium, du magnésium ou encore des sulfates, note François. Au contraire, nous apportons un aliment complet. » Entre gain de volume et de valeur nutritive, le jeune éleveur estime avoir gagné « 15% d’efficacité fourragère en plus. » Les Rihouet fertilisent toujours leurs prairies (matière organique et 30 unités d’azote). Mais ils n’apportent plus de chaux. En épandant 200 kg/ha de Bactériosol, ils estiment avoir réduit leur coût de fertilisation de 30%. «Il faut adapter le concept chez soi, se l’approprier», indique Pierre, le père de François.

Dans les prairies multi-espèces, les plantes se relaient

« D’éleveurs, nous sommes devenus un peu plus cultivateurs, remarque François. Nous essayons de toujours couvrir le sol, car nous avons compris qu’un sol nu en hiver n’est pas le plus adapté pour la fertilité. » Autre changement de regard : «Mieux vaut apporter la matière
organique quand le sol en a besoin, plutôt qu’au moment où la plante en a besoin. Nous nourrissons le sol, qui nourrit ensuite la plante. »

La Sobac a aussi proposé à la famille Rihouet de semer des prairies multi-espèces. Depuis 2006, les éleveurs utilisent des mélanges de 8 ou 10 plantes. Pour les prairies principalement pâturées : raygrass hybride, ray-grass anglais diploïde et tétraploïde, fléole, trèfle violet, trèfle blanc, minette et lotier. «Le ray-grass hybride assure la mise en place rapide de la prairie, explique François. Après trois ans, il décline. La fléole prend alors le relais. Le ray-grass anglais est là pour combler les trous et produire de l’énergie. » Même principe du côté des légumineuses. Les prairies à dominante de fauche reçoivent le même mélange, additionné de luzerne et de dactyle.

François Rihouet pourrait se contenter de ces résultats. Mais c’est mal le connaître. « Nous avons encore beaucoup à faire pour améliorer notre système », estime-t-il, humble. Les idées ne manquent pas : tester de nouvelles rotations intégrant du ray-grass italien et du colza fourrager, améliorer la valeur bouchère des animaux, réduire les charges (intrants, réduire l’âge du premier vêlage), s’adapter à la directive Nitrates, préparer le départ à la retraite de Chantal, etc. Le tout, en «maintenant l’ouverture d’esprit JA».

Source : Yannick GROULT - JA MAG - n° 710 - Décembre 2014 -

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Commentaires 9

dob

C'est fou! Les vaches ça mange de l'herbe !!
Merci les néo zélandais !!! On a oublié en france...

pedro

J'ai l'impression de me retrouver en lisant cet article.Bien vu crofter.Pour info, je termine une 2ème lecture de ce livre pour recadrer à la perfection ce système de gestion du pâturage après quelques années d'expérience).Depuis que je me suis "posé" et pris du "recul" vis à vis de ce qui nous entourent. Je peux vous assurer que ce jeune est sur la bonne voie...Félicitations d'ailleurs pour ce choix judicieux...Quelques lignes qui amènent à la réflexion: De l'équilibre du sol, dépend la santé de l'animal et de l'homme...Le pâturage est la rencontre de l'animal et de l'herbe...Et enfin une question:Vaut-il mieux faire pâturer l'herbe à la vache ou lui amener par la mélangeuse dans la stabulation quand la croissance de l'herbe est à son optima?
Bonne réflexion à tous...

AIGLE201

30 ha de mais et 70 vaches ça fait 43 ares par vl et 60 ha de prairies ça fait 86 ares par vl + le méteil. Je pense qu'on est loin de la gestion de l'herbe d’André Voisin et peut être de l'autonomie fourragère, à moins que les concentrés ne rentre pas dans l'autonomie.

Crofter

La productivité de l'herbe a été créé au milieu du XXème siècle par André Voisin, éleveur normand reconnu internationalement pour ses divers travaux, et repris par la suite par les néo-zélandais, en autres.

lachevrevache

Ouf! Merci pour cet article

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