GAEC du Corbie : l'aprés quotas sans appréhension

Conseil National CERFRANCE - Patrick LEVECQUE - Conseiller d'entreprise

GAEC du Corbie : l'aprés quotas sans appréhension

L’arrivée des quotas : des projets non aboutis lors de l’installation

Quatre dates importantes structurent l’histoire du GAEC du Corbie. 1980 Bernard et son frère Gérard s’installent en GAEC. 1984, arrivée des quotas. 2005, installation de Christophe en remplacement de son père Gérard, avec apport de surfaces et de droits à produire. 2015, fin des quotas. De nouvelles possibilités à étudier, des projections à effectuer en intégrant les incertitudes et les risques.

Lors de leur installation, sur la ferme familiale de 60 ha, dont 6 de pommes de terre et 6 de betteraves sucrières, Bernard et son frère avaient entrepris un EPI volontaire (étude prévisionnelle Installation). Le projet consistait à faire passer la production laitière de 190 000 litres de lait et 35 vaches à 490 000 litres pour 70 vaches. Conséquences prévues de cette spécialisation en lait : la suppression de l’activité pomme de terre, la modernisation des étables et du matériel devenu vétuste. En 1984 le couperet tombe : l’instauration des quotas limite la production laitière de la ferme à 260 000 litres. Au fil des années des attributions supplémentaires arrivent mais la production plafonne à 360 000 litres pendant plus de 20 ans.

Une stratégie revisitée

 Avec l’instauration des quotas les associés ont dû revisiter leur projet initial. La production laitière étant plafonnée, celle des betteraves sucrières également, la spécialisation en pommes de terre s’est imposée. “Durant cette décennie l’usine Mac Cain s’est installée dans la région. La société a proposé des contrats aux producteurs des Flandres, c’était une réelle nouvelle donne”.

Contractualisation, les enjeux pour demain

Bernard et son frère se sont intéressés à ces contrats, les prix proposés étaient variables selon les dates de livraison et la qualité (majoration possible de plus de 20 %). Pour les associés, combiner le marché du frais et ses fluctuations importantes de prix avec l’engagement sur des volumes, des calibres, des cotations, des critères de qualité, des périodes de stockage et de livraison, était une grande marche à franchir. Au terme de leur réflexion, Bernard et Gérard ont choisi de saisir cette opportunité et de franchir le cap. “La surface est montée progressivement à 28 ha, un bâtiment de stockage aux normes a été construit”. Pour les deux associés cette contractualisation a permis de sécuriser les débouchés et les prix, de bénéficier selon la période d’offres de livraisons supplémentaires, qu’ils ont acceptées ou refusées selon les conditions techniques et financières du moment. Par ailleurs, ces choix impliquaient d’adapter l’organisation du travail. Chacun était responsable de son atelier, de l’organisation des tâches principales. En revanche, pour les périodes de pointe et pour les week-ends d’astreinte une organisation s’est mise en place, Gérard étant plus “cultivateur” s’est vu épauler par son frère Bernard, plus éleveur. Les résultats techniques et économiques étaient bons

Changement de génération et retour en force du lait

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En 2005, Gérard, cède ses parts à son fils Christophe. Avec cette installation, des surfaces et des quotas supplémentaires sont venus étoffer la capacité de production de l’atelier lait. Conséquence, les associés ont dû adapter leur outil de production aux nouvelles possibilités. Les mises aux normes nécessaires ont été réalisées, l’implantation de robots de traite a été décidée. Ces investissements ont permis de porter le potentiel de production à hauteur de 1 200 000 litres. Les associés ont fait le choix de rester fournisseurs de l’industrie laitière, pour des motivations structurelles et d’attachement à la production laitière. Leur objectif est d’être compétitif par rapport aux voisins européens. Un des principaux handicaps étant la faible rentabilité au regard du temps passé, les réponses apportées sont l’automatisation, l’agrandissement raisonné, la performance technique et le travail à plusieurs. Depuis 2005 et la mise en place progressive de la fin des quotas laitiers, Bernard ressent que les écluses s’entrouvrent, les possibilités d’obtenir des allocations supplémentaires et les propositions de certaines laiteries de produire au-delà du quota, payé en prix différencié B, sont plus nombreuses.

Un savoir-faire “réutilisable”

La gestion des contrats pommes de terre a appris aux associés à gérer les volumes disponibles, analyser si le prix était attractif par rapport au coût de revient et au marché libre. Aujourd’hui Bernard et Christophe transposent ce savoir-faire à leur production laitière. Depuis deux ans la laiterie leur a proposé de livrer des volumes supplémentaires avec un prix fixe et des engagements de livraison. Fort de l’expérience acquise, Bernard analyse les facteurs limitant pour ces engagements : vaches en lactation, aliments disponibles, prix proposé à comparer au coût marginal de production de ces volumes. Dans cette logique le contrat A est considéré comme le portefeuille du marché de base, les contrats B comme des opportunités avec les limites liées aux paramètres propres à l’élevage plus contraignants que pour les productions végétales, le cycle de production étant nettement plus long. Comme pour la production de pomme de terre, Bernard et Christophe choisissent de souscrire à ces contrats totalement ou partiellement selon les cas.

Les interrogations, les opportunités pour demain

L’arrivée des contrats a changé la relation client-fournisseur, Bernard est conscient, qu’à l’instar des pommes de terre et des betteraves, la production de lait doit “coller” au plus près du marché. Pour cela Bernard souhaite que la laiterie soit plus réactive par rapport aux évolutions de cours, au mois le mois par exemple comme cela se fait en Hollande. D’autre part, l’élevage est gourmand en main-d’oeuvre, en disponibilité (le robot ne fait pas tout), l’augmentation en taille du troupeau engendre des problèmes plus complexes à gérer comme le suivi technique et sanitaire. De ce point de vue le fait d’être en société, offre la possibilité de se compléter mais aussi de pouvoir se substituer l’un à l’autre. Pour Bernard “l’après quotas permettra d’avoir des ateliers avec des dimensions économiques rentables, des responsables et des tâches bien définies, synonyme d’une meilleure qualité de vie, et départ en vacances ou en week-end, l’esprit libre”.

La contractualisation, nouveau socle de l'agriculture

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Source : GERER POUR GAGNER - n° 36 -

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