Petit à petit, Emilien fait son nid

Yannick Groult

Petit à petit, Emilien fait son nid

Animé par le désir de faire autrement, Emilien Piroux a construit progressivement son élevage bio de cochons et de vaches allaitantes à Lavaudieu (Haute-Loire). Parti de rien, il fournit aujourd’hui 250 particuliers.

"Je produis en bio car je veux prouver qu’on peut travailler différemment"

Carrure de rugbyman et sourire jovial, Emilien Piroux assume son envie de ne pas faire comme tout le monde. Ses vaches parlent pour lui. Dans un pré marqué par la sécheresse, une vingtaine de mères paissent avec leurs veaux. Marrons, ocres, noires ou blanches, les Aubrac cohabitent avec les Limousines et les croisées. Encadré par l’Allier et la Senouire, le plateau du Brivadois (500 m d’altitude) offre des terres riches, caractéristiques de la Limagne de Brioude. Depuis mars 2008, Emilien y exploite seul 75 ha de céréales et de prairies, à Lavaudieu (Haute-Loire).

Toutes ses cultures servent à nourrir ses bêtes, 40 vaches allaitantes et 30 porcs à l’engraissement. « J’ai toujours voulu faire de la vente directe. J’ai besoin de contact », explique celui qui écoule la majorité de sa viande en colis de 5 et 10 kilos. Un choix rare en production porcine, car souvent incompatible avec la taille des élevages. En Auvergne, pays du jambon et du saucisson, ce producteur de 27 ans a fait « le pari de la viande fraîche ». Dans une région où la viande de porc est bon marché, il maintient ses tarifs à 7€ le kilo.

Mission accomplie ? Il est trop tôt pour le dire. Mais Emilien est déjà fier d’être « toujours là après trois ans, alors que beaucoup m’attendaient au tournant ». Il livre régulièrement 200 à 250 clients à Brioude, Clermont-Ferrand et Carcassonne. Ce sont eux qui lui donnent « le goût d’avancer. » Il lui a fallu de la ténacité pour élever ses cochons en plein air, gérer le stress et les maladies dues aux sangliers. Le tout sur le fil du rasoir, car « dans cette production, dix joursde retard suffisent pour tout perdre. »

Foin « homéopathique »

Ses parents n’étant pas agriculteurs, Emilien est parti de rien. Armé d’une furieuse « envie d’avancer », il a mûrement réfléchi son projet. Juste un exemple : « J’ai adapté le gabarit de mes bovins à mes terres séchantes. » Ses génisses pèsent en moyenne 350 kilos de carcasse. « Ainsi, elles vêlent facilement. Si elles étaient plus grosses, je ne produirais pas assez pour les nourrir, et ma remorque frigo serait trop petite. » Sans compter les clients supplémentaires à trouver, « ce qui impliquerait plus d’heures de travail ». Entièrement autonome en céréales, ce jeune passionné de pédologie donne à ses bêtes du « foin homéopathique ». Auparavant occupées par un élevage extensif de moutons, ses prairies recèlent « 45 espèces de plantes, dont des médicinales ». L’éleveur pratique un engraissement long, «pour la saveur», avec des céréales et protéagineux cultivés, puis aplatis ou broyés sur l’exploitation.

« Je voulais prendre mon temps pour bien choisir »

Partisan d’une installation progressive, Emilien a acquis ses terres en deux fois. Il a commencé à acheter ses génisses dès la fin de ses études. Pas besoin d’attendre presque deux ans avant de vendre sa viande, le temps qu’elles vêlent, puis que les veaux grandissent. Après avoir obtenu son BTS et un certificat de spécialisation en bio’, il n’a pas eu peur de se mettre en danger. Il est parti six mois en Irlande faire un stage dans une ferme laitière. «Pourtant, j’étais très timide… et le dernier de la classe en anglais ! se souvient-il. Cela m’a ouvert l’esprit.»

De retour en Haute-Loire, « je voulais prendre mon temps pour bien choisir». Mais une opportunité bouscule son calendrier : une ferme se libère à Lavaudieu.

Proche d’un des plus beaux villages de France, en bordure d’une route nationale, elle est idéale pour la vente directe. Montant des 52 ha de terres et du corps de ferme : 370000€. « Sans la Safer, je n’aurais jamais eu ces terres », reconnaît-il. Sans ses proches non plus. Il a acheté les bâtiments avec l’aide de son père. Avec cinq autres membres de la famille, il a monté un Groupement foncier rural (GFR) pour racheter les terres. C’est ainsi que sa mère secrétaire, sa compagne animatrice dans le syndicalisme agricole, son oncle céréalier dans le Loiret, son cousin boulanger à Brioude et sa tante éducatrice spécialisée à Clermont-Ferrand se sont retrouvés embarqués dans le projet.

«Comme je ne suis pas encore en vitesse de croisière, ils ne me demandent pas de loyer », précise l’éleveur auvergnat. Ce montage lui a permis de réduire son investissement à 110000€. Mais pour l’heure, il «fait une croix » sur son salaire pendant trois ans, « pour être opérationnel le plus vite possible ».

L’importance de la solidarité

Déterminé et passionné, Emilien connaît aussi l’importance de la solidarité. Comme avec son voisin, qu’il aide à cultiver ses plantes médicinales en échange de 16 ha de foin. Ou comme avec son père, serrurier-métallier à la retraite, qui lui a fabriqué ses râteliers. C’est aussi avec six éleveurs bio du Brivadois qu’il construira dans quelques mois un atelier de découpe collectif. Un outil qui leur ouvrira des débouchés chez des restaurateurs et cantines scolaires.

Pour cela, il faudra « fournir une qualité et des volumes constants. » Obligé par son métier de « toujours penser deux ans à l’avance », Emilien ne manque pas d’idées pour l’avenir. En parallèle d’un projet de chambres d’hôtes, l’atelier collectif lui permettra d’élargir sa gamme aux produits transformés. De quoi se développer progressivement, et préparer l’arrivée de sa compagne Aurélie sur la ferme.

Publié par Yannick Groult

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