Quand l’agriculteur devient chef d’entreprise

Jacques Mathé, Economiste

Quand l’agriculteur devient chef d’entreprise

La terminologie “chef d’exploitation” désigne plus souvent un producteur agricole qu’un chef L’entreprise. Le producteur agricole est centré sur l’acte de production,sur sa maîtrise technique du pilotage d’un atelier (ou plusieurs). Ses compétences se mesurent à sa capacité à améliorer en continu la performance productive d’une production animale ou végétale.

Pour passer au stade de chef d’entreprise, le producteur doit donc muer;

Cette focalisation sur l’activité productive a été encouragée, notamment depuis les années soixante, par la division des fonctions à l’intérieur des filières agricoles et par les filets de sécurité des politiques publiques de soutien à la production. Les fonctions de logistiques et de première transformation sont déléguées à des entreprises coopératives ou à des négociants, les fonctions commerciales et de deuxième transformation à des industriels et la fonction distribution au commerce alimentaire.

Un agriculteur est avant tout un chef d’entreprise

Cette division des fonctions, qui a montré toute son efficacité, a aussi eu le défaut d’éloigner l’agriculteur de la réalité des marchés et de l’objectif final de l’entreprise : satisfaire un client. La concentration des exploitations agricoles, la libéralisation et la segmentation des marchés, les opportunités de développement (agriculteurs qui s’approprient les fonctions autrefois déléguées en commercialisant directement leur production) font évoluer les compétences du producteur vers une fonction de chef d’entreprise. Cela nécessite de faire évoluer les missions techniques (qui sont toujours essentielles à la performance économique) vers une dimension plus stratégique,
qui impose une ouverture vers l’extérieur pour saisir des opportunités (investissements, développement, nouvelles productions…), pour allouer les moyens (financement du développement), pour mobiliser des ressources pour créer de la valeur (choix entre différentes productions en fonction de ses atouts ou contraintes). La vision stratégique permet aussi de faire les choix de partenariats et de gérer
le risque entrepreneurial.
- Quel partenaire pour chacune de mes productions ?
- Qui assurera la continuité commerciale de l’exploitation ?
- Qui est capable de valoriser au mieux mon acte de production ?
- Qui m’accompagne financièrement, à quelles conditions ?
- Avec qui partager ou déléguer la fonction travail ? : des salariés, des associés, des prestataires…

Cette question de la délégation du travail est la plupart du temps un passage obligé pour les exploitations qui connaissent un développement important. En la matière les agriculteurs ont des habitudes d’entraide, de collaboration, de partage du travail entre
producteurs mais on ne peut pas dire qu’ils soient tous familiers avec la gestion du personnel.

Source : Gérer pour Gagner - n° 35

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