Menu
PleinchampTV Lettre d'info

Solidarité professionnelle : Installer un jeune avec 3000 euros

Claudine Galbrun

Mark Angeli, vigneron en Anjou, est l'un de ces parrains qui aident de jeunes vignerons à s'installer avec un budget de seulement 3000 euros.

S'installer en tant que vigneron avec 3 000 euros… Un budget minimaliste qui pourrait même paraître irréaliste. Et pourtant, la chose est possible. “ D'abord parce que le prix des vignes est dérisoire en Anjou, conséquence du départ en retraite de nombreux baby boomers ”, explique Mark Angeli de la ferme de la Sansonnière. “ Et puis, il faut commencer par s'installer sur une petite superficie, soit un ha tout en continuant une autre activité ou au maximum sur 3 ha, si le conjoint travaille à l'extérieur. Il ne faut pas en tous cas dépasser 3,30 ha pour des raisons fiscales puisque alors s'applique le régime du bénéfice réel et il faut se payer les services d'un comptable. Le but étant d'éliminer toute source de dépense. Mieux vaut aussi opter pour le vin de France et non pas l'AOC. Ce qui évite de cotiser à l'interprofession. ” Pour ce qui est du matériel, l'objectif, là encore, est de limiter les dépenses au maximum. “ Chaque cas est bien sûr différent. Le cas d'école parfait étant l'installation de trois jeunes sur une exploitation de 10 ha. Ce qui permet l'acquisition d'un tracteur à trois. Si le jeune est seul, on se débrouille. Sur une parcelle plantée avec des porte-greffes vigoureux, par exemple, nous conseillons au jeune d'enherber totalement et d'acheter une débroussailleuse. Côté traitement, un pulvérisateur à dos motorisé suffit. On échange aussi des passages de charrue contre de la main-d'oeuvre. Pour ce qui est des vendanges, je prête mon matériel. Au chai, on peut trouver un pressoir vertical d'occasion dans des brocantes pour 150 euros. Avec les barriques, l'investissement se monte à environ 1 500 euros. ”

Mark Angeli, vigneron en Anjou : “ Je n'ai plus besoin de faire de la pub pour vendre mes vins. Je vante le vin de ces jeunes. Je mets ma notoriété à leur service. ” (jimsloire.blogspot.com)

Mark Angeli, vigneron en Anjou : “ Je n'ai plus besoin de faire de la pub pour vendre mes vins. Je vante le vin de ces jeunes. Je mets ma notoriété à leur service. ” (jimsloire.blogspot.com)

Quant à la commercialisation des vins, les parrains s'en occupent. “ La région compte une vingtaine d'individualités fortes comme Jo Python, Richard Leroy, Olivier Cousin ou Cyril Le Moing qui se chargent de faire de la publicité à ces vins. Nous forçons quelque peu la main de nos clients. En ce qui me concerne, à mes débuts, j'ai été aidé par les journalistes et aujourd'hui, je n'ai plus besoin de faire de la pub pour vendre mes vins donc je vante le vin de ces jeunes. Je mets ma notoriété à leur service. ” À condition toutefois que ces jeunes s'engagent à travailler en bio et produisent des vins de grande qualité.

Deux qualités : le courage et l'humilité

Tous les conseils et l'aide que Mark Angéli et les autres “ anciens ” vignerons prodiguent à ces jeunes sont gratuits. “ Nous demandons juste à ces jeunes de ne pas nous décevoir et d'aider à leur tour quand ils seront bien installés d'autres jeunes. Nous leur demandons également deux qualités : le courage et l'humilité. Car pendant cinq ans, le temps qu'on les suit au plus près, il va leur falloir bosser comme des fous pour atteindre la perfection et ce n'est pas la peine qu'ils se prennent la grosse tête parce qu'ils auront vendu 600 bouteilles. Rien n'est jamais acquis. ” Cette histoire de solidarité intergénérationnelle a commencé en 1995 et depuis, plus d'une vingtaine de jeunes sont devenus vignerons en Anjou. Ils sont tous originaires d'autres régions, voire d'autres pays. “ Cette année, nous avons un Japonais, un Italien et un Anglais. Et ce sont souvent des gens qui ont un bagage intellectuel supérieur. ” Quand on demande à Mark Angéli ce qui le pousse à tendre la main à ces jeunes, il se rappelle ses débuts de vigneron. “ Quand je suis arrivé en Anjou, il y a 22 ans, n'étant pas de la région, tout le monde a dit que j'en avais pour un an et que l'affaire serait vite pliée. Il est vrai que je suis passé à côté de la catastrophe. Alors je ne veux plus être le seul mouton noir et puis je veux que notre région soit reconnue pour la qualité de ses vins. L'Anjou est aujourd'hui au fond du panier mais les choses, notamment grâce à ces jeunes, sont en train de bouger. ”

Source Réussir Vigne Juin 2011

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires