A chaque année son profil de campagne …

Pierre-Yves LELONG

A chaque année son profil de campagne …

Chaque campagne de pommes de terre livre son lot d’événements qui contribuent à construire le contexte de la filière. De nombreux paramètres, allant de la production aux marchés, lui confèrent chaque année un caractère atypique, malgré la remise à zéro des principaux compteurs en début de campagne. Il en résulte des situations d’étonnement, de déconvenue, d’émerveillement qui se traduisent par des passages fréquents de l’euphorie au pessimisme et inversement, et qui se retrouvent dans les décisions des planteurs.

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La campagne 2013-2014 débute

Le NEPG (Groupe des producteurs de pommes de terre du Nord-Ouest Européen) estime à 4% la hausse de la surface de pommes de terre par rapport à 2012, principalement en Belgique et aux Pays Bas. Mais les estimations de productions, autour de 23 millions de tonnes, sont à la baisse de 5,1 %, comparées à la production moyenne des 5 dernières années et de 1,3 % supérieure à celle de 2012. Les conditions de plantations et de croissance n’ont pas été optimales, avec un début de saison trop froid et trop humide, suivi par un été sec et chaud.

La progression de 3,5 % des surfaces en France fait suite à un léger tassement des surfaces de - 0,2% en 2012. Les hectares supplémentaires sont essentiellement observés en Nord-Pas de Calais, Champagne - Ardennes et dans la région Centre. Cette dernière confirme sa troisième place « en surfaces » après le Nord-Pas de Calais et la Picardie.

Les rendements varient fortement à travers les pays du NEPG, en fonction des pluies reçues en août et des capacités d’irrigation. Pour la France, le rendement moyen constaté (48,3 t) serait supérieur à celui de 2012, mais inférieur à la moyenne 2001- 2012. Dans l’ensemble des pays du NEPG, la qualité est au rendez-vous avec toutefois un calibre moyen peu élevé. Les teneurs en matière sèche sont bonnes et pourraient permettre un meilleur rendement industriel. Finalement, par rapport à l’année dernière, la récolte totale est estimée en hausse de 300 000 tonnes seulement. Selon le FIWAP (filière wallonne de la pomme terre), les estimations pour l’UE à 15 évaluent provisoirement la récolte 2013 autour de 40 millions de tonnes, contre 41 Mt en 2012 et 43,8 Mt pour la moyenne des cinq dernières années. De nombreux pays de l’UE à 28 annoncent une baisse de production dont les Pays- Bas, l’Espagne, l’Italie, la Hongrie ou encore la Pologne. En Italie, les besoins annuels tournent autour de 2,2 Mt, alors que la récolte 2013 serait à peine de 1,5 Mt. Quelques pays sont en hausse de production, parmi lesquels la Grande-Bretagne (grâce au rendement), la Belgique (grâce aux surfaces), la France et l’Irlande (grâce à la combinaison surfaces /rendement).

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Un marché intérieur porté par des consommateurs fidèles

Les ventes en France représentent à l’état frais 1,1 million de tonnes, dont 140 000 tonnes à la restauration hors foyer et 1 million de tonnes au détail, dont 80% commercialisés par les circuits de la grande distribution. Les industries de transformation utilisent près de 1 200 000 t de la production, dont les 2/3 pour la fabrication de frites surgelées et de purée en flocons. Malgré des prix soutenus jusqu’au printemps 2013, les achats sont restés supérieurs de 2% à la moyenne des cinq campagnes précédentes. Le nombre de ménages acheteurs varie selon le type de pommes de terre considéré. La pomme de terre en l’état est achetée par neuf ménages sur
dix chaque année. Les frites et spécialités surgelées sont achetées au moins une fois par an par 77% des ménages et les chips par 74%. La pomme de terre en l’état, les produits surgelés et les chips voient le nombre de ménages acheteurs régulièrement augmenter, au contraire des purées déshydratées et des produits de 5e gamme.

A cette consommation, doit être ajoutée la consommation non marchande de pommes de terre. En effet, la production des jardins peut être estimée à 350 000t en moyenne sur la base des ventes de plants pour les jardins ; à ce chiffre, s’ajoute l’autoconsommation agricole des producteurs...

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L’export : un débouché majeur pour la pomme de terre française

Les exportations françaises ont fortement progressé depuis 10 ans, atteignant aujourd’hui entre 1,8 et 2 millions de tonnes chaque année. Les principaux clients de la France sont l’Espagne et l’Italie, ainsi que le Portugal, le Royaume-Uni et l’Allemagne pour le marché du frais, et la Belgique et les Pays-Bas pour l’industrie de transformation. En 2012-2013, le commerce extérieur de pommes de terre de conservation a été autant décevant en volumes qu’il a été excellent en valeur. La demande anglaise a créé un flux d’importation sans
précédent qui s’est établi à 290 000 t en cumul d’août 2012 à juillet 2013, soit 220 000 t de plus que les campagnes précédentes. 

Cette demande anglaise a permis aux exportations françaises de rester à un niveau convenable de 1,7 Mt. La demande des pays du Sud de l’Europe (Espagne, Italie, Portugal), qui se situe habituellement autour de 60% des exportations françaises, a été très diminuée. Cette tendance s’observe sur les trois dernières années. Ce phénomène, particulièrement marqué lors de la dernière campagne, est
loin d’être seulement causé par les prix élevés du marché. L’Allemagne a également fortement concurrencé les produits français, notamment en Italie et accessoirement aux Pays-Bas. L’Allemagne a d’ailleurs dépassé la France en volumes d’exportation, l’Hexagone restant tout de même premier en valeur. Malgré tout, la campagne à l’export aura été lucrative, grâce aux prix élevés : 500 millions d’euros cumulés entre août 2012 et juillet 2013, soit le double de la campagne précédente.

Une évolution des métiers du négoce

Au fil du temps, une segmentation de plus en plus poussée s’opère sur le marché, avec la montée en puissance des couples « produits-marchés » où la phase de conditionnement revêt une dimension croissante (types de conditionnement et nombre de références). Une partie de la valeur ajoutée (lavage, conditionnement) se déplace vers les lieux d’importation; la croissance des volumes a en partie
jugulé le phénomène. Le métier se professionnalise autour des marchés cibles, malgré l’atomisation persistante des acteurs du négoce. En effet, sur les mêmes marchés cohabitent des négoces purs et des producteurs- conditionneurs-négociants…

Les différentes situations de la production dans les pays importateurs et chez les concurrents exportateurs laissent présager des opportunités commerciales intéressantes. Toutes ces données incitent les observateurs des marchés à l’optimisme et permettent aux
acteurs de la filière d’espérer une bonne activité à l’export vers l’Europe du Sud et de l’Est pour la saison qui vient, et le maintien de la consommation intérieure à un bon niveau. Les cotations actuelles du marché à terme (Eurex-Francfort-Industrie) confirment cette tendance.

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