Abaissement des seuils de l'assurance climatique : la porte est entrouverte

Lise Monteillet

Abaissement des seuils de l'assurance climatique : la porte est entrouverte

Les propositions de la Commission européenne sur la simplification de la Pac ont été largement débattues lors du congrès de l’AGPB, à Orléans, le 9 février.

Abaisser le seuil de déclenchement subventionné de l’assurance climatique de 30 à 20 % ? L’Europe y pense sérieusement. Cette opportunité doit être saisie, selon Philippe Pinta, président de l’AGPB. « La campagne 2016 a mis en lumière, s’il en était besoin, l‘accélération de la fréquence des risques climatiques extrêmes », explique-t-il. Pourtant, en grandes cultures, 26 % des surfaces seulement sont couvertes par l'assurance récolte. C’est dire s’il est urgent d’améliorer l’efficacité de ce dispositif, selon le représentant des céréaliers.   

Dans une série de propositions « Omnibus », la Commission européenne a fait un pas dans le sens d’un abaissement des seuils finançables par l’Union européenne.  « Le commissaire a ouvert la porte, il faut finaliser », exhorte Yves Madre, directeur du think tank Farm Europe. Invité à s’exprimer lors du congrès des céréaliers, il a estimé que cet abaissement, si l’assurance climatique couvrait 75 % des surfaces, représenterait un budget de 3 milliards d’euros. Pour lui, « cela vaut le coup » de tenter l’expérience.

Comment abonder le budget destiné à l'assurance climatique ? « Par un transfert de nos DPB », n'hésite pas à proposer François Jacques, secrétaire général adjoint de l’AGPB. Il ajoute : « C'est tout à fait jouable, à condition qu’on supprime le paiement redistributif ». L’assurance climatique ne doit néanmoins pas devenir « obligatoire », à ses yeux. Elle fait plutôt partie d’une large panoplie d’outils de gestion du risque à disposition de chaque agriculteur. L’AGPB est tout aussi favorable, par exemple, à l’épargne de précaution individuelle, à l’assurance chiffre d’affaires ou aux marchés à terme. 

Un système à équilibrer

Thierry Martel, directeur général de Groupama SA, tient quant à lui à tenir « un langage équilibré » sur la question de l’assurance climatique. En 2016, « les outils ont joué leur rôle, mais pas suffisamment », confesse-t-il. Dans le même temps, il estime que son assurance « a géré l’assurance climatique bénévolement depuis 11 ans » et s’interroge sur « l’équilibre économique du système » qu’il reste à trouver.

Avant que l’abaissement du seuil soit approuvé par les instances européennes, il reste un bout de chemin à parcourir. « Cette mesure sera soutenue par le Parlement européen », analyse Michel Dantin, député européen, qui se montre plus réservé sur l'appui du Conseil européen.

Les opportunités ouvertes avec « Omnibus » doivent être regardées de près, pour le député, car la prochaine réforme de la Pac n’est pas pour tout de suite. A Bruxelles, il règne la volonté d’étendre la durée de vie des politiques agricoles. À cela s’ajoute un climat d’incertitude depuis le Brexit. Le Royaume-Uni est un contributeur net du budget européen, à hauteur de 3 milliards d’euros pour la partie agricole. Pour compenser cette perte, « personne ne veut payer mais personne ne veut lâcher quoi que ce soit », résume Michel Dantin.  Pour que la France regagne de l’influence au sein des instances européennes, celui-ci souhaite restaurer « une vraie diplomatie agricole ». Il invite ainsi les organisations agricoles à adopter un « mode de pensée collectif ». 

Pour découvrir l’ensemble des propositions de l’AGPB :  Quatre outils de gestion des risques plébiscités par l’AGPB

Commentaires 2

ESCHENMANN PHILIPPE OU MME "CLOCHE215"

il y en a vraiment qui se démènent pour absolument faire bien vivre les assurances au détriment du PAYSAN....

PàgraT

Ces messieurs de l'AGPB désirent réorienter à leurs profits les aides européennes en misant sur les assurances.Leurs exploitations de grande dimension ont laissé des plumes lors de la dernière réforme de la PAC. Nul doute qu'ils sauront être en première ligne pour récupérer des indemnisations opaques au détriment des petits exploitants qui hésiteront à se lancer dans des démarches pour des petits subsides.

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