Agritel : Réguler la spéculation plutôt que la refuser »

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Agritel : Réguler la spéculation plutôt que la refuser »

En écho aux propos de Nicolas Sarkozy sur la régulation des marchés des produits agricoles dans le cadre du G20, Michel Portier, directeur d'Agritel*, estime qu'il est nécessaire de mettre des outils de gestion du marché en place, sans tomber dans le piège de l'interventionnisme.

La spéculation est montrée du doigt depuis l'envolée des cours de céréales en 2007, puis en juillet 2010. Pour Michel Portier, elle n'est pourtant que l'illustration de la volonté, de la part des opérateurs, d'anticiper un équilibre futur. En d'autres mots, les fonds spéculatifs ne font, pour lui, qu'accélérer un mouvement de prix aussi bien à la hausse qu'à la baisse. «Sans les fonds nous serions tout de même aujourd'hui à 260 € la tonne de blé», estime-t-il.


Connaître le poids des spéculateurs

Mais quel est le poids réel de ces spéculateurs en Europe ? Impossible de répondre aujourd'hui à cette question, estime Michel Portier. En effet, contrairement au marché boursier des matières agricoles de Chicago (où l'activité des fonds représente environ 30% des opérations), on ne connaît pas, sur Euronext, la nature des activités des acteurs boursiers (commerciale ou spéculative ?). Le poids des spéculations n'est donc pas mesurable.

Agritel préconise donc, comme aux USA, de mettre en place une identification des opérateurs (financiers, commerciaux, producteurs, spéculateurs…) à l'ouverture de leurs comptes et de rendre public l'évolution de leurs positions détenues sur le marché à terme. Une mesure qui, selon Michel Portier, devrait être mise en place dès le mois de mai 2011.



Contrôler la volatilité à court terme

En ce qui concerne la volatilité, le directeur d'Agritel estime que «vouloir gérer la volatilité est extrêmement complexe et qu'il est aussi important de donner aux agriculteurs les outils pour vivre avec». Toutefois, il lui parait vertueux, comme l'a proposé Nicolas Sarkozy, de mettre en place des limites quotidiennes de fluctuations de marché, comme cela existe sur de nombreuses places boursières dans le monde. « Pourquoi pas 5% ?» propose Michel Portier. On éviterait ainsi, comme le 5 août dernier, de voir le cours du blé grimper de 25 euros en une seule journée.



Constituer des stocks de sécurité

L'expert des marchés agricoles donne également son satisfecit à l'idée de constituer des stocks de sécurité. « Constituer des stocks de sécurité ou stratégiques peut avoir un sens s'ils sont réalisés dans les pays importateurs et non pas chez les exportateurs » explique-t-il. Actuellement, si les stocks mondiaux de blé affichent des niveaux acceptables, les USA concentrent à eux seuls 60% des disponibilités et leurs outils portuaires sont à saturation, d'où la tension sur les prix. « Si le stock était chez les importateurs, on n'assisterait pas à de tels à-coups sur les prix » explique-t-il.

Agritel préconise donc de financer des stocks de réserve dans les pays structurellement déficitaires. « Financer au niveau mondial à travers le FMI ou la FAO ces stocks, aurait un double impact : diminuer le risque de famine et réduite les impacts d'une demande soudaine sur les marchés ».estime-t-il.

Une banque de données mondiale

Par contre, Michel Portier ne croit pas en l'utilité de la mise en place d'une banque de données mondiale pour mieux connaître l'état des stocks, des demandes et des productions réelles de chaque pays. « Il sera difficile de collecter plus d'informations que ne collecte déjà l'USDA qui communique un bilan pays par pays chaque mois » estime-t-il.

Qui plus est, c'est surtout le manque de données et de transparence des marchés asiatiques, dont le poids est de plus en plus important, qui est source d'incertitude et donc de tension sur les prix. Or « ce n'est pas parce que l'on va créer une banque de données mondiale que la Chine va nous communiquer de façon plus sereine ses chiffres ». Quoi qu'il en soit, pour Michel Portier l'information est plutôt source de volatilité que de non-volatilité !

* Agritel est une société spécialisée dans la gestion du risque de prix dans le secteur agroalimentaire et agroindustriel

Publié par SC

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