Alexandre Gohin, chercheur en économie et sociologie rurale à l'Inra : L'agriculteur français a moins la fibre commerciale»

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

La spéculation, honnie par les uns, utile pour les autres, est un sujet présent dans toutes les bouches du monde agricole. Accentuée par le manque de règlementation, la volatilité des prix est en effet source de nombreuses interrogations et inquiétudes. Alexandre Gohin, chercheur en économie et sociologie rurale à l'Inra ne voit ce phénomène «ni comme une bonne, ni comme une mauvaise chose».

Sur le plateau de Terre d'Infos, au SIA, Alexandre Gohin rappelle que les premiers marchés à terme furent créés à Chicago dans les années 1850 par des agriculteurs. La spéculation sur les cours du blé et du maïs consiste, pour lui, simplement en un pari sur la production de demain. L'agriculteur sème en espérant une bonne récolte et le spéculateur parie sur le fait que les prix vont être plus ou moins élevés par rapport aux cours actuels.

Aujourd'hui, des acteurs étrangers à la profession agricole se sont lancés dans la spéculation sur les marchés à terme. Souvent perçu de manière négative, cela à plutôt tendance à lisser les fluctuations du marché, estime Alexandre Gohin. Les propos de Mr Gohin vont donc largement à l'encontre de la plupart des idées reçues en France, où les opérateurs participent peu à ces marchés.


Mieux former les agriculteurs

Il déplore par ailleurs un manque de pédagogie en France sur ces outils : «autrefois l'agriculteur ne se souciait pas de la volatilité des prix car les politiques de la PAC s'en chargeaient, mais ce n'est plus le cas». Il existe désormais des formations subventionnées pour leur apprendre à gérer ce nouvel aspect de leur profession ainsi que des entreprises de conseil pour les aider. Mais, selon Mr Gohin, ce qui compte le plus pour un agriculteur n'est pas le prix de son produit sur le marché mais le revenu qu'il tire de sa production.

Si les agriculteurs des autres pays européens tendent à être mieux formés, ils ont surtout une approche différente à la spéculation. L'agriculteur français, plus prudent voire pessimiste par nature que celui des pays du Nord, a moins la fibre commerciale et prend moins de risques.


Un manque de transparence sur les marchés à terme

Il y a également en France un manque de transparence sur les marchés à terme spécialisés, tandis qu'aux USA il existe déjà des contrats standards, des négociations sur les marchés de «gré à gré», ainsi que de nouvelles lois empêchant les manipulations par des acteurs profitant de la volatilité des prix.

La France va tenter, à la prochaine réunion du G20, de pousser à la création de mesures de régulation de ces marchés, ce qui est malheureusement perçu par les autres pays membres comme un désir de toucher des aides supplémentaires. Ce n'est pourtant pas le cas, la régulation en question devant s'opérer à l'échelle mondiale. Il faut désormais souhaiter une avancée dans les négociations pour atteindre une stabilisation du marché qui sera bénéfique à tous.

Source Les clés pour comprendre, Terre d'Infos

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