Betteraves : une production record et une campagne qui s’allonge

Lise Monteillet

Arrachage de betteraves sucrières.

Une production à son plus haut niveau, dans un contexte de volatilité accrue… Les planteurs de betteraves réalisent d’importants efforts d’adaptation à l’occasion de cette première campagne depuis la fin des quotas.

Néonicotinoïdes : la CGB veut une dérogation

S’il est bien une interdiction qui inquiète la CGB, c’est celle des néonicotinoïdes. Cette famille de produits chimiques est utilisée pour enrober les semences, afin de lutter contre la jaunisse virale. « Nous demandons une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes pour les betteraves », interpelle Eric Lainé. Sans cela, la CGB craint des pertes de rendement entre 10 et 50 %. Le syndicat rappelle que les néonicotinoïdes permettent d’éviter des pulvérisations et que la betterave ne produit ni fleur, ni pollen. Dans ces conditions, « pas de risque pour les abeilles », insiste la CGB. 

« 44,2 millions de tonnes de betteraves à 16°S devraient être produites » en France, estime la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), en précisant que la récolte n’est pas encore terminée.

Un tel niveau de production est un record qui s’explique notamment par une hausse des surfaces de 20 % par rapport à l’année précédente. Cet accroissement de la sole doit permettre à la filière « de gagner en compétitivité » selon la CGB, alors que les planteurs de betteraves vivent leur première campagne sans quota.   

Le rendement est évalué à 93 tonnes de betteraves à 16°S/ha. Il est largement supérieur à la moyenne des cinq dernières années, qui est de 89 tonnes à 16°S/ha. La production française de betteraves devrait donc fournir 6,1 millions de tonnes de sucre.

À quel prix ?

Selon les estimations de la CGB, « l’état actuel des marchés donne une betterave à 22 €/t (hors pulpe) ». Ce chiffre est à prendre avec des pincettes. Comme le rappelle le syndicat betteravier, il « ne reflète que le début de la campagne sur le marché spot » et « ne tient pas compte des stratégies commerciales des entreprises », qui ont pu se couvrir sur le marché à terme. Ainsi, en février 2017, elles pouvaient payer une betterave à 26 €/t (hors pulpe).

Hausse des exports en vue

Sur les 6,1 millions de tonnes de sucre, 1,7 million de tonnes sont destinées au marché français, à des fins alimentaires, soit autant que l’an passé. 2,4 millions de tonnes seraient acheminées vers l’Europe, soit 400 000 tonnes de plus que la campagne précédente. Les principaux pays destinataires sont l’Espagne, l’Italie et la Grande Bretagne. Mais plusieurs risques pèsent sur ces marchés, dont la conclusion de traités de libre-échange à l'échelle internationale et le Brexit. 1,1 millions de tonnes seraient affectées à l’export dans le monde (Moyen Orient, Afrique du Nord, pays européens hors de l’Union européenne, Afrique de l’Ouest…). 700 000 tonnes supplémentaires viendraient ainsi étoffer ce débouché international.

L’éthanol, un marché complémentaire

Il est prévu 0,9 million de tonnes de sucre pour l’usage non alimentaire, dont l’éthanol. Ce poste est en augmentation de 0,1 million de tonnes par rapport aux campagnes précédentes. Concernant l’éthanol, la CGB porte deux fortes revendications. Le syndicat dit « stop » à l’intégration d’huile de palme dans les essences. À l’échelle européenne, il souhaite aussi qu’un objectif de 15 % d’énergie renouvelable soit fixé dans le secteur des transports en 2030, avec la possibilité de fournir 7 % de biocarburants de première génération.

Un rallongement des campagnes   

Les 26 000 betteraviers français doivent faire face à un « marché libéralisé » dans un contexte de « concurrence accrue », rappelle Eric Lainé, le président de la CGB. La filière fait des efforts pour gagner en compétitivité, ce qui se traduit par un allongement des campagnes de récolte. La durée d'arrachage est cette année de 133 jours en moyenne, contre 100 jours l’an dernier. Cela a engendré de nouvelles contraintes pour les producteurs qui font face à des arrachages précoces et à des enlèvements tardifs. À ce sujet, Eric Lainé demande que « les indemnités d’arrachage précoces soient relevées ».

Se protéger contre la volatilité

Par ailleurs, la CGB demande une plus grande « transparence » sur le cours de la betterave, ainsi que le développement d'outils de gestion du risque adaptés. Plusieurs solutions sont citées par la CGB : la contractualisation diversifiée grâce aux marchés à terme, l’épargne de précaution, l’assurance récolte ainsi qu'un instrument de stabilisation des revenus sectoriels. 

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