Blé 2014 : finalement, pas trop de mal

Crédit Agricole – Service Agriculture et Agroalimentaire

Blé 2014 : finalement, pas trop de mal

Les graves problèmes de qualité dont souffrait la récolte 2014 ont pu être en partie neutralisés, surtout par des efforts accrus sur le grand export.

D’une manière atypique, les exportateurs ont pu développer des ventes de blé fourrager et trouver des destinations nouvelles et lointaines, alors que les clients habituels du Maghreb recherchaient ailleurs leurs blés meuniers - sauf l’Egypte dont la France est cette année devenue le premier fournisseur.
Cela grâce à la baisse de l’euro, au retrait partiel de la Russie et à un coût du fret très faible. Le stock final est ainsi moins élevé qu’initialement anticipé, mais il s’ajoutera à une future récolte qui pourrait être très abondante, au vu de semis record. La filière met en place diverses mesures pour améliorer la qualité future.

DES PROBLÈMES DE QUALITÉ À RÉSOUDRE

Le blé français a connu une récolte record en 2014, mais des problèmes de qualité eux aussi exceptionnels ont fortement inquiété la filière : taux de protéine faible et dégradation de l’amidon traduite dans un faible « temps de chute de Hagberg ». La qualité boulangère était ainsi très fortement diminuée en moyenne, et beaucoup de blés se retrouvaient en qualité fourragère.

Les perspectives étaient ainsi plutôt ternes, avec en octobre 2014 des prévisions d’exportations à la baisse à moins de 16,8 Mt (pays tiers à 8 Mt) et des stocks en hausse, à 4,4 Mt. Les utilisations intérieures en revanche devaient augmenter, surtout en alimentation animale. En fait, cela n’a pas été le cas, car la concurrence du maïs, au prix écrasé par une récolte encore plus extraordinaire, a joué pleinement.

Le volume de blé consacré à la panification est pour sa part prévu plutôt en légère hausse (il ne représente de toute façon que 8 % de la récolte), mais l’approvisionnement n’a pas été très facile. Au total les meuniers ont pu être livrés relativement normalement grâce au travail des organismes stockeurs, suite aux investissements dans des tables densimétriques et à la reconstitution de lots plus homogènes.

Durant la campagne la qualité a cependant été très recherchée en meunerie, avec une prime de 30 à 40 EUR/t, bien supérieure à celle de l’année précédente. Ces différences de prix ne sont pas reflétées par le cours du blé Euronext/Matif (n° 2), c’est pourquoi a été créé un nouveau contrat Euronext n° 3 (qualité supérieure) qui a commencé à être coté en mars. Ses volumes ne sont cependant pas encore significatifs. De son côté, le nouveau contrat de blé en euros coté à Chicago qui était annoncé pour avril 2015 a désormais du plomb dans l’aile, l’opérateur américain (CME) ayant annoncé en mars que sa création restait à confirmer.

L’exportation vers l’Europe n’a pas non plus été très porteuse, compte tenu de la concurrence intérieure (Allemagne, Pologne, Lituanie...).

C’EST UNE NOUVELLE FOIS LE GRAND EXPORT QUI A ÉTÉ LE RECOURS

La prévision actuelle est remontée à 10,6 Mt pour les pays tiers, en retrait par rapport au record de l’année précédente, mais bien plus qu’initialement prévu.

bilan français blé tendre

Mais ni les produits exportés, ni les destinations ne ressemblent au schéma habituel. Les organismes stockeurs ont innové, la France a exporté beaucoup de blé fourrager et elle a trouvé une série de destinations inédites pour des petits volumes à chaque fois : en particulier en Asie, Thaïlande, Bangladesh, Japon, Philippines, Turquie, Mexique...
On peut mentionner aussi les remarquables exportations d’orges vers la Chine. Les destinations habituelles au Maghreb ont cependant fléchi : Algérie, Maroc, au moins en partie du fait de leurs exigences de qualité, notamment en Hagberg, peut-être aussi pour l’Algérie, l’effet de la baisse du prix de l’énergie sur les ressources du pays et enfin, face à la concurrence des autres pays européens.

En revanche, la France a réussi sur cette campagne à devenir le premier fournisseur du GASC, l’agence nationale d’importation égyptienne, alors que le débouché égyptien était toujours très en retrait habituellement. Elle a vendu jusqu’au 5 mai plus de 2 Mt (contre 660 000 t l’année précédente), devançant la Roumanie, la Russie et l’Ukraine. Les exportations françaises ont été aidées par trois facteurs : tout d’abord la baisse de l’euro. L’Europe dans son ensemble en a profité, avec des exportations encore supérieures au record de 2013/15, déjà considérable. Le prix de l’origine française s’est trouvé très compétitif sur l’ensemble de la campagne jusqu’en mai.

C’est un facteur capital pour l’Egypte qui cherche surtout des prix compétitifs et dont les exigences qualitatives sont un peu moindres qu’en Algérie. Un autre atout de l’origine France a été le ralentissement des exportations russes, traditionnellement très bien placées (et offrant un niveau de protéine particulièrement avantageux) : les freins à l’exportation, puis la taxe mis en place début 2015, ont pesé sur le blé meunier russe.

Enfin, le tarif du fret particulièrement bas a permis les exportations lointaines qui ont permis d’écouler certains lots.

POUR 2015 : DES SEMIS RECORD

Le stock prévisionnel de fin de campagne n’est ainsi plus que de 3,6 Mt en mai selon FranceAgriMer. Mais il serait ainsi à son plus haut niveau depuis 2000 au moins, et il contiendra beaucoup de blés de qualités difficiles à valoriser, donc la campagne n’en sera pas facilitée.
D’autant plus que la récolte pourrait être à nouveau importante : les semis de blé se situent selon les premières estimations à un niveau record (dépassé seulement au début du siècle dernier), à 5,2 Mha.

Dans ce contexte, la filière réfléchit beaucoup à la qualité, avec plusieurs initiatives pour la renforcer, car la dégradation progressive des blés français est dénoncée régulièrement. On leur reproche le faible taux de protéines, mais aussi l’humidité, la densité trop faible. Une nouvelle classification a été élaborée, précisant mieux les qualités et correspondant au nouveau contrat Euronext. Les producteurs ont annoncé
cette année un choix de variétés favorisant davantage le taux de protéines, et des programmes de terrain sont en cours pour optimiser les modalités de la fertilisation azotée.

Pièces jointes

Source Source : Prisme - note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire – n° 09 – Juin 2015

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