Blé dur : Les exportations françaises manquent de tonus

Nicole Ouvrard

Le Canada et les États-Unis ont revu fortement leur production à la hausse à la fin 2009 et ont gagné des parts de marchés à l'export.

Le prix du blé dur a perdu plus de 100 euros la tonne depuis le début de la campagne de commercialisation 2009-2010. Le Canada et les États-Unis ont chacun d'eux produit un million de tonnes de plus que ce qu'ils avaient annoncé en octobre 2009. Sur un marché aussi étroit, les conséquences sont immédiates. « Les erreurs d'estimations canadiennes sont dues à la sécheresse estivale. En fait, les pluies de septembre ont inversé la ten-dance, d'où une production de 5,5 millions de tonnes connue seulement à la mi-décembre », explique un représentant du Canadien Wheat Board lors du colloque sur le blé dur organisé par Arvalis le 28 janvier à Vendôme (41). Quant aux États-Unis, le blé dur a atteint des rendements spectaculaires. Ces derniers explosent de + 38 % en un an, à 3 tonnes par hectare, en raison de conditions climatiques particulièrement favorables, d'où une production de 3 millions de tonnes. Ajoutons à cela les 9 millions de tonnes de production européenne, et nous avons tous les ingrédients pour un marché plombé. « Les stocks des plus grands exportateurs mondiaux, le Canada, l'Union européenne et les États-Unis, devraient atteindre 4,9 millions de tonnes fin juin 2010 pour une production de 38,7 millions de tonnes. C'est un bilan très lourd », constate Xavier Rousselin, de France-AgriMer.
D'autant que l'on assiste cette campagne à une réduction du commerce mondial à 6,5 millions de tonnes, au plus bas depuis dix ans. « La production de blé dur du Maghreb a atteint des records depuis la mise en place de statistiques dans cette région du monde », poursuit-il. Autant dire que les perspectives pour cette campagne sont pessimistes. « Du fait d'une certaine rétention en France et en Espagne en début de campagne, les semouliers français ont dû eux-mêmes importer du blé dur canadien », regrette Patrick Niederoest, courtier des établissements Victor Giral.

La production mondiale de blé dur s'élève à 40 millions de tonnes en 2009-2010. C'est le second meilleur niveau de tous les temps, le record datant de la campagne passée. (C. Gloria)

La production mondiale de blé dur s'élève à 40 millions de tonnes en 2009-2010. C'est le second meilleur niveau de tous les temps, le record datant de la campagne passée. (C. Gloria)

Marges de manoeuvre

Mi-janvier, les importations européennes avaient bondi de 162 % sur un an. « Nous nous sommes faits mener en bateau par nos compétiteurs. Quand on s'est réveillé, il était trop tard. Nous aurions dû réagir plus vite chacun à notre niveau de la filière. Nous avons gâché une campagne et demi », reconnaît Philippe Kerbidi, d'Union InVivo. Pour 2009-2010, les exportations vers pays tiers sont estimées à 2,1 millions de tonnes contre 3,2 la campagne passée. Que va-t-il se passer maintenant ? « Nous n'avons aucune possibilité de vendre au Maroc pour des raisons de qualité. En revanche, il reste des opportunités vers l'Algérie, même si les moulins sont couverts jusqu'à la fin mars. Mais il ne nous reste plus beaucoup de marges de manoeuvre », prévient Yann Lebeau de France Export Céréales. « De février à avril, les grands lacs américains, d'où part le blé dur tant des États-Unis que du Canada, sont fermés à cause du gel. C'est une fenêtre de tir pour le blé dur français », veut rassurer Xavier Rousselin. La France devra mettre les bouchées doubles vers ses clients traditionnels, surtout l'Italie et l'Algérie, pour faire mentir les statistiques qui prévoient un stock de report de 300 000 tonnes de blé dur, soit l'équivalent de deux mois d'utilisation.

 

Source Réussir Grandes Cultures Mars 2010

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