Campagne 2010/2011 : L'Algérie importe massivement des céréales

La montée de la grogne sociale depuis janvier et la crainte de pénuries alimentaires ont poussé l'Algérie à multiplier ses importations de céréales avant août, date cette année du début du ramadan, une période traditionnelle de flambée des prix.

Lundi le Centre national de l'informatique et des statistiques des douanes
(Cnis) annonçait une hausse de 59% de la facture alimentaire au premier semestre 2011 : 4,83 milliards de dollars contre 3,02 pour la même période de 2010.

Les importations massives de céréales, semoules et farines sont passées de
1,02 milliard de dollars au 1er semestre 2010 à 2,04 milliards durant la même période en 2011, soit une progression de plus de 99%.

La première raison à ces décisions « est d'ordre politique, explique l'économiste Abderrahmane Mebtoul. Face à ce qui se passe dans le monde arabe, le gouvernement algérien veut éviter les tensions sur le pain et les produits alimentaires », poursuit l'expert, en se référant aux révolutions et soulèvments enregistrées en Tunisie, Egypte, Jordanie, Syrie et au Yémen.

Au milieu de cette vague de contestation arabe, la flambée des prix de première nécessité, dont l'huile et le sucre, ont provoqué en Algérie en janvier cinq jours d'émeutes. Elles ont fait cinq morts et quelque 800 blessés. Loin de se calmer, les tensions persistent avec des mouvements sociaux successifs pour réclamer des augmentations de salaires, des modifications de statut des métiers et des logements.

Maintient de la subvention des produits de base

En cette période d'été, sur les marchés, l'alimentaire a sensiblement augmenté, dénonce la presse, à mesure que s'approchent les 30 jours du mois sacré de l'islam que les ménagères préparent activement en faisant des provisions. Le gouvernement veut rassurer la population et réaffirme qu'il n'y aura pas pénurie et qu'il maintient la subvention des produits de base, à commencer par les céréales.

C'est là où le bât blesse: nombre de contrebandiers en profitent pour exporter ces produits vers les pays voisins. Pour le président du Forum des chef d'entreprises (FCE) privées, Réda Hamiani, par cette politique, « l'Algérie casse les prix internationaux et des pays comme le Mali, le Niger, le Maroc, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie profitent aussi de ces subventions grâce à certains réseaux ». « C'est un non-sens de subventionner les produits au stade final », juge-t-il. Le faire à la source encouragerait les producteurs locaux à accroître leur production.

Une productivité agricole « relativement faible

Mais M. Metboul rappelle que « l'Algérie est un pays semi-aride » avec une productivité agricole « relativement faible ». Aussi les agriculteurs vont-ils surtout vers les cultures spéculatives se détournant des céréales.

« Il n'y a pas une véritable politique agricole en Algérie. D'un côté on nous annonce en grande pompe que l'on exporte de l'orge puis la même année on en importe », explique-t-il, évoquant l'exportation en juin 2010 par l'Algérie de 10.000 tonnes de cette céréale tandis que le pays en importait la même année. Tout cela s'apparente pour lui à de la « publicité politique ».

Pour M. Mebtoul,« l'Algérie a une économie rentière » dans laquelle « on importe 64% des besoins des entreprises et des ménages. C'est cela la dure réalité ». Reste à savoir jusqu'à quand ce pays pourra continuer à compter sur ses exportations d'hydrocarbures (97% des rentrées de devises) alors que les secteurs d'activités agricoles et industrielles peinent à se développer pour prendre la relève.

Source d'après AFP

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