Céréales : la Chine à la croisée de plusieurs tendances

Crédit Agricole, Pôle AgroAlimentaire

Céréales : la Chine à la croisée de plusieurs tendances

Les prévisions pour 2015/16 sont paradoxales. Selon le CIC comme selon l’USDA, la Chine va augmenter en 2015/16 à la fois sa consommation et ses stocks de grains.

L'alimentation

Si le blé plafonne,  la consommation de  maïs serait à + 4-6 %  et le soja à + 5 %. Les stocks, déjà  les plus élevés du monde en céréales, iraient en  augmentant  plutôt qu’en diminuant, et fortement (+ 12 %  à 17 %  en blé/maïs, selon les sources, pour la fin de  2015/16), contrairement à l’orientation politique annoncée par le pays.

La Chine  fait certes  partie  en  2015 des  pays  favorisés pour  ce  qui est des  récoltes,  en  blé  comme  en  maïs,  ce qui fait qu’elle n’aura de toute façon pas  besoin d’importer beaucoup de ces grains, comme précédemment.

Mais ces dernières années, elle avait développé des achats d’orge fourragère (notamment française) et de  sorgho (étasunien), concomitamment avec une  baisse des achats de maïs américain.

Chine importations nettes

Ceci, en lien avec des embargos sur des OGM non autorisés. Certaines variétés ont été admises depuis, mais les importations de  substitution ont continué. En orge, il s’agit d’un débouché  majeur pour la récolte française  très importante. Un fléchissement commence  à apparaître : jusqu’où ira-t-il ?

La consommation alimentaire échapperait au ralentissement chinois.

Le   scénario   pour  l’économie  globale   de   la  Chine   est celui d’une  croissance  limitée à 6,8   %  en  2015, suivie de  6,5   %  en  2016, puis un ralentissement progressif les années  suivantes. Les importations baissent,  mais en partie du fait qu’elles alimentaient les productions exportées,  qui ralentissent. La baisse du yuan reste un facteur de 2e  rang.

Chine achats

Ce  ralentissement va de  pair avec  la mutation voulue pour l’économie  vers  davantage  de  biens  de  consommation. Les biens alimentaires ne sont pas  cités parmi ceux que le gouvernement aimerait voir monter, et qui sont plutôt les nouvelles  technologies  de   l’information, les  services,  les énergies nouvelles, la biotechnologie ou encore la protection de l’environnement.

Pourtant, l’alimentaire reste orienté à la hausse  : au-dessus de 10 %  annuels pour les biens de  consommation, et plus de 15 %, jusqu’ici, pour les biens alimentaires. Ces chiffres (source NBS) sont exprimés en valeur et nous n’avons pas de données  en  volume. Mais cela suggère tout de  même un rythme de croissance élevé. Le marché de l’alimentation profiterait même des  encouragements  gouvernementaux au commerce électronique, qui n’oublierait pas le développement rural, avec l’offre de produits agricoles sur internet.

 

Les   aléas  dans  la  conjoncture  chinoise  en  matière  de grains sont liés essentiellement à des questions de politique agricole.

La protection du marché  intérieur par des  taxes à l’entrée dissuasives  (au taux de 65 %)  assorties d’un quota  à taux réduit pour le blé  et le maïs qui reste étroit (7,9 Mt) et la pratique de prix administrés élevés a conduit au développement des importations de  substitutions citées ci-dessus, et à la constitution des  stocks considérables (la Chine parle même de 600 Mt alors que les estimations internationales sont plutôt de  l’ordre de 200 Mt : une forte incertitude affecte à la fois la quantité et la qualité).

La Chine souhaite enrayer cette spirale et a tenté de commercialiser ces stocks (il  est même question d’aides  à l’utilisation), de réduire les achats  publics, de  freiner les importations par des complications administratives, voire même d’ouvrir la porte à des  initiatives de production d’éthanol, auparavant  exclue, mais sans résultat jusqu’à récemment.

Cela correspond à la politique annoncée depuis plusieurs années : baisse  des stocks, baisse des prix intérieurs, modification des aides à l’agriculture vers davantage de soutien direct.

conso grains

Après des essais sur le coton et le soja, c’est en septembre 2015 que les autorités chinoises ont annoncé une baisse de 11% du prix de soutien pour le maïs dans 4 régions du nord très productrices. Le prix pour la campagne 2015/16 s’établirait ainsi à 2 000 RMB/t  soit 290 €/t, ce qui reste élevé.

La poursuite de la baisse ne se fera que très progressivement et cela ne suffit pas  pour infléchir la tendance. Cependant, la  Chine  a aussi  introduit récemment des  licences pour l’importation des produits de substitution au maïs. Il ne s’agit pas  d’un frein direct,  mais cela  peut remettre en  question la position prise par certains importateurs opportunistes peu structurés.

Tout ceci a provoqué une émotion chez les exportateurs, l’USDA comme   les  instances  françaises  manifestant  en novembre la crainte  d’un frein brutal sur les  produits de substitution.
 

Mais intervient aussi un phénomène  majeur : la baisse de la population porcine en Chine.

Entre l’été 2014 et l’été 2015, le cheptel de truies a baissé de plus de 10 %. Cet abattage massif (cela représente plus que la population entière de truies aux États-Unis) s’inscrit dans une tendance  qui dure depuis 2010. Elle est liée notamment à l’application de  la réglementation environnementale mise en  place  fin 2013. Mais  surtout elle est la  conséquence du  manque de rentabilité des élevages  (y compris  avec des  faillites industrielles parmi  les moins performants), car la marge est devenue  insuffisante, compte tenu des  prix intérieurs des grains.

La baisse du troupeau touche peut être à sa fin, car le prix intérieur du porc a augmenté cette année, mais les effets du nombre réduit de  reproductrices sur la production de  porcs seront durables. Ceci conduit à s’interroger sur les prévisions de consommation  de grains  élevées prévues en 2015/16 : des faits difficiles à intégrer dans un même tableau.

Viande et alim en chine

Cependant, d’une  façon  générale,  la  consommation  de grains pour l’alimentation animale croît en Chine nettement plus vite que la production de viande. Ceci peut s’expliquer par l’industrialisation de la production, les porcs familiaux consommant  plus  efficacement,  en  récupérant  beaucoup de produits de rebut. Or la politique chinoise est clairement en  faveur des  grands  élevages, avec des subventions qui croissent avec la taille (à partir de plusieurs milliers de truies), ce qui pose, entre autres, des risques sanitaires sérieux.

Lire aussi :

Grains mondiaux : à l'heure de l'abondance, que va consommer la Chine ?

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Source PRISME- décembre 2015

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