Céréales : objectif reconquête des marchés

Lise Monteillet

Céréales : objectif reconquête des marchés

Selon France Export Céréales, la France a plusieurs atouts à faire valoir sur la scène internationale. Mais la concurrence est rude au Maghreb et en Afrique subsaharienne.

Le marché fourrager : une opportunité qui n’a pas vocation à durer

Le marché du blé fourrager, destiné à l’alimentation animale, n’est pas un marché « constant » selon François Luguenot, d’In vivo trading et Synacomex. Il dépend en effet des cours du maïs. Les pays importateurs de blé fourrager sont en quête d’une matière première moins chère que le maïs, ou bien ils cherchent à contourner des barrières non tarifaires qui l’empêchent d’importer du maïs.

Ces pays n’acceptent pas pour autant des blés « poubelle » et ont aussi leurs propres cahiers des charges. Quant au prix payé au producteur, sur ces marchés, il se révèle « excessivement bas » en départ de ferme, souligne François Luguenot. « Oui à l’opportunité », signale-t-il, quand le contexte est favorable à l’utilisation de blé fourrager. « Mais pour en faire une stratégie, il faudrait remettre à plat l’ensemble de la filière », résume-t-il. 

Après l’accident de récolte de 2016, la France parviendra-t-elle à reconquérir ses parts de marché à l’export ? Pour tenter de répondre à cette interrogation prégnante, l’association France Export Céréales a organisé une matinée d’échanges, à Paris, le 22 mars.

Faute de blé français, les importateurs se sont tournés vers d’autres origines. L’Algérie, qui constitue le premier client, s’est approvisionnée en blé venu d’Allemagne, de Suède, de Pologne ou des pays baltes. Selon Yann Lebeau, responsable du bureau de Casablanca chez France Export Céréales, récupérer des parts de marché dans ce pays constitue un « challenge » pour les années à venir. Le blé français n’est, en effet, pas parvenu à répondre au cahier des charges algérien deux fois au cours des trois dernières années. Pour quelles raisons ? A cause de l’indice du temps de chute de Hagberg en 2014, puis faute de volumes et de poids spécifique en 2016.

Création d’une brèche

En Égypte, la part de marché française est « irrégulière » selon Roland Guiragossian, responsable du bureau du Caire. Le système mis en place entre l'Autorité générale chargée de l'approvisionnement égyptienne (GASC) et les meuniers ne joue pas en la faveur du blé tricolore. « Notre blé est trop humide », constate l’expert, qui rappelle que les moulins ne réalisent une marge que sur la vente de son et sur l’adjonction d’eau. « Les taux d’humidité des blés russes varient de 11,5% à 12,5% versus 13 % à 13,5% pour la France », compare-t-il.

Quant au Maroc, ce pays a eu recours massivement à l’importation pour compenser une très faible récolte. Faute de disponibilité en France, les acteurs marocains ont dû composer avec des blés venus de Russie, d’Ukraine, des États-Unis ou de Roumanie. Les prévisions des exportations françaises pour la campagne 2016-2017 ne dépassent pas 10 % des parts de marché, alors qu’elles dépassaient 60 % lors de la campagne précédente.

Dans les pays d’Afrique subsaharienne, les exportations françaises subissent aussi « une grande claque », comme l’explique Yann Lebeau. « Ils ont fait entrer du blé russe dans des proportions astronomiques. Ils n’avaient pas l’habitude et ils l’ont fait. Une vraie brèche a été créée », commente-t-il.

Des concurrents redoutables

« Il faudra surveiller la Mer noire sur le long terme » rappellent les deux experts, qui notent « des exportations en constante augmentation et des volumes qui ont plus que doublé en 5 ans ». Heureusement, le blé français a encore plusieurs arguments à faire valoir, notamment l’homogénéité et la régularité de ses lots au cours d’une même campagne. Il demeure la base préférée des mélanges et convient bien aux produits finis dans la zone du Maghreb et en Afrique subsaharienne.

Néanmoins, France Export Céréales alerte la filière sur trois défis : remonter les standards qualitatifs, améliorer la compétitivité des exploitations tout comme l’infrastructure logistique. La qualité des blés français est aujourd’hui fortement concurrencée, ce qui doit inciter la filière à redoubler d’effort au niveau du taux de protéines. De même, pour rester présent sur les marchés à l’export, Yann Lebeau insiste sur l’importance de se positionner « dès le début de la campagne ».  

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Commentaires 1

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Pourquoi produire du blé de qualité? En 2015, il était parfait mais les prix très médiocres (équivalent en 1980). Qui accepterait de travailler pour ne rien gagner? Autant ne rien faire. Nous, agriculteur avons peut-être le droit de vivre et non d'être exploités!

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