Céréaliers : les agriculteurs les plus mal rémunérés de France en 2014

Céréaliers : les agriculteurs les plus mal rémunérés de France en 2014

Souvent perçus comme "nantis", les céréaliers deviennent en 2014 les agriculteurs les plus mal rémunérés de France, voyant fondre leurs revenus agricoles de 60%, sous l'effet de cours mondiaux en baisse et d'une récolte médiocre.

Avec 11.500 euros par an, les céréaliers se classent en queue de peloton, derrière les arboriculteurs et les éleveurs bovins, selon les prévisions du réseau comptable d'information agricole, publiées lundi.

A titre d'exemple, Arnaud Rousseau, céréalier en Seine-et-Marne, voit ainsi son revenu "divisé par trois". Cette année, son blé ne lui rapportera que 50 à 100 euros par hectare (ha), contre 300 à 350 euros l'an dernier.

Deux facteurs se sont conjugués pour faire chuter les revenus : le fort recul des cours mondiaux, après des moissons record, et la qualité médiocre de la récolte française de blé. Dans l'Hexagone, la récolte a souffert d'un été frais et pluvieux, qui a fait basculer une partie des blés en qualité fourragère, vendu bien moins cher que le blé de qualité meunière.

Au final, le prix du blé tendre, le plus cultivé en France, a baissé de 17% en 2014, selon un rapport de l'Insee publié lundi. Celui du maïs a reculé de 16%.  "Les agriculteurs sont habitués à avoir des récoltes qui fluctuent en fonction de la météo et ils l'acceptent. Mais il est très compliqué de gérer une entreprise dans un marché si volatil, avec des prix qui peuvent aller du simple au double en quelques mois", souligne M. Rousseau.

Une cellule de crise dans l’Yonne

La situation est encore pire pour ceux qui ont eu de mauvais rendements et n'ont pas pu compenser par la quantité.  En Bourgogne par exemple, Dominique Chambrette a récolté 100% de blés germés, avec des rendements en nette baisse. Son chiffre d'affaires pour cette céréale est donc "divisé par deux", à 700 euros/ha, et il estime qu'il ne pourra pas se verser de revenu.

Il a été obligé d'emprunter pour faire ses semis pour la prochaine récolte, pour la première fois depuis la grande sécheresse de l'été 1976. Dans cette région particulièrement sinistrée, "certaines exploitations vont être obligées de s'arrêter complètement, ou bien de s'associer ou de vendre des parcelles", estime l'agriculteur.

Dans l'Yonne, la Chambre d'agriculture a créé une "cellule de crise" pour tenter de repérer les céréaliers en grande difficulté

Producteurs de maïs : le coup est rude

Pour les producteurs de maïs aussi le coup est rude, malgré des rendements record, qui n'ont pu compenser la baisse des cours en 2014, consécutive à celle déjà subie en 2013. Alors que les producteurs ont engrangé 107 quintaux/ha, supérieurs de 20% à ceux de 2013 et de 12,5% à la moyenne des cinq dernières années, "la situation du marché s'est tellement dégradée que de nombreuses exploitations vont se retrouver en difficulté", prévient Matthieu Caldumbide, chef du service économique de l'AGPM, l'Association des producteurs de maïs.

La tonne de maïs qui s'échangeait au 1er octobre 2012 à 239 euros ne valait plus que 165,75 euros un an plus tard pour plonger, au 1er octobre 2014 à 140,75 euros, indique-t-il.

"Après une conjoncture extrêmement difficile en 2013, liée aux prix et aux mauvais rendements dus aux caprices de la météo, en 2014 les rendements sont très bons, voir exceptionnels par endroits mais on essuie une nouvelle baisse des prix et, au total, on se retrouve dans une situation économique aussi mauvaise que l'an dernier", explique-t-il.

Baisse des aides de la PAC

A cela s'ajoute la révision à la baisse des aides à l'hectare des grandes cultures dans la cadre de la nouvelle Politique agricole commune (PAC): rééquilibrée au profit des certaines activités comme l'élevage, elle pénalise les céréaliers.

"La baisse moyenne de la prime atteint 9%, ce qui peut faire de 30 à 35 euros/ha", selon le responsable de l'AGPM qui anticipe une nouvelle baisse en 2015.

L'Association générale des producteurs de blé (AGPB) prône la mise en place d'un système de "lissage fiscal", qui permettrait aux céréaliers de mieux absorber les fluctuations de leurs revenus.

 

Source AFP

Commentaires 24

a

@Deere 21, parce que l'économie Française est basé sur la consommation Française et Européenne à valeur ajouté moyenne, plutôt que sur la demande mondiale.
Dans les années 80, tous le monde était d'accord que les états-unies avaient "grosso-modo" une croissance entre 1 et 8, l'Allemagne entre 2 et 5 et la France autour de 3. On dépend moins des fluctuations extérieurs, l'avantage est qu'on "devrait" moins subir les baisses, même si on "perd" les hausses.
C'est une contrepartie du modèle social "Français", l'Etat garantie la demande interne par des aides sociales (dont la répartition peut-être discutable ainsi que sa gestion administrative), mais on s'expose moins au soubresauts mondiaux (les cours devraient montés et baissés moins vite).
C'est par bêtise qu'on solidarise le cours du lait à l'Allemagne, nos industriels ne peuvent répercuter les hausses des cours mondiaux sur la consommation interne, mais ils ne devraient pas répercuter les baisses (puisqu'ils sont moins exposer à la demande mondiale).

Deere 21

Éleveurs et céréaliers arrêter de vous battre,chercher plutôt le coupable qui ne paye pas votre blé et votre lait.
Pourquoi en Australie aujourd'hui le blé est payé 200€ tonne ?
Et le lait en Nouvelle Zélande 530€ tonne ?

lachevrevache

c'est marrant cette appellation "cipan". En bio on a toujours appelé ça "engrais verts", ce qui est explicite, mais peut-être trop justement pour celui qui vend des engrais.

common

@41
Tu avais ecrit: "Cette année, les blés n'avaient pas assez d'azote et nous devions quand même semer des couverts pour capter des nitrates. Nous avons donc consommé du carburant pour rien. Ou est l'intérêt écologique?"

Voila la 'reponse' de Pleinchamp:

"Apport d’azote, structure du sol, lutte contre les adventices ou production de biomasse… Si elles sont incontournables pour la couverture des sols, les Cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) ont de multiples intérêts agronomiques ...
...le choix des mélanges entre dans une stratégie agronomique globale qui tient compte de la rentabilité de la couverture mais aussi de la restructuration des sols, de l’assimilabilité des éléments fertilisants ou de la lutte contre les adventices. L’association d’espèces peut alors être considérée comme un investissement à moyen ou long terme."

http://www.pleinchamp.com/aides-primes/actualites/les-melanges-de-cipan-ont-un-interet-agronomique

dob

Plusieurs idées :
- Diviser pour mieux régner, ça marche toujours.
- Élevage/Cultures : il ne faudrait pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.
- La pratique du double discours dans le syndicat est permanent. Il faut se méfier des chiffres, ils sont manipulés à des fins politiques, notamment dans le cadre actuel du travail sur la LAA.
- On ne parle toujours que du revenu, mais c'est souvent la partie émergée de l'iceberg : la proportion de capitalisation est énorme dans le secteur agricole.
Que dire encore...

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