Comment exploiter les parcelles touchées par les excès d'eau ?

Xavier Gautier

Comment exploiter les parcelles touchées par les excès d'eau ?

Dans de nombreuses régions, les conditions de portance et le peu de fenêtres météorologiques favorables ont rendu difficile voire impossible la fenaison des prairies jusqu'à aujourd'hui. Les stades sont très avancés, certaines parcelles versées... Comment récolter et utiliser ces fourrages ?

Une valeur alimentaire dégradée par la présence de terre

L’ennoiement des parcelles s’est accompagné d’un dépôt de limons sur les plantes. A la récolte, la teneur en matières minérales du fourrage sera très nettement augmentée, ce qui, par effet de « dilution », diminuera sa valeur alimentaire (la proportion de matière organique par kg de MS diminue au profit des matières minérales). Dans les parcelles ennoyées, les teneurs en matières minérales seront vraisemblablement au-delà de 12 à 15 % (contre 8 à 9 % dans des conditions normales).

 Par ailleurs, ces particules de terre sont porteuses de spores butyriques, connus pour leur effet néfaste sur la conservation par voie humide (ensilage ou enrubannage). Durant la conservation, les butyriques dégradent les protéines du fourrage. De plus, leur présence en grand nombre dans l’alimentation augmente les risques de les retrouver dans le lait des animaux.

Privilégier une récolte sous forme de foin

Dans les situations de prairies inondées, il faut privilégier la récolte sous forme de foin. En  enrubannage, il n’existe pas de références sur ce type de fourrages. Seule l’élévation de la teneur en MS au-delà de 60 % pourrait permettre d’inhiber le développement des butyriques. En effet, à des stades avancés (post-floraison), voire sur des végétaux « morts », il ne faut pas compter sur le processus naturel de fermentation lactique. La teneur en sucres solubles de ces fourrages est faible, et il existe une incertitude forte sur les contingents de bactéries lactiques naturelles au regard de la flore microbienne totale. Les seuls agents conservateurs pouvant améliorer la conservation sont ceux ayant une action « acidifiante » et « anti-développement de levures et moisissures », tels que l’acide propionique. L’ajout de bactéries est inutile et étant donnée la faible qualité du fourrage sur pied, l’investissement dans un conservateur aura de la peine à être économiquement pertinent.

Aérer le fourrage par des fanages énergiques

Dans les parcelles versées et/ou ennoyées, le bas des plantes a pu commencer à moisir, voire à pourrir. Dans ces situations, sitôt après la fauche, il se dégage une odeur caractéristique de moisi. L’aération et la dessiccation complète de ce fourrage pourront permettre de réduire fortement ces mauvaises odeurs pour limiter les problèmes d’’appétence et d’’ingestion volontaire des animaux. Au champ, des  fanages énergiques permettront de démêler les brins de fourrages entre-mêlés et faciliteront leur séchage. Il est conseillé de stocker ce type de fourrage à part pour le distribuer à des animaux peu exigeants (génisses, bœufs).

Comment faucher une prairie versée ?

Faucher à une hauteur régulière (6-7 cm) et adéquate peut s’avérer délicat lorsque le couvert est versé. La reprise du fourrage dans le sens inverse à celui de la verse permet de produire une fauche plus nette et homogène, de récolter un maximum de fourrages, mais génère également un surcroît de travail. Abaisser les hauteurs de  fauche et/ou adopter un angle de piquage plus important peuvent permettre de produire une coupe plus nette. Mais dans ce cas, le risque de présence de terre sera fort et la repousse sera pénalisée d’autant plus si des conditions chaudes et sèches s’en suivent rapidement après. 

 Pour toutes les situations où d’importants résidus de chaumes versés persistent après la récolte, le passage d’un broyeur de refus sur les zones concernées peut rattraper le tir. Il devra être passé rapidement après la récolte. Son coût non négligeable, ainsi que le surcroît de travail engendré, font qu’il sera réservé aux parcelles dont l’éleveur sait que la flore prairiale et le sol de la parcelle peuvent produire une repousse estivale d’intérêt. Dans tous les autre cas, cette solution n’est pas adaptée.

Presser l’herbe dans les cas les plus graves

Le broyage du couvert prairial peut éventuellement être réservé aux situations les plus touchées, pour les prairies dont les repousses sont de faible production (< 1,5 t MS/ha, 12 cm) et lorsque le fourrage sera jugé inconsommable ou mort. Mais attention, le broyage laissera des quantités de résidus importantes qui n’auront pas le temps de se dégrader suffisamment avant l’exploitation des futures repousses. Selon les situations, il peut être préférable de presser l’herbe, et de la réserver au paillage.

Favoriser et accélérer le redémarrage en végétation par un apport d’azote

Sur les parcelles dont la flore et le sol laissent espérer des repousses estivales, et lorsque les conditions météos permettent une bonne valorisation de cet apport (sol encore frais, pas de températures supérieures à 25°C ni pluies significatives, 10-15 mm, annoncées dans les 7 à 10 jours qui suivent), il peut être judicieux d’apporter 30 unités d’azote minérale par hectare.

Quelles destinations pour les foins issus des prairies inondées ou versées ?

• Réserver ces fourrages à des animaux à faibles besoins.
 
 • Laisser les animaux trier. Préférer la distribution séparée de ces fourrages pour permettre aux animaux de trier. 

 • Se réserver la possibilité de garder des foins pour les litières. Dans ces cas, tenir compte de leur pouvoir absorbant inférieur, et les réserver aux animaux de renouvellement.

 • Si les fourrages présentent des problèmes d’appétence, et qu’il n’y a aucun doute sur leur qualité sanitaire (pas de présence de moisissure), il est possible d’améliorer « artificiellement » leur appétence grâce à des aliments liquides de type mélasse.

Les foins issus de ces prairies présentent-ils un risque sanitaire ?

Il faut souligner que des débris végétaux dans les pâtures, ou des foins mal conservés, peuvent représenter un substrat propice au développement des moisissures, ce qui peut éventuellement entraîner la présence de mycotoxines. Il n’existe cependant pas de références sur la présence de mycotoxines dans des prairies inondées puis fauchées. Leur présence dans les fourrages se traduit généralement par une diminution des quantités ingérées, et par des effets sur les performances zootechniques. En l’absence de références, on recommandera donc la plus grande prudence, et la plus grande attention aux animaux ayant consommé les fourrages récoltés.

Reporter le diagnostic de nutrition au printemps 2017

Le stade avancé des graminées et l’asphyxie des sols ne permettent plus de réaliser des prélèvements d’herbe pour diagnostiquer l’état de nutrition des plantes. Il faut alors envisager un report de cette méthode pour le printemps suivant.

Source : Sabine BATTEGAY, Pascal KARDACZ, Pierre-Vincent PROTIN, Anth

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Commentaires 4

Golgot

Une zone inondable est une zone de réserve sauvage non une exploitation de quoi que ce soit . Du coup dès qu'il pleut , ça crie aux aides comme si ça n'avait jamais su que ça jouait avec le feu , ou l'eau dans ce cas de figure . Combien de malhonnêtes se reconnaissent .

Golgot

Une zone inondable est une zone de réserve sauvage et une exploitation de quoi que ce soit . En plus dès qu'il pleut , ça crie aux aides .

pocquet 72

pour une prairie permanente encore humide
début juillet, les foins retardés, faire une coupe à la faux dans les bordure de parcelles encore humide puis une coupe- hauteur de 4 à7cm,je vais voir le résultat avec un regain précoce

CRloiret

http://www.coordinationrurale.fr/inondations-recenser-les-degats-une-necessite/

Chers collègues nous faisons une vaste enquète après inondations Soyez nombreux ..............

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