Commercialisation des céréales : L'orge de brasserie boit la tasse

Gabriel Omnès

cart au plus bas entre les cours de l'orge de brasserie et ceux de la mouture, offre pléthorique, consommation fauchée par la crise : difficile d'espérer un redressement rapide des prix.

À peine ouverte, et déjà éventée. La nouvelle campa-gne de commercialisation de l'orge de brasserie débute sans grand espoir de voir les cours se redresser rapidement. Après l'ivresse des sommets en 2007-2008, l'heure est à la gueule de bois pour la filière brassicole. Entre juillet 2008 et mars 2009, la cotation Fob Creil de l'orge de printemps a abandonné 135 euros. Au point qu'elle est venue flirter avec le cours de l'orge de mouture, qui a lui-même rejoint le prix d'intervention.
Au début du mois d'août, la Sebastian (2 rangs de prin-temps brassicole) était payée 15 euros moins cher que le blé. Moins de 10 euros la séparait de l'orge vendue pour l'alimentation animale, contre 40 à 50 habituellement. « C'est historiquement bas », s'alarme Jean-Baptiste Hue, directeur de la coopérative Sevépi.

Excédents communautaires

« La prime brassicole se retrouve à un niveau que l'on n'avait pas vu depuis longtemps », confirme Richard Pédron, chez In Vivo. Pire, selon le spécialiste : « On ne voit guère d'éléments pouvant favoriser un redémarrage. »
Les origines du marasme remontent à l'année précédente. « En 2008-2009, explique Patrick Pariat, chez Soufflet, tout s'est conjugué pour entraîner la baisse des cours : une bonne récolte dans l'UE, mais aussi en Ukraine et en Russie. L'Australie a fait une récolte convenable, qui a exercé une forte concurrence sur le marché chinois, lui-même touché par la crise. L'UE s'est finalement retrouvée avec un excédent de 2 millions de tonnes d'orge de brasserie. »

L'Europe n'écoulera pas le surplus cette année. (G. Omnès)

L'Europe n'écoulera pas le surplus cette année. (G. Omnès)

 

La demande qui flanche

À l'échelle mondiale, l'offre d'orge dépassait la demande pour la première fois depuis cinq ans. En 2008, la planète a récolté 28,7 millions de tonnes, pour une utilisation de 27,1 millions de tonnes. Les stocks se sont ainsi accrus de l'équivalent de trois semaines de consommation au cours de la campagne 2008-2009. La moisson 2009, de nouveau excellente, a encore alourdi un marché délaissé par des acheteurs déjà bien couverts.
Pour corser l'affaire, l'offre pléthorique est confrontée à une demande qui flanche. « La crise est passée par là », souligne Richard Pédron. Envolés, les chiffres de croissance à deux chiffres de la consommation de bière dans les pays émergents. Ce sont eux qui avaient fait progresser la consommation mondiale de 14 % entre 2005 et 2008, malgré le recul enregistré depuis plusieurs années dans la plupart des pays développés.

Espoirs à l'export

La Chine faisait figure de locomotive, avec une hausse annuelle de la production de 10 % pendant dix ans. Pour 2009, les analystes s'attendent à une stagnation des volumes. L'Amérique du Sud, la Russie et l'Ukraine ont aussi réduit la voilure après des années de folle expansion.
Le sort du bilan européen 2009-2010 de l'orge brassicole dépend désormais de l'export. « On a déjà commencé à vendre sur la Chine, et on peut compter avec certitude sur 500 000 tonnes vers cette destination, pronostique Patrick Pariat. Mais si l'Australie est dans une bonne année, on ne fera pas plus. » Reste ensuite la possibilité de profiter du forfait de l'Argentine, frappée par la sécheresse, pour accéder au marché brésilien. Celui-ci pourrait représenter un potentiel de 300 000 tonnes pour l'orge européenne. Une éventuelle reprise de la consommation en Russie et en Ukraine sera également surveillée de près. Mais selon Patrick Pariat, dans tous les cas, « l'Europe ne parviendra pas à écouler le surplus cette année, le marché restera lourd. Et question prix, on peut craindre le pire ».

Source : La Dépêche - Petit meunier

Source : La Dépêche - Petit meunier

 

Source Réussir Grandes Cultures Septembre 2009

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